Dernier vote sur le C-38 : au mépris de la confiance

À moins d’un imprévu, l’éléphantesque projet de loi C-38 sur le budget franchira ce soir le vote en troisième lecture, dernière étape de son périple aux Communes avant de finir sa course au Sénat. Comme le veut la tradition, ce vote en est un de confiance. Mais confiance en quoi et en qui?

Forts de leur majorité, les conservateurs l’emporteront, mais tous les députés de l’opposition voteront contre. C’est prévisible, même routinier. Mais C-38 n’a rien du projet de loi budgétaire de routine. Pas plus que les moyens employés par le gouvernement pour forcer son adoption rapide et escamoter les débats.

Le contenu et la méthode sont un affront à la démocratie parlementaire et à la démocratie tout court. Nombre des questions abordées dans C-38 n’avaient pas été soulevées lors de la campagne électorale de l’an dernier. Personne n’avait vu venir l’émasculation des lois environnementales, le changement de l’âge d’éligibilité de la Sécurité de la vieillesse ou l’approche punitive en matière d’assurance-emploi.

Au-delà de la formalité parlementaire du vote de confiance, un gouvernement doit, pour garder son autorité et une certaine légitimité, gagner et garder la confiance des citoyens. En gouvernant pour tous et en étant à l’écoute de chacun. Cela est d’autant plus important quand un parti obtient une majorité parlementaire avec moins de 40 % des voix, comme ce fut le cas des conservateurs.

Mais comment garder confiance quand on fait face à un gouvernement qui privilégie un projet de loi aux allures de cheval de Troie dans lequel se cachent tellement de mesures et de politiques qu’il est difficile d’en faire le tour? Comment garder confiance quand, en plus, il force le pas pour éviter de rendre des comptes, de s’expliquer? Quand il cherche à entendre le moins de Canadiens possible? Quand il agit comme s’il détenait la vérité? Campé dans son intransigeance, il est resté sourd à tous les appels et a refusé tout amendement à un projet qui compte pourtant plus de 700 articles. Comme si ce projet de loi était parfait et que le Parlement ne servait à rien.

Avec ce projet de loi, les conservateurs mettent la confiance de bien des Canadiens à l’épreuve. Il y a peu de gens qui sont descendus dans la rue pour s’en plaindre, mais la réaction des partis d’opposition au Parlement et des citoyens dans les médias sociaux et traditionnels devrait servir d’avertissement aux conservateurs. Des alliés de longue date les ont abandonnés ou critiqués. L’opposition est aux abois. Les sondages font état d’un fléchissement des appuis.

Et ça pourrait continuer (en autant que la vigilance persiste) car une fois le vote passé, il restera au gouvernement à présenter les règlements qui serviront à mettre en œuvre C-38. Ce dernier fera aussi sentir ses effets au fil des mois et des années. Et le gouvernement doit, l’automne prochain, présenter le second projet de loi de mise en œuvre du dernier budget.

Sera-t-il de la même eau? Je n’ose y croire. Sinon, quiconque se soucie de l’état de santé de notre démocratie aura de nouvelles raisons d’éprouver une profonde inquiétude. Les conservateurs sont au pouvoir depuis six ans et affichent l’arrogance qui vient trop souvent avec la durée. Ce que leur mandat majoritaire leur a offert est l’occasion d’afficher leurs vraies couleurs sans craindre d’être défaits. Ce qu’ils nous ont montré est que pour eux, majorité rime avec pouvoir absolu, mépris de la démocratie parlementaire et de l’intelligence.

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Je suis totalement contre la loi C-38, le gouvernement Harper n’a aucunement analysé les impacts que cette décision aura sur l’appauvrissement des travailleurs, particulièrement sur les femmes qui occupent en plus grand nombre les emplois précaires et saisonniers. C’est irresponsable de la part de ce gouvernement!!

Mme Cornellier,

Notre démocratie monarchique constitutionnelle de type britannique a besoin d’une réforme en profondeur. Bien plus qu’un simple « face lift ».

Quant on peut affirmer que l’on détient une « strong and stable National majority » avec moins de 40% des suffrages exprimées (39,6% de 61,4% des électeurs inscrits), le processus électoral est malade.

Vous êtes certainement mieux placée que nous pour savoir de quoi il ressortira du prochain projet de loi de mise en œuvre du dernier budget. Mais d’après ce que j’ai cru comprendre, cela devrait à peu près être du pareil au même. Dans le meilleur des cas, ce projet omnibus ne fera que 250 pages.

Ce qui est justement dramatique, c’est que personne ne descend dans la rue, moi non plus d’ailleurs, pour protester devant cette dérive « autocratico-oligarchique ». D’ailleurs même nos excellents partis d’opposition n’ont pas invité « nous » le peuple à nous révolter et à déchirer notre chemise (de préférence rouge ou à tout le moins arborant le carré) sur la place publique.

Pour moi, compte tenu de la gravité de la situation, nous avons la preuve que nous disposons d’une opposition molle tous partis confondus. Laquelle grogne un peu pour la forme tandis qu’elle est somme toute bien contente de pouvoir profiter des libéralités du Trésor Publique pour au moins 5 ans.

Je ne blâme personne. Le métier de représentant du peuple est non seulement gratifiant moralement, il reste somme toute gratifiant monétairement parlant. Si ce n’est que pour obtenir des changements en profondeur qui fassent passer pour vrai le Canada dans un système de droits civiques adultes, il est à craindre qu’il faudra attendre encore plutôt longtemps. Souvent les changements se produisent à l’instant où on s’y attend le moins.

– Enfin dans tous les cas on peut toujours espérer une intercession divine 🙂

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