Des cadeaux à la mode Charbonneau

En retard dans votre magasinage des Fêtes ? En panne d’idées de cadeaux ? Un tantinet cyniques et adeptes de l’humour grinçant ? Ne cherchez pas plus loin : le blogueur Brian Myles a pour vous quelques suggestions inspirées de ses angles habituels de couverture, soit la corruption et la commission Charbonneau !

La commissaire France Charbonneau. (Photo Ryan Remiorz/Presse Canadienne)
Photo: Ryan Remiorz / La Presse Canadienne

En retard dans votre magasinage des Fêtes ? En panne d’idées de cadeaux ? Un tantinet cyniques et adeptes de l’humour grinçant ? Ne cherchez pas plus loin ! J’ai pour vous quelques suggestions inspirées de mes angles habituels de couverture : la corruption et la commission Charbonneau.

Il y a des auteurs à L’actualité qui ont la tâche plus facile que moi. Destinations voyages, beaux livres, meilleurs disques de l’année… La belle affaire. Mais la corruption ?

Au rayon du réel, je recommande fortement Mafia inc., un ouvrage écrit par les ex journalistes de La Presse, André Cédilot et André Noël. Le premier est analyste de la commission Charbonneau sur les ondes de RDI, et le second est enquêteur à la même commission. À partir de l’assassinat de Paolo Violi, en 1978, ils racontent l’ascension du clan sicilien des Rizzuto dans la mafia.

Policiers et experts croyaient que les meurtres de Nicolo Senior et de son petit-fils Junior avaient scellé le sort du clan Rizzuto, mais non. Vito Rizzuto a perdu son père et son fils pendant qu’il était emprisonné aux États-Unis. Depuis son retour au Canada, la mafia est en proie à une flambée de violence qui, jusqu’ici, lui a permis de reprendre les affaires en main. Le livre de Cédilot et Noël garde toute sa pertinence.

Au rayon de la fiction, je suis un peu vieux garçon, nostalgique des grands disparus du roman policier. Je ne vous suggérerai pas le dernier Michael Connelly, bien que je sois un «fan» de l’ex-journaliste au style clair et concis comme un article de faits divers.

Deux noms : Charles Willeford et Elmore Leonard. Ils avaient tous deux un talent naturel pour dépeindre des policiers et des criminels comme des pauvres types juste un peu plus intelligents que la moyenne des abrutis ordinaires.

De Willeford, je recommande les quatre romans de la série Hoke Moseley (Miami blues, New Hope for the Dead, Sideswipe et The Way We Die Now). Incroyable, tout le chemin que l’enquêteur Moseley peut faire avec quatre dollars dans le fond de sa poche (l’inflation est un concept abstrait dans les livres de Willeford). Moseley est bête, désorganisé, juste un peu déviant. Mais au fond, cet homme seul est un gros sensible.

De Leonard, je ne sais plus par où commencer. Le prolifique auteur s’est éteint le 20 août dernier, après une carrière littéraire qui s’étend sur 60 ans. Son œuvre a été abondamment adaptée pour la télé et le cinéma. Three-Ten to Yuma, Jackie Brown, Get Shorty et la délicieuse série Justified viennent de lui. Chez Leonard, les criminels ressemblent à ceux que j’ai vus dans les affaires judiciaires. Ils ne voient pas plus loin que le bout de leur nez et ils font preuve d’une idiotie si abyssale qu’elle en devient comique.

Il y a peu d’œuvres de fiction qui réussissent à refléter la réalité sociale avec autant d’acuité que la série The Wire. À voir et à revoir. Encore là, c’est un ex-journaliste de faits divers, David Simon, qui a écrit cette série policière campée à Baltimore. En cinq saisons, cette série qui a révolutionné le genre a fait des incursions dans l’univers des gangs de rue, des débardeurs, des écoles secondaires défavorisées, de la politique municipale et du journalisme.

À plus d’une reprise à la commission Charbonneau, lorsqu’il était question de la corruption à l’hôtel de ville, où des liens qu’entretenaient le crime organisé avec des leaders syndicaux de la construction, j’avais l’impression de vivre «un moment The Wire».

Simon et son coauteur, Ed Burns, ont abordé leur travail d’écriture comme le feraient des sociologues dotés d’un instinct journalistique. Ils explorent autant la faillite des institutions (police, école, hôtel de ville, etc.) que la faillite morale des individus qui naviguent dans ces univers.

Et pour ceux qui préfèrent les sorties en guise de cadeaux, il reste les restaurants de la commission Charbonneau. Lors de la commission Gomery, les organisateurs du Parti libéral du Canada faisaient toutes leurs magouilles au restaurant Chez Frank, qui a fermé ses portes depuis.

À la commission Charbonneau, la sélection est plus large. Les as de la corruption, de la collusion et du truquage d’élections syndicales avaient leurs habitudes au Pacini de la rue Saint-Denis, à la Cantina et au Cavalli. Si ça vous amuse…

Et si par malheur vous n’avez ni le temps, ni l’envie de magasiner, mais qu’il vous faut absolument trouver un cadeau, la meilleure idée inspirée de la commission Charbonneau, c’est toujours la belle bonne grosse enveloppe brune bien garnie ! Disponible en différents formats, pour tous les budgets.

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