Des élections charnières

Toutes les élections sont importantes, mais certaines comptent davantage que d’autres pour la suite des choses.

Photo : Toronto Star / Getty Images
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Toutes les élections sont importantes, mais certaines comptent davantage que d’autres pour la suite des choses.

Au Québec, le scrutin de 1960 a lancé la Révolution tranquille, et celui de 1976 a mené au premier référendum sur la souveraineté.

Au Canada, le retour en force de Pierre Trudeau en 1980 a ouvert la voie au rapatriement de la Constitution et à l’instauration d’une Charte canadienne des droits et libertés.

En 1988, la victoire majoritaire des conservateurs de Brian Mulroney a donné le feu vert au traité canado-américain de libre-échange. Par la suite, le Canada est devenu résolument libre-échangiste et a multiplié ce genre d’initiatives.

Aux élections fédérales de 2000, davantage de Québécois ont voté pour Jean Chrétien, qui venait tout juste de faire adopter la loi sur la clarté référendaire, que pour le Bloc québécois. Le résultat inverse aurait pu donner un nouvel élan à l’idée d’un troisième référendum. À la place, le premier ministre Lucien Bouchard a quitté la vie politique quelques mois plus tard.

La prochaine campagne québécoise va, selon moi, avoir sa place dans la liste des élections charnières pour une série de raisons.

La première, c’est qu’un projet identitaire controversé est au cœur du débat québécois depuis des mois. Si Pauline Marois remporte son pari électoral et la majorité qu’elle convoite, ce ne sera pas la fin du débat sur la Charte de la laïcité, mais plutôt le début d’une manche encore plus mouvementée. Des groupes touchés directement par le projet péquiste d’interdire le port de signes religieux ostentatoires à l’échelle du secteur public québécois ont déjà prévenu que celui-ci ne se réaliserait pas sans turbulences.

Il y a des dossiers qui ne se règlent pas sur la seule foi de l’aval d’une majorité populaire ou même d’un mandat majoritaire. Pensez à la hausse des droits de scolarité que voulait imposer le gouvernement de Jean Charest en 2012 et au printemps érable qui en a résulté. Les libéraux disposaient pourtant d’une majorité à l’Assemblée nationale, et cette mesure jouissait d’un appui important dans l’opinion publique.

Ensuite, le prochain gouvernement, quel qu’il soit, n’aura pas vraiment de marge d’erreur sur le front économique. Il pourrait devoir faire des choix déchirants. Les décisions économiques qui se prendront au cours du prochain mandat auront des répercussions décisives sur l’avenir du filet de sécurité sociale québécois.

Et puis, le mouvement souverainiste s’est fragmenté depuis le dernier référendum. Son identité plurielle pourrait bien le servir dans le cadre d’un nouveau vote sur l’avenir du Québec, mais en attendant, la dispersion des forces souverainistes entre quatre partis (Parti québécois, Coalition Avenir Québec, Québec solidaire, Option nationale) rend problématique l’élection d’un gouvernement disposant de suffisamment de marge de manœuvre pour remettre la question nationale à l’ordre du jour.

À ce chapitre, la prochaine élection constitue peut-être la dernière chance du PQ de renverser la tendance à l’érosion de ses appuis.

Si Pauline Marois parvient — comme l’espèrent ses stratèges — à pousser la Coalition Avenir Québec dans ses derniers retranchements, on pourrait assister au retour d’un paysage bipartite, partagé pour l’essentiel entre le PLQ fédéraliste et le PQ.

Presque 20 ans après le référendum de 1995, bien des souverainistes de la première heure comptent sur un gouvernement péquiste majoritaire pour créer des conditions favorables à un match de revanche. Si elle est réélue à la tête d’un tel gouvernement, Mme Marois ne pourra faire l’économie d’un effort important sur ce front.

Dans les faits, le scrutin québécois sera la première de deux élections charnières en l’espace de deux ans.

La prochaine élection québécoise va donner aux électeurs l’occasion de débattre du modèle de société et du rôle de l’État qu’ils privilégient. La même question — pour ce qui est du Canada — se posera au scrutin fédéral de 2015.

L’an prochain, les conservateurs de Stephen Harper solliciteront un quatrième mandat. S’ils obtiennent une autre majorité, ils seront au pouvoir jusqu’en 2019. À terme, on pourra parler, sans se tromper, du Canada d’avant et d’après Harper.

Le moment est bien choisi pour faire mentir l’ancienne première ministre Kim Campbell, qui soutenait que les campagnes électorales se prêtaient mal à la discussion de choses sérieuses !

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4 commentaires
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Madame Hébert,
Ce qui se conçoit bien, s’énonce clairement et les mots pour le dire viennent aisément. Votre texte est on ne peut plus clair. Nous, simples citoyens, constatons que nous sommes au fond d’un trou que nous avons contribué à créer par nos demandes incessantes, égoïstes et utopiques.
Le prochain Premier Ministre (titre générique) peut nous donner une échelle ou une corde pour en sortir. Mais il pourrait nous donner une pelle. Faudra voir !

Je ne voudrais pas ici sombrer dans les « partis-âneries », euh je veux dire partisanneries… Si ce n’est toutefois, nonobstant en toute intégrité et en toute transparence ; je me demande, je m’interroge, je me consulte, je m’enquête et enfin je me sonde pour… me poser finalement cette question assez fondamentale après tout : « Peut-on et devrai-t-on faire confiance à une formation politique qui n’en est pas à une petite contradiction prêt ? »

Bien sûr, bien sûr, évidemment, des contradictions tout le monde en a ; si ce n’est que quand on entend incarner la probité et l’intégrité bord à bord, on est peut-être mieux d’adopter une ligne claire en tout — et si possible de s’y tenir. Hors quelle est la ligne claire pour l’avenir du Québec ? Après tout, j’ai le droit de savoir si « oui » ou « non » on organise un referendum d’ici quatre ans. Mon avenir comme celui de tous les québécois en dépend.

Quelle est la ligne claire en matière de création d’emplois ? Quand ce que l’on constate, c’est une pluie de subventions pour des entreprises sélectionnées, quand on observe que les emplois créés l’ont été en grande partie à temps partiels, quand les autres emplois l’ont été dans des emplois relevant du secteur public, parapublic et des services connexes, donc des emplois payés et prélevés sur les impôts et les taxes. Quand on n’a pour seule explication que les 25000 pertes de février relèvent de la seule conjecture, quand globalement la masse salariale pour les emplois créés stagne ou baisse selon les secteurs, ce qui signifie que mêmes les emplois créés ne sont pas des jobs très valorisés.

Y-a-t-il une ligne claire en environnement (voir l’hypothétique exploitation de « notre » or noir sur l’île d’Anticosti) ? Quel est le programme pour économiser l’énergie et vendre nos blocks d’électricité en surplus au plus juste prix ? C’est un peu simpliste de mettre l’augmentation de 4,4% des tarifs d’Hydro imposée aux citoyens dès le mois d’avril prochain, faute aux opérations coûteuses de l’énergie éolienne au Québec. Pourquoi accessoirement est-elle rentable cette énergie renouvelable produite par le vent, ailleurs dans d’autres partie du monde, tandis que pas par chez-nous ?

Que vaut l’identité québécoise quand la xénophobie de tous bords tous côtés s’immisce régulièrement dans le débat sans y avoir été réellement conviée ?

Je ne sais pas si cette prochaine élection est ou sera charnière. J’argue cependant qu’un État est bien administré lorsqu’il a une épine dorsale solide et lorsque ses serviteurs (de l’État) sont bien articulés.

Serge, si être bien articulé réside à répéter des inepsies éculées telles: « Que vaut l’identité québécoise quand la xénophobie… » et des statistiques partielles et partiales telles: » 25000 pertes de février » Alors que durant les derniers 6 mois le Québec a mieux fait que le Canada et l’Ontario… Je préfère l’être un peu moins et un peu plus honnête intellectuellement.

Vous êtes timorés ? Cela se soigne… Libérez-vous de vos démons… Tous ensemble, nous pouvons s’entraider (:-)

Bonjour,le Canada sont des terres,sur ses terres il y a une legislation et il faut faire le grand menage,autrement dis il faut une radiation du systeme actuel de legislation,et prendre les rapports de madame Sheila Faiser et radier la loi sur les paradis fiscaux et rapatrier les enormes milliards de dollars pour soulager et aider les contribuables a faire face a payer pour les institutions a la grandeur du Canada.Pour le faire il faut changer les choses et la maniere de le faire est d’etre independant dans chaque provinces et les trois territoires,pour devenir treize Etat avec une nouvelle legislation qui va garder tout les dollards pour chacun des Etats membres de cette nouvelle Republique le Canada voila le grand menage a faire car avec cette double maniere fiscale qui apauvrie le pays et enrichie des compagnies a numero qui represente tres peux de personnes au detriment de 36 millions de canadiens mais il y a un mais les contribuables ont de plus en plus information et un un contribuable journaliste,un avocat,un juge,un procureur ils sont eux aussi toucher car ils sont tous contribuables tous ensemble ont peut le faire mais il y a un mais une personne seul ne peut pas le faire ,le grand menage tous ensembles pour le Quebec et le Canada a besoin,merci et bonne reflexion.