Des ministres tout neufs

Parité, environnement, immigration, entrepreneuriat… Mathieu Charlebois passe en revue le nouveau gouvernement caquiste et lui donne quelques bons conseils pour la suite.

Photo : La Presse canadienne

Devenir ministre, c’est comme devenir unicycliste-cracheur de feu : c’est un métier que tu n’as pas le choix d’apprendre sur le tas. Sur les 26 nommés par François Legault jeudi, il n’y a que Marguerite Blais qui sait à quoi s’attendre. Les autres vont l’apprendre à la dure.

« Bon début de journée, madame la ministre. Le Québec a pris feu pendant que vous dormiez. C’est quoi votre plan ? Vous avez cinq minutes pour prendre un café, après ça, vous êtes en ondes avec Paul Arcand et il va vous faire passer pour une incompétente. Deux sucres et un lait, c’est ça ? »

Vingt-cinq débutants et une habituée. Treize hommes, 13 femmes. Devant ce cabinet paritaire, il s’en est inévitablement trouvé pour lancer, inquiets, le classique :  « Ouin, mais la compéteeeeeeeeence ? »

Je partage leur détresse. Je me demande moi aussi si François Legault a su trouver 13 hommes capables d’être ministres. C’est beaucoup, 13. Je suis pour la parité, mais pas si ça m’oblige à devoir encore endurer des Laurent Lessard et des Sam Hamad.

On verra bien.

Être ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques dans un gouvernement caquiste, c’est comme être un bijou discret et de bon goût dans le tiroir d’Éric Lapointe : tu ne t’attends pas à servir beaucoup.

En héritant de la tâche, MarieChantal Chassé pensait peut-être pouvoir se la couler douce. Mais, ô surprise, François Legault a profité de son premier discours de premier ministre pour déclarer sa « sincère préoccupation pour les défis environnementaux ».

Hey ben ! Mieux vaut tard que jamais, mais que s’est-il passé ? Legault a-t-il lu par accident autre chose que la section Économie du journal jeudi matin ?

En tout cas, ce serait bien que ce François Legault vert foncé pique une jasette avec l’autre François Legault, celui qui ne serait pas contre l’exploitation pétrolière sur l’île d’Anticosti, parce qu’ils n’ont pas l’air de s’entendre.

Quant à MarieChantal Chassé, grâce à sa décision de ne pas mettre de trait d’union au milieu de son prénom, on calcule qu’une forêt de traits d’union aura été préservée avant la fin de son mandat. Ça commence bien.

Vous êtes du genre à être complexé par les violonistes prodiges de 14 ans ? Les romanciers qui ont à peine 20 étés au compteur vous donnent l’impression d’avoir raté votre vie ? Préparez-vous à déprimer encore un peu plus, parce qu’on a maintenant trois ministres de moins de 35 ans !

À commencer par Geneviève Guilbaut, 35 ans, vice-première ministre et ministre de la Sécurité publique. Il y a aussi Mathieu Lacombe, le ministre de la Famille d’à peine 30 ans, ce qui monte à au moins deux le nombre de ministres capables d’envoyer une pièce jointe par courriel sans devoir appeler le gars des TI.

Simon Jolin-Barrette est également dans le club des pas-vieux. Le leader parlementaire n’a que 31 ans, ce qui est dur à croire, parce qu’à l’entendre défendre les positions de son parti sur le cannabis il y a quelques semaines, on avait l’impression qu’il en avait 78.

Le voilà maintenant chargé de l’Immigration… et aussi du dossier de la laïcité.

* Soupir *

Ho ! Mais ne pensez pas croche, là. Il n’y a aucun lien entre les deux. « Ce sont des dossiers distincts », nous répète Jolin-Barrette.

* Soupiiiiiiiiiiir *

C’est donc lui qui nous expliquera qu’un crucifix dans un palais de justice, c’est patrimonial et rien de plus. C’est comme si on avait accroché une canne de sirop d’érable ou une photo du Bonhomme Carnaval derrière le juge.

* Soupir si long et puissant qu’il fait tomber toutes les feuilles des arbres dans ma rue *

Plusieurs analystes ont aussi remarqué que le cabinet caquiste fait la part belle aux gens d’affaires. Exit le « gouvernement de médecins », on a maintenant un « gouvernement d’entrepreneurs ».

Et pourquoi pas ? Moi qui n’arrive pas à croire à une de mes idées pendant plus de 15 minutes, j’admire la détermination des entrepreneurs. Mais s’il y a une idée à laquelle je crois, c’est que le gouvernement n’est pas une entreprise.

L’État fait parfois des trucs parce qu’il doit les faire. Des trucs pas payants. Des trucs que personne ne ferait, autrement. Bref, il faut des projets de société, pas des plans d’affaires.

Mais ça, vous avez le temps en masse de l’apprendre. Pour l’instant, commencez par vous installer, et préparez-vous à la première fois où Paul Arcand va vous engueuler avant votre premier café. Bonne chance !

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24 commentaires
Les commentaires sont fermés.

Très bon lucide je partage votre opinion mais serait incapable de l’exprimer aussi bien et aussi drole

Eh bien, là, vous ‘parlez’, pour vrai!

« s’il y a une idée à laquelle je crois, c’est que le gouvernement n’est pas une entreprise.
L’État fait parfois des trucs parce qu’il doit les faire. Des trucs pas payants. Des trucs que personne ne ferait, autrement. Bref, il faut des projets de société, pas des plans d’affaires. »

Pas plus qu’ils ne sont un centre santé, une clinique médicale ou un hôpital, en effet, l’Assemblée nationale, l’État, la politique ne sont pas davantage un[e] «business».

Quant au crucifix, il fait bon apprendre que celui-ci ne serait en rien un symbole religieux et ne serait qu’historique ou patrimonial. On se demande alors pourquoi vouloir en interdire le port chez des personnes?

??? !!!

Ben oui, on n’en finit plus d’ânonner que les personnes en autorité devront se départir de tout signe à évocation/connotation religieuse tel le crucifix. Or, qu’y a-t-il de plus en autorité que le gouvernement ou que l’Assemblée nationale, qui nomment ces dites personnes e.g. dg de police disposant le plus d’autorité coercitive?

Comment se fait-il, donc, que des agents de force de l’ordre ne pourraient pas ou ne pourraient plus porter de signes religieux, alors que l’Assemblée nationale, elle, pourrait continuer d’en porter un, très haut, et pas le moindre — en fait plutôt le plus fort et plus puissant, le plus éloquent et ‘parlant’ de tous les signes religieux de tous lieux, tous temps et toutes religions?

La véréalité, c’est que ce pourquoi, à son tour, le nouveau premier ministre tient tant à (garder) son crucifix, c’est pour la même raison que le maire Tremblay, lâ, lâ, tenait à continuer de réciter sa prière chrétienne. Parce que persiste un attachement viscéral ou sentimental vis-à-vis ses racines religieuses, qui ont conditionné, structuré et déterminé si significativement la vie individuelle et collective de la majorité québécoise française.

Enfin, à noter qu’au Québec, depuis trois décennies, la politique officielle n’en est pas une multiculturelle mais bien interculturelle. C’est-à-dire qu’on (ap)prend de l’«Autre» comme lui (ap)prend et apporte au groupe majoritaire qu’est celui de la « société d’accueil », i.e. du Québécois canadien français (catholique, catholaïque, agnostique ou autre).

Ça prend des mois avant qu’un ministre commence à bien maîtriser ses dossiers. Des gaffes, il y en aura. Peu importe le Gouvernement, le personnel de soutien (celui qui reste en poste années après années et qui est en quelque sorte la mémoire et le gros bon sens du Ministère) sauvera les meubles. C’est ce qui fait que même quand il y a un Ministre de compétence douteuse, si celui-ci n’est pas trop entêté, la vie continue. S’il met son personnel à dos, oups bonjour la dérape. Et ça, il y en aura parce que gens qui se pensent soudainement très puissant ça existe !!!

Hé oui, la compétence! Y-a-t-il quelqu’un qui s’en préoccupe? Prenez donc quelques minutes pour relire votre article Monsieur Charlebois.
Je me pernets de vous citer: “Trente-cinq débutants et une habituée. Treize hommes, 13 femmes. Devant ce cabinet paritaire, il s’en est inévitablement trouvé pour lancer, inquiets, le classique : « Ouin, mais la compéteeeeeeeeence ? »”. Bon, avez-vous trouver l’erreur? Je pense que vous devriez la corriger tout en prenant votre café. Bonne journée quand même, Marie Hémond

article intéressant et drôle… ma seule critique c’est: pourquoi les medias crée un debat avec le crucifix. Selon moi il n’y a pas de débat, personne en parle autour de moi, jamais. Mais on dirait que tous les journalistes du Québec se sont parlés à leur dernier meeting secret (j’invente un peu pour souligner l’absurdité de la situation) et ont décidé qu’il fallait faire semblant qu’il y avait un débat public. Les journalistes du reste du monde parle de l’Arabie saoudite, ça serait le temps de sortir le débat du contrat protégé par le PLC pour vendre des armes à ce régime. Ou même le fait que Couillard y a travaillé plusieurs années alors qu’il envoyait son salaire dans un paradis fiscal plutôt que de payer des taxes dans le pays qui lui a payé sa formation gratuite. Les journalistes du Québec pourrait aussi parlé du bloggeur en prison en Arabie Saoudite dont la femme et les enfants restent à Sherbrooke. Tous les éléments sont réunis pour que les journalistes parlent de l’arabie saoudite et des squelettes dans le placard ici même au Québec. Mais non. Les journalistes du Québec se sont donné le mot de parler du Crucifix et d’un faux débat dont personne ne parle dans la vie réelle. Come-on! Parlez dont de sujet intéressant au lieu de toujours revenir sur le sunet privilégié par le PLQ pour traiter les québécois de racistes. Immigration, accomodements, racismes, xénophobie… je suis pu capable d’en entendre parlé. Le peuple a voté. Laissez le gouvernement faire ce qui était dans leur programme. Parlez dont un peu de ce qui se passe ailleurs pour nous ouvrir sur le monde plutôt que de revenir sur le nombril du Québec.

Hé oui , la compétence! *Soupiiiiiir*
Je me permets de vous citer, cherchez l’erreur. “Trente-cinq débutants et une habituée. Treize hommes, 13 femmes.” *Soupiiiiiiir*
Prenez quelques minutes pour vous relire en prenant votre café ce matin, M. Charlebois.
Passez une bonne journée malgré tout!
Marie Hémond

Je n’ai pas voté pour eux, mais je suis de ceux qui veulent leur donner une chance.
J’aime le ton du premier ministre et qu’il demande a ses ministres de « rester sur
terre » et surtout à l’écoute des députés(es) et de la population en général, c’est
cette ensemble de personnes de tous les partis qui font et défont les gouvernements, ce sont eux les vrais « boss ».

Tiens, un brin d’humour caustique ce matin… Les faits relevés ne sont pas faux, les commentaires pimentés tendancieux quant à eux ne relèvent que de la fantaisie. Toutefois cela illustre bien que nous ne connaissons pas grand chose sur nos ministres. Dites moi, en rapport avec l’environnement, ne vaut-il pas mieux quelqu’un qui écoute et s’adapte (ce n’est pas vert foncé) plutôt qu’une personne bornée qui pense avoir toujours raison? Et si le nouveau gouvernement n’avait pas été de la sainte parité, n’y aurait-il pas eu des critiques cinglantes et gorges chaudes sur le coté patriarcal de la chose… Comme de quoi, il y aura toujours sujet à critique, humoristique, caustique, incendiaire quelle que soit les gens en place. Laissons leur un peu de temps et voyons ce qu’ils pourront faire dans l’espèce de climat »pourri » alimenté par nos réseaux sociaux.

Bon, d’abord, disons que Taylor y va un peu fort en parlant de malhonnêteté possible de la part du nouveau gouvernement ou premier ministre eu égard à son approche de la question de la laïcité concernant les signes religieux. Il n’y a pas malhonnêteté. ‘Juste’ obnubilation. Point aveugle.

Ensuite, si ce gouvernement veut être cohérent, en même temps que juste et équitable, pour « tous les Québécois », comme répète le PM, les Québécois, incluant, suppose-t-on, plus que seulement ceux et celles de vieille souche française; eh bien, il devra viser la… parité aussi au chapitre du «religieux» au sens large. C’est-à-dire?

Bien, il devra tâcher d’être équitable. Logique. Ce qui tombe bien, le nouveau PM en appelant au bon sens… Or, pour être logique et équitable, tu ne peux pas dire que ce qui a trait à la religion catholique ou chrétienne n’a qu’évocation ou connotation patrimoniale ou historique; alors que les signes autres, eux, renverraient nécessairement à du religieux, sujet à proscription dans l’aire publique. Bref, pour être «fair», ce devra être l’un ou l’autre: soit t’agrées aussi les signes «autres», soit tu n’en agrées aucun (à la française, quoi).

Il s’avère on ne peut plus facile d’illustrer que, comme c’est parti là…, le premier ministre ou le gouvernement ne se préoccupent vraiment pas d’être «fair» ou équitables, logiques et cohérents, à cet égard. En effet…

Ils pigent dans Bouchard-Taylor ce qui fait leur affaire et «discartent» le reste. Ainsi, pas question en Bouchard-Taylor d’interdire le port de signes religieux aux enseignants ni de maintenir au-dessus de la présidence au Salon bleu le crucifix. Paraît que le crucifix n’en «dérange» guère? Du «bon» côté, certes; mais de l’autre, d’autres côtés? Tout à coup qu’il en choquerait, offenserait ou «dérangerait» d’autres côtés?

Maintenant, voici mon point. Il est dit dans les Droits de l’Homme que « Toute personne a droit à la liberté […] de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu’en privé, par l’enseignement, les pratiques, le culte et l’accomplissement des rites. »

Alors, donc, soit on respecte et s’en tient à «ça», rigoureusement, OU on y déroge, crûment, à la française. Pas les deux! Pas une dérogation, partiale et partielle, favorisant la catholicité québécoise, assortie de ‘privations’/interdictions visant plus spécifiquement ou plus ‘copieusement’ des femmes d’autre(s) allégeance(s) religieuse(s) notamment.

Le meilleur exemple de cela, c’est, encore, le crucifix à l’ANQ. Parmi les recommandations de Bouchard-Taylor, en effet, encore…, se trouvait celle que ses Présidence et vice-présidences ne portent pas de signes religieux, non plus, considérant qu’elles figurent parmi ces instances disposant d’autorité coercitive éminente.

Alors, compris? C’est clair? Tu ne peux pas garder sur la tête du Président ou de la Présidente un signe religieux non équivoque, en même temps qu’en contraindre d’autres à enlever, elles et eux, le leur de sur le tête, si t’entends être le moindrement équitable et «fair», logique et cohérent, juste et soucieux de «bon sens».

On respire un peu M. Charlebois! Donnant la chance aux coureurs et attendre. Ces moqueries et mesquineries adressées aux nouveaux élus (es) n’ont pas leur place. Bon! on vous connaît par votre talent de farceur…

__Au début de l’article, vous parliez de 36 nouveaux ministres, soit 13 femmes et 13 hommes. Or, 13 + 13 font 26,
__À ce qu je sache,aucun gouvernement avant celui de la CAQ n’a enlevé le crucifix à l’assemblée nationale et dans les palais de justice. . C’est une question de patrimoine. Ce n’est pas comparable au projet de la CAQ de ne plus permettre aux personnes en autorité de ne plus arborer de signes religieux ostentatoires.
_ C’est excellent de nommer des gens d’affaire ministres dans certains ministères reliés à l’économie car ils savent comment bien gérer des budgets. Il y a bien d’autres ministères pour s’occuper des plans de société.

Tu as bien nommé les Laurent Lessard et les Sam Hamad dommage que tu ais omis les Bolduc, les Charlebois et la « cerise sur le sundae » ta Gertrude qui s’est fait « tasser » par un QS dans Jean Lesage.
L’incompétence, le favoritisme et même l’arrogance d’un certain Moreau justifient pleinement le choix d’une majorité d’électeurs de« faire le ménage » dans un gouvernement aussi biaisé, aussi vicié.
Je comprends que tu veuilles passer ta rage sur les nouveaux ministres de la CAQ. Garde toi donc une « petite gêne » du moins le temps qu’ils prennent place derrière leur bureau. Sache que je serai le premier à dénoncer si un ou plusieurs parmi nos élus manquent à leur devoir envers ceux qui les ont choisis pour gérer nos avoirs dans le sens de nos intérêts.
Très peu de personnes sauf quelques journalistes ne parlent du crucifix de l’assemblée nationale du Québec. Il y est depuis belles lurettes et espérons qu’il y restera encore aussi longtemps. Pourquoi tes amis du PLQ ne l,ont pas fait?. Poser la question est déjà un début de réponse. Il y a des choses autrement plus troublantes qui se passent dans le monde. Prend un « break » du PLQ et ouvre ton esprit au reste de la planète. N’y as t’il pas un certain journaliste nommé Khashoggi qui est subitement disparu…..

Bon, avez-vous trouver l’erreur? J’ai trouvé celle-ci :trouvé et non trouver !!! ;-)))

À vous lire, je me dis qu’on était surement mieux avec les libéraux. Je n’aurais jamais cru lire une chronique sitôt dans ce sens. »Missing Philippe Couillard and he’s experience team minus 1 or 2 doc. »

« Des ministres tout neufs » avec des idées usées … * soupir *.

*soupir* à quoi faites-vous allusion avec idées usées…
laissons donc la chance aux coureurs, ont verra bien qu’elles ingrédients ils mettront dans leurs recettes…
on ne parle plus ici des libéraux !

Ça commence déjà à déraper solide à la CAQ en santé, en environnement, avec les signes religieux, etc…

4 ans, ça va être long…

C’est pourtant là la volonté des gens qui ont votées
pour la QAC…
le programme des élus était très clair sur ce point dès
le début de la campagne !

@ RolandB46:

Le problème c’est que les innombrables et indéfendables cafouillages concernent justement l’application du dit programme. Certains nouveaux ministres affirment vouloir le mettre en place aussitôt que possible pour aussitôt se faire publiquement rabrouer par leur propre chef qui les contredit ouvertement et même va jusqu’à modifier le fondement même du programme à un point tel qu’on se sait plus trop quel est le programme. Et ce, dans plusieurs ministères importants.

Il y en a une – (parmi ces ministres tout neufs) – qui aurait créé une nouvelle classe – d’ineptitude?