Des négos difficiles à prévoir

S’il fallait que l’économie prenne du mieux pendant que les conditions salariales des fonctionnaires régressent, les syndicats auraient l’impression de s’être fait jouer un sale tour. Ils ont avantage à mobiliser leur base en prévision d’un printemps chaud.

Photo: Newzulu/La Presse Canadienne
Photo : Nicolas Pelletier/Newzulu/La Presse Canadienne

PolitiqueLe gouvernement Couillard a tout intérêt à régler hâtivement les négociations dans le secteur public, pendant que l’économie du Québec n’a pas encore atteint sa vitesse de croisière… et pendant qu’il fait froid.

Les employés du secteur public et le mouvement étudiant visent le printemps 2015 pour une mobilisation d’envergure contre l’austérité libérale. Les offres gouvernementales, dévoilées lundi par le président du Conseil du trésor, Martin Coiteux, ont été dépeintes comme une gifle, une insulte, une attaque contre le modèle québécois. Du point de vue syndical, c’est un puissant appel à la mobilisation.

Les syndicats du secteur public ont rivalisé d’indignation, et parfois d’imagination pour dénoncer les offres. La meilleure ? «C’est à se demander si le gouvernement n’a pas décidé, à la veille de Noël, de faire une suite au film Le père Noël est une ordure», a lancé Sylvain Malette, le président de la Fédération autonome de l’enseignement.

M. Coiteux a été dépeint sous les traits du Scrooge de Dickens par les caricaturistes. Il faut dire qu’il n’a rien à proposer, sinon des miettes, aux 550 000 syndiqués de la fonction publique : un gel salarial de deux ans, suivi d’augmentations de 1 % par année pendant trois ans.

Si l’inflation se maintient à 2 %, comme le souhaite la Banque du Canada, le pouvoir d’achat des fonctionnaires aura fondu de 7 % à la fin de ce contrat de travail de cinq ans. En plus, Québec propose de s’attaquer au régime de retraite, même s’ils ne souffrent d’aucun problème de capitalisation et qu’il est financé à parts égales entre l’État et ses employés.

Le ministre Coiteux veut faire passer de 60 à 62 ans l’âge d’admissibilité à la retraite avec pleine compensation. Il veut aussi modifier la méthode de calcul de la rente de la retraite, afin de considérer les huit dernières années travaillées (et non les cinq dernières, comme c’est présentement le cas).

Des offres accueillies avec «grande colère et indignation» par le secteur public. «On dirait que le gouvernement s’ennuie du bruit des casseroles», a lancé Louise Chabot, porte-parole du Secrétariat intersyndical des services publics.

Si on met de côté, la rhétorique, l’hyperbole et les démonstrations publiques de colère et de fermeté, ces négociations commencent d’une manière tout à fait classique. Le vil patron lance l’offre la plus basse et déraisonnable qu’il peut imaginer. Et il attend les réactions.

La position de départ du ministre Coiteux est boiteuse. Il suffit que l’économie reprenne de la vigueur, comme le prévoient des économistes avec la baisse marquée du prix du pétrole, pour donner de la légitimité aux revendications des fonctionnaires.

Cette secousse inattendue dans les marchés de l’énergie favorise les États dont l’économie dépend des exportations, comme le Québec. Dans ses plus récentes prévisions, le Groupe RBC prévoit «un léger rebond» de l’économie québécoise, avec une croissance réelle du PIB de 2 % en 2015, et de 1,7 % en 2016.

S’il faut que l’économie prenne du mieux pendant que les conditions salariales des fonctionnaires régressent, les syndicats auront l’impression de s’être fait jouer un sale tour. Ils ont avantage à faire durer le suspense, à patienter, et à passer l’hiver à mobiliser leur base en prévision d’un printemps chaud.

La négociation est aussi classique pour les syndicats. Leurs premières attentes sont tout à fait irréalistes. Les employés de l’État ont demandé 13,5 % d’augmentation en trois ans (une moyenne de 4,5 % par année). Ça ne fait pas très sérieux dans une province qui anticipe un déficit de 2,4 milliards de dollars pour 2014.

Le gouvernement Couillard et les employés du secteur public ont beaucoup de chemin à faire. Les deux parties devront mettre de l’eau dans leur vin pour arriver à une entente négociée. Sinon, deux périls immédiats guettent le Québec : des perturbations sociales et une loi spéciale.

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À propos de Brian Myles

Brian Myles est journaliste au quotidien Le Devoir, où il traite des affaires policières, municipales et judiciaires. Il est présentement affecté à la couverture de la commission Charbonneau. Blogueur à L’actualité depuis 2012, il est également chargé de cours à l’École des médias de l’Université du Québec à Montréal (UQAM). On peut le suivre sur Twitter : @brianmyles.

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Vous avez aussi oublié de dire qu’il vient piger dans les congés de maladie. On me dira que la majorité des gens n’ont pas de congé de maladie. C’est vrai, mais d’un autre côté, ces journées sont comptées dans la « rémunération globale ». Selon l’ISQ, cette rémunération accuse du retard par rapport aux autres travailleurs. Ma réserve sera amputé de 30% de sa valeur.

Ce gouvernement est un prédateur. Il s’accapare de tous les surplus accumulé de tous ceux qui ont géré parcimonieusement leurs ressources. Mauvais message à long terme.

D’autre part, la pénalité pour retraite anticipée passe de 4%/an à 7.2%. Peu importe l’angle sous lequel on regarde ces offres, on n’y voit que recul. Coiteux ne semble avoir que du mépris pour les fonctionnaires, si ce n’est dans le fond, c’est au moins dans le ton et le choix des mots.

Coiteux semble dire que les salaires représentent une trop grande proportion des dépenses d’opération de l’État. Je suis en partie d’accord. Le salaire de chacun des fonctionnaires n’est pas exagéré. Le « problème » se situe au niveau du nombre de fonctionnaires. Ce ne sont pas les fonctionnaires qui ont considéré l’État comme un Père Noël, c’est le Québec au complet.

Le Québec est la province la plus endettée, celle qui a le plus haut taux d’imposition et celle qui a le plus grand panier de services. C’est de ce côté qu’il faut regarder.

Depuis 1996, depuis Lucien Bouchard et son déficit zéro, combien de nouveaux programmes supplémentaires avons-nous?

Assurance parentale, garderie à 7$ (pourquoi pas 35$ brut, 7$ net, tel que suggéré par Robillard?), accréditation pour contrats publics par l’AMF, etc.

Pourquoi construire de nouvelles routes alors qu’on peine à entretenir celles qu’on a.? Je mettrai le feu au poudre, mais je crois sincèrement que d’avoir donné des frais de scolarité aussi bas aux étudiants au lieu de maximiser les crédits d’impôts fédéraux, fut une erreur.

Avons-nous les moyens de tous ces programmes? Ils faut être conscient qu’il faut des gens, des fonctionnaires, pour les administrer et que ceux-ci méritent d’avoir un salaire décent. Si nous refusons collectivement de faire des choix, tant pis pour nous.

Effectivement, a-t-on les moyens de tous ces programmes? Eh oui, le cadeau bonbon des frais de scolarité était une belle erreur, l’offre initiale était beaucoup plus intéressante, tant pour les étudiants moins bien nantis que du coté finance publique… mais on a décidé d’administré en donnant trop d’importance au 0.01 % de la population qui s’est amusé à faire résonner des casseroles… des démonstrations financées par les mêmes syndicats qui aujourd’hui crient à tort ou à raison Austérité… à force de crier au loup plus personne n’écoute et c’est malheureux.
Oui, tout le monde mérite une rémunération et des conditions décentes. 0% à 1% est-ce suffisant? Le contribuable que je suis dit Non, à tout le moins le maintien de la capacité d’achat, oui, jusqu’à ce que nous ayons débusqué de meilleure façon de faire.

Peut-être faudrait-il penser une stratégie qui permettrait un certain équilibre, tout en réduisant le déficit annuel, si l’économie prend du mieux. Il ne s’agit pas d’accélérer le processus, mais bien de rectifier le tir qui depuis trop longtemps entraine une augmentation de la charge globale »taxes et impôts »

Faut-il égaler ce qui se paie au municipal? Des conditions obtenues à l’arraché au fil des ans, par le biais d’administration qui ont choisi la paix sociale plutôt que de continuer à subir des moyens de pression inacceptables… Non

Le choix collectif a déjà été fait lors des dernières élections… pour le meilleur… ou pour le pire. J’espère qu’il y aura des jours meilleurs pour tous. Quoique une fois que l’on s’est habituer à aller dans le sud 1 ou 2 fois par année, que l’on possède au moins 2 autos/camions/pickup… 2 petits écrans (bon un grand et un petit), qu’il y a de multiples cellulaires dans une même ménage etc etc on peut se poser la question, mais qu’est-ce que l’austérité… ne plus se permettre toutes ces choses? En a -t-on besoin à ce point?

Les fonctionnaires sont mécontents de leur employeur, de leurs salaires et de leurs conditions de travail? Qu’ils démissionnent et qu’ils viennent travailler dans le privé. À vos risques et périls.

L’administration québécoise offre une meilleure rémunération si l’on tient compte des avantages indirects, une semaine de travail plus courte, des heures de présence moins nombreuses, un régime de retraite incomparable et la sécurité d’emploi.

Le nouveau leitmotiv des médias: un affrontement entre l’État et les syndicats. Cela a été le cas depuis 1982! Les négociations ont toujours été difficiles et cela a souvent abouti à une loi spéciale de retour au travail. Les positions extrêmes du gouvernement et des syndicats sont des positions de négociation et reflètent le souhait du gouvernement de progresser en matière d’assainissement des finances publiques.
Mais il nous faut un nouveau printemps-érable, cela permet de « pisser de la copie »!
Questions pédagogiques des journalistes entendues ces jours-ci, aux mécontents: « Pensez-vous que la grogne prendra de l’ampleur? Ne pensez-vous pas qu’un dur affrontement paraît inévitable? Quels sont vos sentiments? De la colère? » Ce qu’on appelle en anglais « a self-fulfilling prophecy ».

Ce que l’on voit en première page… C’est ce que l’on appelle créer la nouvelle, faire de la propagande, mettre de l’huile sur le feu, propulser des rumeurs assassines au rang de vérité!
Cependant, lorsque l’on prend la peine de lire les éditos et les chroniqueurs/chroniqueuses on remarque souvent un certain recul pour ne pas dire une volte face par rapport à la première page des journaux. Des discours plus réfléchis, des remises en question des gros titres, des mises en garde quant à la façon de communiquer et de se faire comprendre afin d’éviter d’apparaître comme des amateurs qui improvisent sans savoir ce qu’ils font… Car ce ne sont pas des amateurs qui sont en poste, mais bien plusieurs experts en finance que l’on s’arracherait dans le privé… Toutefois, il faut tirer leçons de ceux qui ont agi de la même façon. Un excellent texte de nos voisins européens:
http://rue89.nouvelobs.com/rue89-eco/2013/04/12/quest-quon-appelle-austerite-juste-241409

Le gouvernement depuis le début des années 80, s’acharne à taper sur les mêmes trois clous. Les fonctionnaires de la fonction publique, les gens de l’Éduction et les gens de la Santé.
Au cours de toutes ces années, soit depuis 34 ans, Ils ont perdue l’indexation de leur pension, le droit de négocier réellement étant donné que l’employeur (le Gouvernement) est aussi législateur de lois forçant le retour au travail sous peine de sanction. Il suffit de les comparer aux conditions des employés des municipalités, des employées de l’Hydro-Québec, Loto-Québec, de la SAQ etc… enfin de toutes les sociétés d’état au Québec.
Liste des Sociétés d’État au Québec
http://www.gouv.qc.ca/portail/quebec/pgs/commun/gouv/minorg/?lang=fr
Je comprends la grogne des contribuables contre une augmentation de taxe et/ou d’impôt, mais je pense que le gouvernement a le devoir de rétablir un équilibre économique entre les conditions de ces fonctionnaires, de l’Éduction et de la Santé et les gens des autres sociétés d’état et ceux des municipalités. Ceux-ci non jamais rien perdue depuis 34 ans (indexation à 100%, différence salariale et bénéfices marginaux de plus de 40%). S’il faut enlever à un pour rétablir un équilibre pour un autre, bien qu’on le fasse. S’il faut combler un déficit accumulé depuis trop longtemps, bien qu’on le fasse. N’oublions pas aussi, que les cadres de toutes les sociétés d’état, organismes publique, etc. ont eu aussi des conditions salariale et de bénéfices marginaux en or.
Je suis un retraité de l’Éducation, si j’aurais travaillé à l’Hydro-Québec en faisant un travail similaire, ma pension serais 30% plus élevé, en plus elle serait indexé à 100% au lieu de presque 0% aujourd’hui. Vous savez le prix du pain, du lait…etc. est le même pour tout le monde. Il faut rétablir une justice à un moment donné, on n’en est là en ce moment.

Paul Bertrand

Je suis d’accord avec vous et il ne faut pas oublier que même si le peuple pense que le gouvernement paie 50% de notre fonds de pension, ce n’est pas vrai puisqu’en 1999 il a annulé sa cotisation s’élevant à plus de 14 milliards puisqu’il n’a jamais cotisé. Et il en est de même jusqu’à nos jours. Donc la pension que je retire provient de ma propre cotisation. En ce qui concerne les congés de maladie qui étaient autrefois cumulatifs puis plus tard rémunérés (7 jours par année) si non pris, eh bien quand j’ai pris ma retraite en 1996, j’avais encore 141 jours en banque et je les ai perdus. J’ai reçu cette semaine de la CARRA les prévisions salariales pour 2015: jusqu’en 1982, un gros 1.8% d’indexation et 1982 à aujourd’hui 0% parce que l’inflation est plus basse que 3% donc 368,29$ de plus pour l’année 2015. Quel recul!