Des sables bitumineux durables, pour faire plaisir à tout le monde

La seule chose qu’on peut qualifier de «durable» dans l’exploitation des sables bitumineux, c’est le nombre d’années que ça va prendre pour tout nettoyer.

mulcair
Photo : npd.ca

Une élection fédérale, c’est comme un souper de famille. Les deux nous rappellent que c’est impossible de faire plaisir à tout le monde.
Politique

On essaie quand même. On s’envoie des courriels de groupe pour trouver un menu — ce qui est impossible, parce que Jocelyne n’aime pas le poulet, que Dominic n’aime QUE le poulet, et que Cécile est allergique aux produits laitiers qui contiennent du gluten.

Une fois autour de la table, il faut choisir ses sujets de discussion avec soin. Quelqu’un a dit le mot «vélo» ? Voilà Maurice qui est parti pour une bonne demi-heure de diatribes. «Oui, Maurice. Bien sûr, Maurice», finit-on par répondre à sa suggestion de poster des tireurs d’élite sur les toits des immeubles du centre-ville afin d’abattre les dangereux vélocipèdes.

Le Canada, c’est un peu ça : une grande famille remplie de cousins qui ne se voient qu’une fois tous les quatre ans, quand un vieil oncle décède, et qui sont loin de vouloir tous la même chose.

Autour de la table électorale, il y a aussi des sujets à éviter. Quelqu’un a dit les mots «sables bitumineux» ? Ouille.

Linda McQuaig, candidate néo-démocrate dans Toronto-Centre, s’est aventurée sur ce terrain visqueux en déclarant que si le Canada veut atteindre ses objectifs en matière de changements climatiques, «une grande quantité de sables bitumineux pourrait devoir rester sous terre».

QUOIIII ? Choc ! Stupeur ! Le Canada n’avait rien entendu d’aussi controversé depuis la fois où quelqu’un a déclaré que les paroles des chansons de Kaïn, «c’est pas du Gaston Miron».

Les sables bitumineux plombent les efforts du Canada. C’est ce que disaient des experts payés par le gouvernement en mai dernier, et une compilation de données d’Environnement Canada.

Dans un monde normal, la candidate aurait donc dit la chose la plus ordinaire au monde. Mais nous sommes dans l’univers parallèle d’une élection fédérale canadienne, alors une députée conservatrice a immédiatement accusé Thomas Mulcair de vouloir fermer l’Alberta.

Imaginez Fort McMurray complètement déserté, une boule de broussailles poussée par le vent passant devant la caméra, et vous avez l’Alberta après deux semaines de gouvernement Mulcair.

Le chef néo-démocrate n’a eu d’autre choix que de remettre les pendules à l’heure : il n’a rien contre les sables bitumineux et le pétrole, bien au contraire… «mais on doit le faire en vue d’un développement durable», dit-il.

Les sables bitumineux durables. Voilà un projet que j’ai hâte de me faire expliquer, parce que ça sonne aussi réaliste que la poutine amaigrissante. La seule chose qu’on peut qualifier de durable dans l’exploitation des sables bitumineux, c’est que ça va prendre des années à tout nettoyer.

Mulcair aurait pu déclarer qu’il n’a rien contre les téléséries de Réjean Tremblay tant qu’elles respectent l’intelligence du téléspectateur, ça aurait eu autant de sens.

C’est comme ça, dans la grande famille du Canada : on essaie de plaire à tout le monde, même si un bout du pays veut une chose et que l’autre bout veut son contraire. Ça donne ce double discours qui essaie de tout faire en même temps.

«Les sables bitumineux sont une source de pollution inacceptable, and a great opportunity for Canada», déclara donc le chef de parti.

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Soyons clair. A nous québécois d’activer la clause « acceptabilité sociale » dans la définition du Développement Durable », dont les autres partis n’ont même pas assimilé cette notion encore (DD). Alors que le NPD, oui, et surtout sur ce dossier des bitumineux. Comme les gaz de schiste, nous devrons nous mobiliser à une aussi grande échelle, et Tom Mulcair respectera inapplicabilité-sociale au Québec des pipelines. En ce qui me concerne, à moins qu’il me dise combien de wagons et de pétroliers dans le st-laurent il y aura en moins. des montants clairs, sur papier, signé devant des avocats

Pour vous l’ inacceptabilité sociale c’ est des lobbys environnementalistes qui disent n’ importe quoi comme s’ ils étaient en possession de la science infuse! C’ est des moratoires sans fin , c’ est le statue quo! Autrement dit c’ est l’ immobilisme absolu qui stagne complètement le développement énergétique et des ressources et met le Québec dans un état comateux!

Pour les péquistes , les environnementalistes, les groupe sociaux, les syndicats et les progressistes tout est noir et il n’ y a pas de compromis mais seulement des moratoires!! Ce qui est le plus drôle dans ce scénario NÉGATIF , c’ est que tous sans exception de ces groupes quémandent aux gouvernement( c’ est a dire nous-même) régulièrement des services et des ressources et des salaires de plus en plus grands! C’ est a se peter la tête sur les murs et c’ est a ne rien y comprendre!!!

« Pour les péquistes , les environnementalistes, les groupe sociaux, les syndicats et les progressistes tout est noir et il n’ y a pas de compromis mais seulement des moratoires!! »

Votre analyse explique avec justesse [fin du sarcasme] pourquoi le gouvernement Marois avait engagé le Québec dans l’exploration pétrolière à Anticosti…

Pendant que l’on se tiraille sur la façon de sortir ce pétrole du pays, pipeline vers l’est, l’ouest, le nord ou le sud, trains de 100, 200, 300 wagons… On regarde le prix du pétrole qui diminue de 50% en 2 ans.
Peut-on aussi regarder ce qu’on peut faire d’un pétrole qu’on garderait pour exploitation future, quand tout le monde n’en aura plus, pour la pétro-chimie, les textiles, les lubrifiants, les matériaux synthétiques, tout ce qui n’implique pas sa combustion si polluante? On a besoin du pétrole maintenant, mais l’offre d’ailleurs est moins onéreuse que celle de l’ouest. De même le pétrole de « Old Harry » n’est pas plus pressante à être exploiter.

Bonjour,

Rappelons-nous que Madame McQuaig n’a pas dit que TOUTE la masse du pétrole contenu dans les sables bitumineux devrait rester sous terre. L’idée est de respecter les engagements du CND en termes de changements climatiques. Tant et aussi longtemps que l’on ne sait pas combien d’équivalent-barils peuvent être extraits, les cousins-cousines continueront de se chicaner à propos de chimères.

Il serait plus judicieux de demander à Monsieur Mulcair les critères des évaluations environnementales, comme par exemple si les engagements du Canada que j’ai mentionné en ferait partie ou, autre exemple, quel poids la clause acceptabilité sociale, que Monsieur Demers mentionne déjà dans son commentaire, aurait. Les journalistes, vu que leur temps actif est consacré à ce genre de chose, devraient s’en enquérir auprès de Monsieur Mulcair et nous en faire un « rapport ».

Je crois aussi qu’il est important de se rappeler que l’acceptabilité sociale fait partie des critères jugeant bon ou pas, en tenant compte des mesures de mitigation, un projet dans les évaluations environnementales. Sans doute, cela devrait être plus souvent soulignée plutôt que de traiter ceux et celles qui sont en désaccord de tous les noms par ceux et celles en position de pouvoir.

Le paradoxe dans tout ça c’est que ce sont les Albertains qui détruisent leur environnement immédiat qui sont en grande majorité en faveur de l’exploitation des sables bitumineux alors que ceux qui sont contre ne subissent pas les conséquences désastreuses de cette exploitation sur leur « propre » environnement… Serions-nous en présence du syndrome de Tartuffe?

Ah mais il y a bien les autochtones qui vivent à proximité qui s’y opposent car ils craignent (à juste titre selon des études indépendantes) pour leur santé mais comme on le sait bien, les chefs politiques de ce pays se foutent des autochtones sauf quand ils brassent la cage…

Développement durable des sables bitumineux? Sans aucun doute car cette exploitation est quand même très difficile et consomme intensément l’environnement et cela « durera » certainement pendant des décennies, jusqu’à épuisement des stocks! Les prochaines générations? Bof…

« Le paradoxe dans tout ça c’est que ce sont les Albertains qui détruisent leur environnement immédiat qui sont en grande majorité en faveur de l’exploitation des sables bitumineux alors que ceux qui sont contre ne subissent pas les conséquences désastreuses de cette exploitation sur leur « propre » environnement… Serions-nous en présence du syndrome de Tartuffe? »

C’est tout à fait faux! (que seulement les Albertains subissent les conséquences de l’exploitation des sables bitumineux)

À commencer par les émissions de CO2, NOX et autres polluants atmosphériques. L’impact du réchauffement climatique lié aux GES est déjà mesurable économiquement, et ça se compte en centaines de milliards de dollars (selon le FMI).

Évidemment ce n’est pas l’Alberta qui fait pencher la balance mondiale, mais il n’y a pas de « tipping point », chaque tonne de CO2 compte. En l’occurrence l’Alberta est de loin le plus grand pollueur au Canada (mention déshonorable à la Saskatchewan maintenant à égalité avec le Québec): https://www.ec.gc.ca/indicateurs-indicators/default.asp?lang=Fr&n=18F3BB9C-1

Et même en émissions de CO2 par habitant, l’Alberta se fait dépasser en comparaison aux États-Unis seulement par le Wyoming et le Dakota du Nord (des États producteurs de gaz de schiste). En production absolue, les seuls états américains qui produisent plus de CO2 que l’Alberta sont la Californie et le Texas.

Si jétais pour la pollution à outrance ,d’origine albertaine , et contre la loi 101 ( même des lambeaux qu’il en reste) je voterais les yeux fermés pour

Thomas Mulclair dont la position est trés proche ce celle de Bitumineux Harper et de celle ,un peu plus nébuleuse pour ne pas dire glauque, du

lobotomiste-extractiviste Couillard . Mais le genre d’article que je viens de lire m’a un peu plus ouvert les yeux. MERCI. Vive la presse et les blogueurs libres 🙂

Le vrai double discours, c’est celui du Québec, qui ne veut pas de pétrole transitant par rail (Mont-Mégantic), par navire (Cacouna) ou par pipeline, alors que la province construit des routes, autoroutes et ponts routiers à qui mieux mieux pour que les automobilistes puissent rouler toujours plus vite et habiter toujours plus loin en banlieue.

Quelques pistes cyclables à part, qu’est-ce qu’on construit donc au Québec pour sortir du pétrole? Gatineau et Québec investissent dans les autobus rapides, qui seront hybrides tout au plus, sans doute. (Québec a d’ailleurs récemment remplacé ses Écolobus électriques par des modèles plus classiques.) Montréal semble avoir abandonné ses projets de tramways électriques, nouvelles lignes de métro et trains de banlieue. Tandis qu’en Ontario, on construit maintenant des trains légers et de nouveaux métro après avoir investi dans les autobus rapides sur voie spéciale dans les années… 1980.

Bref, quand le Québec aura investi dans l’électrification des transports, il sera mieux placé pour donner des leçons à tout le monde.

« Bref, quand le Québec aura investi dans l’électrification des transports, il sera mieux placé pour donner des leçons à tout le monde. »

Bref, depuis quelques années déjà le Québec est bien placé pour donner des leçons à « tout le monde ».

Et bien oui, le Québec investi déjà dans l’électrification des transports: subvention aux véhicules électriques rechargeables et installation de près d’une centaine de bornes de rechargement en 2 ans à peine (bon, peut-être 3) par Hydro-Québec.

Les projets abandonnés que vous mentionnez sont particulièrement décevants, il y a décidément beaucoup de gens au Québec qui croient encore à l’avenir du pétrole, mais ce ne sont pas les seuls projets qui ont été sur la table. Mais sur le fond vous avez raison, on en fait vraiment pas assez, ça va prendre beaucoup de temps avant de remplacer le parc automobile en électrique, il faut que le transport en commun et le transport longue distance (camion, train, avion) soit révolutionné, sur rail ou autre.

Si on enlève l’ exploitation des sables bitumineux en Alberta que reste- t’ il de revenus pour la province et aussi pour la fameuse péréquation? Mme Notly le sait très bien et elle a besoin de revenus en attendant de diversifier ses ressources!
Les grands penseurs environnementalistes ne se préoccupent pas de ces détails! M. Mulcair , lui le sait et ménage la chèvre et le choux! M. Charlebois comme gérant d’ estrade , c’ est toujours plus facile de faire de l’ ironie que de trouver des solutions!