Des vélos, des enfants, pas d’argent, pas d’avis : petit résumé de la semaine

Après des mois à ne parler que de charte et des semaines à n’entendre que le mot référendum, le peuple québécois réapprend tranquillement à voir plus d’un sujet à la fois dans ses grands médias.

PolitiqueAprès des mois à ne parler que de Charte et des semaines à n’entendre que le mot référendum, le peuple québécois réapprend tranquillement à voir plus d’un sujet à la fois dans ses grands médias.

Des vélos

D’abord, lundi, nous nous sommes fait rappeler de façon assez brutale qu’en vélo, il vaut mieux éviter de «heurter un camion».

camion
Le camion s’en est heureusement sorti sans une égratignure. (Source: https://tvanouvelles.ca/lcn/infos/faitsdivers/archives/2014/04/20140428-071652.html Via : @CyclistBartek)

Le décès tragique de la cycliste a donné un véritable électrochoc aux élus, qui se sont immédiatement mis en action. Le ministre des Transports, Robert Poëti, a promis une modernisation du Code de la sécurité routière.

Parmi les idées à l’étude : exiger l’ajout de deux roues supplémentaires sur les vélos, de même qu’un habitacle protecteur, un siège pour passager, une banquette arrière, un moteur et le remplacement du guidon par un volant rond. « Avec ça, les vélos vont être équipés pour rouler dans la rue en toute sécurité », aurait expliqué un fonctionnaire qui étudie le dossier.

Des enfants

Pendant ce temps, l’affaire Joël Legendre (j’utilise l’expression parce que je n’en reviens pas encore qu’elle existe) continuait de déclencher les passions, contrairement à la défunte émission Alors on jase.

Au-delà de la possibilité de voir un jour deux mini-Joël Legendre prendre d’assaut les écrans de la province (quel cauchemar !), c’est l’implication d’une mère porteuse qui fait le plus jaser.

D’un côté, l’arrivée des jumelles tiendra Legendre éloigné des médias pendant au moins une année. C’est là un argument de poids pour les mères porteuses, mais malheureusement, la question ne s’arrête pas là.

Denise Bombardier s’est empressée de dénoncer ces gens qui «n’acceptent pas les limites physiques de la nature». Venant de quelqu’un qui vieillit en beauté (dixit le titre de son livre) grâce à des injections de Botox, une chirurgie des paupières et divers produits de beauté, l’idée d’accepter les «limites physiques de la nature» peut faire sourire. Par souci de cohérence, madame Bombardier est retournée vivre nue dans la forêt, loin de toute cette technologie et cette vie moderne si peu naturelle.

Benoit Aubin, lui, a jugé le débat trop délicat pour qu’on commence à lancer des arguments finement réfléchis. Il propose donc en lieu et place une citation de François Pérusse, un pétage de coche et un argument béton pour expliquer son refus que l’argent public puisse dédommager la mère porteuse d’un couple d’hommes gais :

«Est-ce que je peux dire à ces hommes homosexuels que ce n’est pas mon problème – donc, pas ma responsabilité – s’ils n’aiment pas les femmes ?»

J’écrirais bien un commentaire grinçant pour rire de l’individualisme extrême de l’argument d’Aubin, mais il est difficile de taper au clavier d’une seule main.

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N’allez pas penser croche. L’autre main est dans mon visage.

Reste la question de fond : la parentalité est-elle un droit ou un privilège ?

Ceux qui rêvent d’avoir un jour un ado qu’ils pourront obliger à tondre le gazon à leur place diront que c’est un droit.

Quiconque a passé deux heures dans une salle d’attente à endurer l’enfant d’un parent incapable de le discipliner aura envie de dire que c’est un privilège. Un privilège qui mériterait peut-être d’être mieux encadré.

Une idée comme ça : au troisième «Môman/pôpa va se fâcher si t’arrêtes pas» qui n’est pas suivi par une vraie conséquence, on t’enlève ton enfant et on le donne à un couple infertile.

Pas d’argent

Le PLQ a entamé sa deuxième semaine au pouvoir en se remettant encore du choc de découvrir l’économie du Québec en si mauvais état. Quel choc ! Quelle surprise ! Quelle découverte inattendue ! Comment auraient-ils pu savoir, eux qui ont quitté le pouvoir il y a un gros 18 mois, après 10 ans à la tête du gouvernement ?

Pour l’aider à faire des choix, Philippe Couillard a commandé un rapport à deux éminents économistes. Je vous résume rapidement le rapport de Luc Godbout et Claude Montmarquette : si on ne fait rien, nos enfants vont habiter dans des bidonvilles, le Québec va faire faillite, le Canadien ne gagnera plus jamais la Coupe et tous les postes de télé vont présenter en boucle des reprises de Terre humaine.

Le rapport est présenté comme étant neutre. Sauf que demander à Montmarquette s’il faut couper dans l’État et faire hausser les tarifs, c’est un peu comme demander à Josée di Stasio si on doit rajouter de l’huile d’olive. Si on lui a posé la question, c’est parce qu’on savait que la réponse allait faire notre affaire.

C’est donc l’austérité qui nous attend. Et pas besoin de vous battre : de l’austérité, il y en aura pour tout le monde. Si vous économisez assez, vous pourrez peut-être acheter un petit bout d’Hydro-Québec ! Commencez tout de suite à rouler vos 25 sous.

Heureusement, Philippe Couillard entend lancer un «dialogue social» avant de donner le feu vert à des coupes importantes dans l’appareil public. C’est vraiment gentil de sa part, même si on a envie de lui répondre qu’on sort tout juste d’une belle consultation qui s’appelle une élection. S’il voulait vraiment savoir ce qu’on pense de la privatisation d’Hydro-Québec et de la SAQ, c’était une maudite belle occasion!

Bon, c’est qui qui a caché les avis ?

Vérifications faites, il ne semble pas exister d’avis juridiques pour soutenir la légalité de la Charte. Oups.

Mais est-ce qu’on a bien cherché comme il faut ?

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À propos de Mathieu Charlebois

Ex-journaliste Web à L’actualité, Mathieu Charlebois blogue sur la politique avec un regard humoristique depuis 2014. Il est aussi chroniqueur musique pour le magazine L’actualité depuis 2011 et co-rédacteur en chef du webmagazine culturel Ma mère était hipster, en plus d’avoir participé à de nombreux projets radio, dont Bande à part (à Radio-Canada) et Dans le champ lexical (à CIBL). On peut le suivre sur Twitter : @OursMathieu.

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HAAAAAAAAAA!!! Voici un résumé de ce que je me dis en me rendant au travail en écoutant la radio dans mon auto…Et ça fait un bien fou de voir que je ne suis pas seule à penser cela!! Merci de le dire tout haut et en plus avec humour. On va peut-être être assez, à un moment donné, pour que règne un peu plus le gros sens… (on peut rêver, non?)

Quand un élu compare les risques de circuler en vélo sur les trottoirs (quelques éraflures sur un piéton) et les risques de la circulation cycliste dans la rue (mort, amputations, multiples fractures), il n’hésite pas une seconde: il faut interdire de circuler en bicyclette sur les trottoirs! Il serait tellement plus simple de dire: il est permis de circuler en vélo sur les trottoirs mais le cycliste n’y est que par privilège; il n’a aucun droit sur le trottoir; le piéton a tous les droits; si un groupe de piétons lui bloque le chemin, il doit les contourner.

On sait tous que 90 % des trottoirs de Montréal sont vides de monde et qu’il y a donc 0 risque de contact avec le piéton sur ces trottoirs-là. Quand il y a du monde en abondance sur les trottoirs, le cycliste se doit donc de rouler en conséquence: à moins de 10km/h, souvent à 5km/h.