Désarmer le problème américain

Comment de petites mesures graduelles pourraient redonner de l’élan au mouvement pour le contrôle des armes à feu.

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Photo: Pixabay

Croyez-le ou non, quelques restrictions empêchent certaines personnes d’acheter des armes à feu et des explosifs aux États-Unis. Celles qui fuient la justice verront leur demande refusée. Tout comme celles qui ont été condamnées à plus d’un an de prison. Les gens internés contre leur gré dans un établissement de santé mentale ne peuvent se procurer d’armes. Même scénario pour ceux qui ont été reconnus coupables de violence conjugale ou à qui s’applique une ordonnance de protection relative à ce type de crime.

Près de 1,3 million d’Américains se sont ainsi fait refuser l’achat d’armes par le National Instant Criminal Background Check System (NICS), un service offert par le FBI 17 h par jour, sept jours sur sept, 365 jours par année à l’exception de Noël, depuis sa création, en novembre 1998. Jusqu’à maintenant, 222,3 millions de demandes ont été approuvées. Il faut dire que cet accès aux antécédents judiciaires est seulement exigé lorsque le vendeur est titulaire d’un permis fédéral, ce qui ne représente que 60 % des ventes d’armes à feu. Les lacunes de ce service sont donc considérables.

Les achats effectués en libre-service dans des foires ou des salons sont exemptés de la vérification d’antécédents des acheteurs. Même constat du côté des achats faits en ligne. Plus surprenant encore: dans une Amérique obsédée par le terrorisme, les armes et les explosifs ne sont pas refusés aux personnes jugées trop dangereuses pour prendre l’avion.

Au cours des 10 dernières années, 2 233 personnes considérées comme des terroristes potentiels par les autorités ont fait une demande pour acheter une arme. Parmi elles, 2 043 ont reçu le feu vert.

Le carnage qui a fait 14 morts et 21 blessés le 2 décembre dernier à San Bernardino, en Californie, a ravivé le débat sur les armes à feu aux États-Unis. Syed Farook et Tashfeen Malik — le couple responsable de la tuerie dans un centre de services sociaux où Farook travaillait — étaient, selon les informations disponibles, des sympathisants de longue date du groupe armé État islamique. Bien qu’on ne sache pas si les deux protagonistes étaient connus des autorités, leur arsenal, qui incluait deux puissants fusils d’assaut, deux armes de poing semi-automatiques, des milliers de munitions et plus d’une dizaine de bombes artisanales, aurait été interdit dans presque tous les pays du monde. (Toutes les armes ont été acquises légalement. Farook a même été soumis à une vérification du NICS lorsqu’il a acheté ses pistolets chez Annie Get Your Gun, à Corona, en Californie, un établissement titulaire d’un permis fédéral et qui se décrit comme un «magasin d’armes pour toute la famille».)

En 2015, les États-Unis ont été victimes de plus de fusillades, c’est-à-dire d’attaques contre quatre personnes ou plus, qu’il n’y a de jours dans une année. Nourris par une peur du terrorisme, du crime et même de leur propre gouvernement, les Américains n’ont jamais tant acheté d’armes. Lors du dernier Black Friday (Vendredi fou), le FBI a reçu 185 345 requêtes de vérification d’antécédents. Un record. Au lendemain du massacre de San Bernardino et du plaidoyer du président, Barack Obama, en faveur d’un contrôle plus serré des armes à feu, les ventes ont encore grimpé. Le Sénat américain a refusé une autre proposition qui aurait empêché les personnes placées sur les listes d’interdiction de vol d’acheter des fusils d’assaut.

Vingt-deux ans se sont écoulés depuis l’adoption du projet de loi Brady, la dernière mesure législative importante en matière d’armes à feu. Et il faudra peut-être attendre une autre génération avant que le Congrès trouve le courage de défier les amateurs d’armes et la riche National Rifle Association (NRA). Mais l’impasse à Washington n’est qu’un aspect du débat. Même si la lutte contre la violence armée continue, et en dépit des apparences, la situation s’améliore. Les homicides par arme à feu, qui ont atteint un sommet en 1993 avec 18 253 morts, ont chuté avec le taux de criminalité pour atteindre 8 124 meurtres en 2014.

«Le débat national ne tient pas compte de tout ce qui se passe à l’échelle des États», soutient Kristin Goss, professeure de politique publique à l’Université Duke et auteure de deux livres sur le contrôle des armes. «Il y a une véritable divergence sur le plan de la culture des armes à feu aux États-Unis. La NRA est puissante à Washington et au Wyoming, mais pas à New York.»

Depuis la tuerie de l’école primaire Sandy Hook, à Newtown, au Connecticut, il y a trois ans, six États — Connecticut, Colorado, Delaware, New York, Washington et Oregon — ont élargi le contrôle des antécédents pour l’appliquer à toutes les ventes et à tous les transferts d’armes à feu. (Le Delaware, le Rhode Island et le district de Columbia avaient déjà mis en place de telles mesures de protection. En 2016, un contrôle amélioré sera soumis au vote des résidants du Nevada.) Au total, 18 États vont maintenant au-devant du programme fédéral NICS.

Sur la question de la santé mentale, il y a presque consensus. Depuis 2004, 48 États ont adopté au moins une loi pour restreindre la vente d’armes aux personnes aux prises avec des problèmes psychiatriques. De ce lot, 40 États sont parvenus à resserrer leurs lois. «C’est limité et technique, mais on observe beaucoup d’avancées», dit Goss.

On est encore très loin du mouvement des années 1970 et 1980, époque où il a sérieusement été question d’interdire carrément la vente de pistolets. Mais le «gradualisme» est devenu le mot de l’heure pour les militants antiviolence, qui cherchent à dissiper l’aura d’invincibilité du lobby des armes à feu. «Ils se concentrent sur les enjeux qui font consensus, explique Goss. C’est beaucoup plus stratégique.»

La Coalition to Stop Gun Violence, par exemple, fait la promotion du concept du «pouvoir des acheteurs» à l’échelle municipale. L’idée est que les villes qui achètent des armes en masse pour leurs services de police fassent pression sur les fabricants et les distributeurs locaux. L’objectif: que ceux-ci s’«autorégulent» et soient plus stricts que ce qu’exige la loi en matière de vérification de l’identité et des antécédents. Le groupe Americans for Responsible Solutions — créé par l’ancienne membre du Congrès Gabrielle Giffords et son mari, l’astronaute Mark Kelly, peu de temps après qu’elle a survécu à une fusillade, en 2011 — milite quant à lui activement pour le retour de la recherche gouvernementale sur les causes et les effets de la violence armée. Autre initiative: la Brady Campaign, en coordination avec les maires de 50 villes, dont New York, Chicago, Boston et Los Angeles, fait pression sur le département de la Justice pour qu’il prenne des mesures plus sévères à l’égard des 5 % de détaillants qui fournissent 90 % des armes utilisées pour commettre des crimes.

Le mouvement antiarmes d’aujourd’hui est mieux organisé et mieux financé que jamais. Michael Bloomberg, l’ancien maire millionnaire de New York, a fait un don de 50 millions de dollars au mouvement (éclipsant les dépenses annuelles de la NRA, qui se chiffrent à 20 millions), en plus d’avoir créé l’association Everytown for Gun Safety. Le don de Bloomberg sert notamment aux campagnes, au lobbying et à un site Internet de nouvelles, The Trace. Un vent d’espoir souffle aussi dans les tribunaux. En octobre dernier, un jury du Wisconsin a condamné à une amende de six millions de dollars un magasin qui a vendu une arme à un mineur de 18 ans, qui s’en est servi pour tirer deux policiers dans la tête. Il s’agit du premier procès lié aux armes gagné depuis que le Congrès a adopté, en 2005, une loi qui soustrait les fabricants et les revendeurs à toute responsabilité.

Les opposants aux armes redoublent d’ingéniosité pour attirer l’attention du public. Le 1er décembre, la veille de l’attaque de San Bernardino, Stacey Newman, représentante du Parti démocrate dans l’État du Missouri, déposait un projet de loi qui imposerait les mêmes restrictions aux acheteurs d’armes qu’aux femmes qui veulent se faire avorter. Les acheteurs auraient ainsi à parcourir au moins 190 km, regarder une vidéo d’une demi-heure sur les risques mortels des armes, consulter et attendre 72 h avant de pouvoir conclure la transaction. «Nos lois sur les armes sont vraiment négligentes, nous n’avons pas de vérifications d’antécédents, nous n’avons pas de permis. Nous n’avons presque rien», explique Stacey Newman. À l’opposé, le Missouri ne compte qu’une seule clinique d’avortement, et les républicains ont décrété plusieurs lois pour en restreindre l’accès. «Pour moi, c’était une façon de souligner l’absurdité de notre problème. C’est né d’une frustration», poursuit-elle.

C’est presque une certitude: son projet de loi ne sera jamais adopté. Mais Newman affirme déjà voir des résultats. Les gens parlent de plus en plus des problèmes considérables qu’a l’État avec les armes à feu: Saint-Louis et Kansas City font toutes deux partie des 10 villes américaines où il y a le plus de fusillades. «La plupart d’entre nous sommes élus par moins de 30 % des voix admissibles, note Newman. Les gens font des liens. Ils sont en colère.»

De la colère, les États-Unis n’en ont jamais manqué. Espérons maintenant qu’ils sauront la canaliser de façon constructive.

(Traduction d’un texte de Maclean’s par Bruno Duhamel)

Les commentaires sont fermés.

La violence aux USA tient a leur partage de la richesse et au racisme en grande partie, une autre partie a la maladie mentale par exemple aux anciens soldats laissés a eux-même etc etc etc ….. Pour le citoyen qui ne veut pas laisser sa peau dans la rue lors d’un vol ou face a un malade le port d’arme a feu rend le faible ou une femme en mesure de se défendre contre l’agresseur. Un danger plus grand encore sont ceux qui préconisent de se laisser massacrer comme en France, la ou la législation des armes est très restrictive. Un piste de solution est le projet de système de santé du président, tout ce qui pourrait amener une certaine justice sociale. Le modèle pour le moment est la Suisse, bien-être et des citoyens prêts a se défendre. Merci.

Ça, c’est la théorie. Des hypothèses en fait. La réalité est que pour une personne sauvée par une arme à feu, il y en a un beau paquet de tués. Or, l’image véhiculée est celle des hold-up mais les décès par arme à feu sont très divers. Par exemple il y a souvent des accidents, en passant par des enfants qui finissent par « jouer » avec. Les meurtres conjugaux, etc. Les stats, c’est ça.

L’article reflète bien la problématique. Ce dossier est dans une impasse idéologique. Les lobbys sont tellement forts que même dans des situations évidentes, il n’y a pas de lois afin d’empêcher des gens qui ne devraient pas posséder d’armes à feu. C’est comme si on refusait d’empêcher quelqu’un de dangereux au volant de conduire pour une raison de droit fondamental.

Le contrôle des armes à feu n’est qu’une partie de la solution. Et j’éviterais de parler de la France si j’étais vous. C’est pas les cow-boys avec leur .45 qui auraient empêché grand chose contre des AK. Et le nombre de décès par arme à feu par 100 000 habitants y est beaucoup moins élevés qu’aux É-U (voir mon premier paragraphe).

Tout faux,les Francais se sont laissé massacrer par idéologie, n’importe qui armé aurait pu faire la différence: ma grand-mère avec un tromblon par une fenêtre aurait pu sauver les 2 police désarmés qui se sont aussi laissé tués mais elle se serait trouvé coupable d’avoir sauve des vies, le 45 est efficace et est utilisé par des militaires et police etc, lâchez la TV et les vieux films de cowboy c’est pas la réalité.

Ah, donc aux État-Unis il n’y a pas de massacres? Contrairement aux français qui se font massacrer, eux…

Vous avez un problème de compréhension.

Comparez les stats sur les morts par armes à feu aux É-U et en France. Vous êtes capables de comprendre des statistiques de base?

À quel endroit vous prenez votre statistique que pour une personne sauvée par une arme à feu; il y en a un beau paquet de tué ? D, abord vous n’ êtes pas en mesure d’ évaluer le nombre de personnes sauvées par arme à feu!!! En passant un petit coup ici et là d’ un pistolet ; ça met habituellement sur la défensive un gros méchant avec sa grosse AK-47 !!

Je crois donc qu’une mise au point est absolument nécessaire ici. On semble suggérer qu’il existe un mouvement « anti-armes » aux états-unis. Ceci est une présentation distordue des efforts d’Obama. On parle de lois obligeant des enquêtes de sécurité approfondies, idée avec laquelle une majorité d’américains semblent d’accord. PAS de mouvement ANTI armes. Même Obama comprend la raison du second amendement. Nos médias font tout pour récupérer ce qui se passe au états-unis afin d’alimenter la psychose anti-arme au Québec et de cautionner des mesures vexatoires inutiles envers les propriétaires d’armes d’ici.

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