Deux circonscriptions qui pourraient déterminer le sort du PQ

À presque deux extrémités du Québec, des exemples des choix cornéliens qui s’offriront au chef péquiste Paul St-Pierre Plamondon. 

Paul St-Pierre Plamondon / Facebook / Montage L'actualité

Le député de Bonaventure, Sylvain Roy, a quitté le caucus du Parti québécois le 4 juin dernier, arguant qu’un événement récent avait brisé le lien de confiance entre le chef du PQ, Paul St-Pierre Plamondon, et lui-même. Résultat : la formation indépendantiste ne compte plus que sept députés à l’Assemblée nationale, trois de moins qu’après la cinglante défaite aux élections générales de 2018. Trois députés élus sous la bannière du PQ siègent maintenant comme indépendants, soit Catherine Fournier (Marie-Victorin), Harold LeBel (Rimouski) et Sylvain Roy.

Les plus récentes projections électorales ne sont pas tendres envers le Parti québécois. Les trois derniers sondages québécois, soit ceux de Recherche Mainstreet en février, de Léger en mai et de l’Institut Angus Reid en juin, placent tous le PQ au quatrième rang au niveau national, derrière Québec solidaire. Même auprès des électeurs francophones, la domination de la Coalition Avenir Québec est telle que le PQ fait à peine meilleure figure que le Parti libéral du Québec dans cette tranche cruciale de l’électorat québécois — ce qui n’est pas peu dire. (Vous pouvez consulter la liste complète des sondages québécois sur cette page.)

Si les appuis mesurés au printemps s’étaient traduits en bulletins de vote dans les urnes, le résultat le plus probable pour le PQ aurait été une récolte anémique d’un seul siège, soit celui de Pascal Bérubé dans Matane-Matapédia — en supposant évidemment que M. Bérubé se porte candidat à nouveau en 2022.

Au cours des prochains mois, la circonscription de Marie-Victorin, à Longueuil, méritera notre attention. Si la députée Catherine Fournier remporte la mairie de cette ville lors des élections municipales en novembre (ce qui n’est pas chose faite, mais une hypothèse tout à fait plausible), elle devra alors démissionner de son poste et ainsi forcer la tenue d’une élection partielle.

Or, imaginez ceci : une circonscription remportée par le même parti lors de 10 élections consécutives se libérerait alors que ce même parti est dirigé par un nouveau chef non élu à l’Assemblée nationale. À un an des élections générales, une partielle aurait lieu dans cette circonscription… Un vrai cadeau du ciel pour ce nouveau chef, non ?

En temps normal, oui. Mais nous ne sommes plus en temps normal au Parti québécois.

Le PQ a remporté la circonscription de Marie-Victorin aux élections générales de 1985, 1989, 1994, 1998, 2003 (Cécile Vermette), 2007, 2008, 2012 et 2014 (Bernard Drainville), puis à nouveau lors d’une partielle en 2016 et encore une fois aux élections de 2018 (Catherine Fournier). Il devrait s’agir ici de la définition même d’un château fort pour le Parti québécois. Néanmoins, voici la plus récente projection Qc125 dans Marie-Victorin :

La CAQ est projetée victorieuse avec une avance moyenne de 17 points sur le PQ. Ces chiffres sont calculés à partir des tendances des élections de la dernière décennie, ainsi que des sondages provinciaux et régionaux depuis 2018. Rappelons qu’en 2018, Catherine Fournier l’avait emporté par une marge d’à peine 700 votes. Selon les données des sondages de la dernière année, la popularité de la CAQ dans le 450 n’a fait qu’augmenter depuis, alors les appuis au PQ, eux, se sont effrités substantiellement dans la banlieue de Montréal.

Donc, si une élection partielle avait lieu cet automne dans Marie-Victorin, le chef du PQ pourrait-il s’y présenter et peut-être même inverser cette tendance ? C’est possible, mais la tâche serait ardue, car il n’y aurait probablement pas de « courtoisie envers le chef » de la part des autres partis (sauf peut-être le PLQ, qui n’a virtuellement aucune chance). Il serait impensable que la CAQ déroule le tapis rouge pour le leader du PQ dans une circonscription qu’elle serait elle-même en mesure de remporter.

Une autre circonscription à suivre sera Bonaventure, en Gaspésie, soit le siège occupé par le député Sylvain Roy. En 2018, M. Roy avait gagné par une marge de 13 points (2 830 votes) devant le PLQ. La CAQ avait terminé troisième avec 16 % des suffrages. Néanmoins, les sondages des derniers mois nous montrent que la CAQ semble avoir fait gonfler ses appuis dans les régions du Québec, y compris celles du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie. Voici la plus récente projection dans Bonaventure :

Si l’on considère le niveau d’incertitude de cette projection, ces chiffres indiquent donc une chaude lutte entre la CAQ et le PQ dans Bonaventure. Or, soulignons que cette projection ne tient pas compte du départ de Sylvain Roy du caucus péquiste. Si jamais M. Roy décidait de se présenter pour la CAQ en 2022, il se pourrait bien qu’une fraction non négligeable de ses électeurs de 2018 l’appuient sous cette nouvelle bannière. Des sondages locaux seront nécessaires pour chiffrer le déplacement d’allégeance des électeurs de cette circonscription, mais ce ne serait potentiellement pas de bon augure pour le Parti québécois.

À moins que le PQ ne présente lui-même un candidat-vedette dans Bonaventure ? Comme, par exemple, un chef de parti ?

Les chiffres actuels montrent que les circonscriptions favorables au PQ se font de plus en plus rares. À moins d’un revirement majeur d’ici octobre 2022, les options pour Paul St-Pierre Plamondon seront limitées, mais ces deux circonscriptions péquistes demeureront intéressantes à suivre au cours de la prochaine année.