Du dessin à numéros au casse-tête

Dans son discours d’ouverture, le 22 mai dernier, la juge France Charbonneau avait insisté sur l’indépendance de sa commission d’enquête à l’égard du pouvoir politique pour dissiper la méfiance qu’inspirait sa naissance chaotique.

Faut-il le rappeler, la Commission Charbonneau est née simple «patente à gosse» d’un gouvernement libéral ne croyant guère à son utilité. Elle a gagné ses lettres de noblesse seulement lorsqu’elle a obtenu, à l’arraché, le pouvoir de contraindre les témoins et de leur accorder l’immunité.

La Commission d’enquête sur l’octroi et la gestion des contrats publics dans l’industrie de la construction (CEIC) est née sous une mauvaise étoile, et le mauvais sort s’acharne sur elle comme l’illustre la suspension abrupte des travaux jusqu’au 21 janvier, le temps de recruter des témoins de qualité et de réorganiser l’équipe de procureurs.

S’il est vrai que la CEIC bénéficie d’une totale indépendance, elle n’est pas imperméable pour autant à la pression populaire. Habitués à leur dose quotidienne de révélations enrobées d’allégations, les collègues journalistes ont droit à un sevrage brutal. Ils ne comprennent pas pourquoi les travaux arrêtent maintenant, en plein milieu du témoignage névralgique d’un enquêteur de Marteau, Érick Roy, au sujet des rencontres fréquentes entre entrepreneurs, ingénieurs, politiciens montréalais et collecteurs de fonds au club privé 357c.

La grogne et l’incompréhension sont si fortes que la juge Charbonneau a senti le besoin de défendre le travail de son équipe dans une brève allocution jeudi après-midi. Et je cite:

«La nature et l’ampleur de notre mandat nous amènent régulièrement vers de nouveaux horizons. Aussi, estimons-nous qu’il est responsable d’arrêter à ce moment afin de prendre le temps de bien analyser tout ce que nous possédons.

[…]

Une commission d’enquête, c’est différent d’un procès parce que l’enquête évolue quotidiennement et constamment. À chaque jour, nous recevons de nouvelles informations extrêmement pertinentes à notre mandat, qui nous oblige parfois à revoir l’ordre de présentation des témoins et de la preuve.»

La juge Charbonneau a aussi rappelé qu’elle ne pouvait pas nuire aux enquêtes policières, ce qui constitue un défi considérable depuis que l’Unité permanente anticorruption multiple les frappes sur des individus et entreprises auxquels s’intéresse la CEIC.

Il n’y a rien de rassurant dans les propos de la juge Charbonneau pour quiconque croit un tant soit peu que l’échéance d’octobre 2013 pourra être respectée. Il se dégage de son discours une impression d’improvisation. On croyait à tort que l’ordre de présentation des témoins était préparé avec soin, qu’il y avait un fil conducteur menant l’enquête du point A au point B… jusqu’au point triple C de la corruption, de la collusion et du crime organisé.

L’image qui me venait à l’esprit était celle d’un dessin à numéros, chaque témoin permettant de tracer une ligne de plus jusqu’à ce que le portrait de la bête tentaculaire prenne définitivement forme.

La réalité est autrement plus complexe. La juge Charbonneau a plutôt évoqué un casse-tête, avec des pièces qui ne peuvent pas toutes être mises en place en même temps. Et des pièces qu’elle ne pourra jamais obtenir car elles sont entre les mains de la police.

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Je crois que la Commission s,est enlisé sur un terrain disons glissant ,le lieu est publique ,beaucoup de personnes de ce monde le fréquente , d,honnêtes citoyens comme de moins honnêtes !

La commission est une boîte à surprises; on y verra peut-être de doux et honnêtes personnages précéder des bandits de la pire espèce, c’est ce que l’on verra à la reprise des travaux.

Arretez donc de chialer. Au Québec, chaque fois qu’il y a quelque chose de moindrement positif qui se passe, il y a toujours quelqu’un pour chialer. On l’a notre commission. Essayons donc de faire confiance pour une fois. J’en ai assez des critiques constantes, il n’y a jamais rien qui ne fait votre affaire.

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