Du grand théâtre en Arctique

Le voyage qu’a entrepris le premier ministre Stephen Harper en Arctique sera riche en symboles, mais pauvre en actions concrètes. Il a commencé ce matin son périple à Iqaluit, au Nunavut, en répétant une annonce faite dans le dernier budget. Puis, pour la deuxième année consécutive, il a tenu dans le Nord une réunion de son conseil des ministres. L’essentiel de son voyage servira à mettre en valeur les initiatives de son gouvernement pour affirmer la souveraineté canadienne dans l’Arctique. Les projecteurs seront tournés avant tout sur les mesures scientifiques et militaires. M. Harper doit d’ailleurs assister à un exercice militaire qui se déroulera cette semaine dans l’est de l’Arctique.

Les conservateurs s’intéressaient à l’Arctique avant même d’être au pouvoir. Depuis qu’il le détient, le premier ministre s’est fait un devoir de s’y rendre chaque été pour y faire vibrer la fibre nationaliste canadienne. En trois ans, il a promis des millions pour un port en eau profonde, des bateaux patrouilleurs, un brise-glace et des relevés sous-marins.

Cependant, les problèmes les plus criants du Nord sont avant tout humains et économiques, comme le rappelaient plusieurs articles dans le Globe and Mail ces derniers jours. Les efforts sur ces deux fronts restent encore modestes. Le rappel, ce matin, de la création d’une agence de développement économique pour le Nord, CanNor, l’illustre bien. Alors que tout coûte plus cher dans cette région, l’organisme en question n’aura que 50 millions sur cinq ans – oui, cinq ans – pour s’établir et diriger tous les programmes économiques de la région. Il gèrera, selon le dernier budget fédéral, les 90 millions sur cinq ans accordés au ministère Affaires indiennes et du Nord Canada pour le programme « Investissements stratégiques pour le développement économique du Nord ». Il assurera aussi la gestion des programmes d’affaires, de formation professionnelle et, même, du développement économique des communautés minoritaires de langue officielle (francophones hors Québec et anglophones du Québec).

Les investissements sociaux ne sont pas beaucoup plus généreux. Alors que la pénurie de logements entraîne une surpopulation dangereuse pour la propagation de la grippe A (H1N1), Ottawa n’a prévu dépenser que 500 millions, de 2006 à 2009, pour la construction de nouveaux logements. En guise de comparaison, le coût prévu du seul brise-glace John G. Diefenbaker est de 720 millions.

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