Dubourg, Laraque… et le manque de jugement

Georges Laraque, ancien joueur de hockey, maintenant candidat du Parti vert du Canada dans Bourassa.
Georges Laraque, ancien joueur de hockey, maintenant candidat du Parti vert du Canada dans Bourassa.

C’est une bien drôle de campagne qui se dessine dans la circonscription de Bourassa, au nord de l’île de Montréal. Les deux premiers candidats déclarés à la succession de Denis Coderre se sont déjà mis les pieds dans la bouche… Avant même que l’élection partielle ne soit déclenchée. Ça promet!

Disons que pour attirer l’attention en plein été, Emmanuel Dubourg et Georges Laraque ne donnent pas leur place.

D’abord quelques mots sur la candidature de Georges Laraque, qui portera les couleurs du Parti vert du Canada.

J’étais en vacances lorsqu’il a annoncé ses intentions, en juillet. Et j’avoue avoir été un peu surpris de voir l’ancien homme fort du Canadien faire le saut en politique. Pourquoi? Parce qu’il était chef adjoint du Parti vert du Canada depuis 2010.

Vous l’ignoriez? C’est exactement ce que je disais.

Depuis trois ans, Georges Laraque a été plus présent dans les médias pour parler de hockey que de politique, malgré sa fonction auprès d’Elizabeth May. Ça ne semblait pas être sa principale préoccupation. Les communiqués du Parti vert du Canada, surtout diffusés en anglais, ne mentionnaient jamais son nom.

Dans les entrailles du Parti vert, on disait volontiers que Laraque était un coup publicitaire, destiné surtout à attirer l’attention. Georges Laraque faisait du militantisme pour certaines causes de son choix, mais rien qui ressemble à de la politique active.

Lors de la dernière campagne électorale fédérale, en 2011, il a fait une seule sortie publique qui a retenu l’attention, quelques jours après le déclenchement. Extrait du texte dans Le Devoir que je signais avec Guillaume Bourgault-Côté:

En entretien, M. Laraque s’est mis en porte-à-faux avec son propre parti hier en soulignant notamment qu’il a trouvé le dernier budget Flaherty «pas si pire que ça». Le Parti vert estime au contraire que le budget méritait d’être rejeté. 

Il a ensuite enchaîné l’entrevue en disant que les conservateurs étaient «trop forts» (ce qui s’est finalement avéré vrai, même si décrire ainsi ton opposant en pleine campagne électorale laisse songeur…) et que des élections étaient «inutiles» (soit exactement le discours que tenait Harper à ce moment). Des élections «inutiles», même si Georges Laraque avait comme principal objectif de convaincre les gens d’aller voter! Pas très motivant. Allez y comprendre quelque chose…

Bref, personne ne pensait qu’il ferait un jour la tentative de devenir député.

J’ai déjà mentionné à plusieurs reprises que la politique doit se nourrir de gens aux horizons divers. Avocats, médecins, enseignants, ingénieurs (oui, oui..), urbanistes, fonctionnaires, travailleurs sociaux, entrepreneurs, etc. Joueur de hockey peut très bien faire partie de la liste. Surtout que Georges Laraque amène un franc parlé qui détonne dans le paysage parfois lisse des politiciens, et c’est tant mieux.

Mais une belle franchise n’autorise pas à faire croire aux gens n’importe quoi. C’est là que ça se corse.

Tout de suite après avoir annoncé sa candidature, Georges Laraque accordait une entrevue à mon collègue de L’actualité, Vincent Destouches, dans laquelle il dit toutes sortes de choses, dont certaines très étonnantes. Voici l’un des passages qui m’a fait sourciller:

«Je veux passer beaucoup de temps dans Bourassa, et pas seulement à Ottawa. J’y serai bien plus efficace pour adresser les problèmes des habitants qu’en restant assis à la Chambre des Communes où seront discutées des lois qui ne changeront rien à la réalité de mon comté.»

Le hic? Le travail numéro 1 d’un député, c’est de donner une voix à ses concitoyens à la Chambre des communes. S’assurer que les préoccupations des gens de Bourassa se reflètent dans les lois votées au Parlement, quitte à tenter de les amender. Prendre la parole publiquement au nom de ceux qui ne peuvent pas. Si le député ne fait pas ce travail de représentation, qui le fera?

Bourassa n’a pas besoin d’un «travailleur communautaire» (le rôle que Laraque semble vouloir se donner s’il devient député) payé 160 000 $ par année pour rester dans sa circonscription. Il y en a déjà sur le terrain. Il peut donner un coup de main, mais il doit surtout faire le travail dans la capitale pour lequel il est très bien payé.

Si le candidat à une élection partielle affirme que le travail au Parlement ne sert à rien, ça commence mal. Comme si la présence locale était incompatible avec le travail à Ottawa, où se prennent les décisions qui vont inévitablement affecter les citoyens (immigration, environnement, transport, etc.).

Elizabeth May, sa cheffe, l’a très bien compris. Lorsque la session bat son plein, elle vit carrément dans la Chambre des communes. Son taux de présence est le plus élevé des députés, avec 90 %. Pourtant, sa circonscription est l’une des plus éloignées du Parlement, sur l’île de Vancouver, en Colombie-Britannique.

May entre au travail le matin et se dirige directement à son siège dans l’enceinte des Communes. Elle a laissé son bureau fermé à son équipe de bénévoles, à l’étage, de sorte qu’elle doit travailler assise à son pupitre de la Chambre en tout temps, même lorsque celle-ci est vide!

Inutile de dire qu’elle n’est pas d’accord avec la vision de son candidat Laraque. «La priorité de Mme May, c’est que les députés soient en Chambre lorsque la session est active. Ce sera le cas pour Georges aussi», explique Stéphane Vigneault, coordonnateur aux communications du Parti vert du Canada. Il tente d’expliquer la position de son candidat ainsi: «L’idée de Georges, je pense, est de dire que le travail en Chambre est une chose et qu’il faut aussi être présent dans sa circonscription». Ah…

La campagne dans Bourassa n’est pas encore commencée, j’imagine que Laraque aura le temps de raffiner sa conception du rôle de député…

Emmanuel Dubourg, ancien député du PLQ qui tente de faire le saut au fédéral, pour le PLC, dans Bourassa.
Emmanuel Dubourg, ancien député du PLQ qui tente de faire le saut au fédéral, pour le PLC, dans Bourassa.

Emmanuel Dubourg ne mérite pas la clémence du débutant. Il est député libéral provincial depuis 2007.

Il est donc très au fait de l’atmosphère éthique qui règne au Québec depuis quelques années. La population a la mèche courte. Ce qui était une pratique tolérée auparavant ne l’est plus.

C’est le cas de l’indemnité de départ que touchent les députés lorsqu’ils quittent volontairement leur fonction en plein mandat (et à peine un an après les dernières élections…)

Ainsi, Emmanuel Dubourg veut se présenter à la succession de Denis Coderre dans Bourassa. Faire le saut du provincial au fédéral, pour les libéraux de Justin Trudeau (par le fait même, il doublera son salaire pour un travail équivalent).

Et il veut garder sa prime de départ de 100 000 $.

Pourquoi pas? Après tout, Pauline Marois, François Legault, Philippe Couillard et d’autres l’ont fait…

Mais je le répète, les temps changent.

De plus, cette prime doit normalement aider la transition d’un politicien à la vie normale. Contrairement à la pensée populaire, il n’est pas toujours facile pour un ancien politicien, identifié à un camp et une option politique, de se retrouver un travail rapidement. Pour un Philippe Couillard médecin, il y beaucoup de députés sans emploi pendant des mois après une défaite électorale.

Ce n’est pas le cas de M. Dubourg, qui ne quitte pas la vie politique. Il change de palier de gouvernement. Jean-Claude Rivest, sénateur indépendant, membre du PLQ et ancien conseiller de Bourassa, disait dans La Presse qu’il devrait renoncer à la moitié de la prime auquel le règlement lui donne droit, pour montrer sa bonne volonté. (Un projet de loi du ministre Drainville souhaite mettre fin aux primes de départ des députés lorsque ceux-ci quittent sans raison valable en plein mandat, mais il est toujours en suspens.)

M. Dubourg doit aller plus loin et dire qu’il renonce à sa prime s’il décroche l’investiture du PLC dans Bourassa le 8 septembre prochain, ce qui confirmerait qu’il reste en politique et se présente aux élections. Ce serait la moindre des choses.

Que pense Justin Trudeau de l’attitude de son probable futur candidat? Aucune idée. Voici la réponse d’un porte-parole à une question de La Presse: «M. Trudeau ne souhaite pas s’immiscer dans un débat de nature provinciale».

Très commode. Ça évite d’amener le débat sur les primes de départ au fédéral — où les députés peuvent toucher une portion de leur salaire, 50 %, s’ils n’ont pas droit à une pension, donc s’ils quittent ou sont défaits avant 6 ans de présence aux Communes.

On aurait quand même aimé que Justin Trudeau se mouille et nous dise si son probable futur candidat exerce bien son jugement…

Le NPD et le Bloc québécois n’ont pas encore soufflé mot de leurs candidats pour cette élection partielle, que Stephen Harper doit déclencher cet automne.

AJOUT: Je viens d’apprendre que Larry Rousseau, vice-président de l’Alliance de la fonction publique du Canada, briguera l’investiture du NPD dans Bourassa. Il a été assez visible depuis deux ans dans les médias, s’exprimant sur plusieurs dossiers, notamment les compressions dans la fonction publique fédérale. L’investiture aura lieu vers la mi-septembre. Mais Larry Rousseau ne sera pas seul en lice. Jusqu’à 5 candidats sont intéressés et la direction du NPD est en train de finaliser les discussions avec un gros nom, qu’on qualifie à l’interne de «candidat-vedette» bien connu, même à l’extérieur de Bourassa. Une annonce pourrait avoir lieu d’ici mardi prochain, dit-on, tout en précisant que les membres locaux auront le dernier mot lors de l’investiture. À suivre.



 

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9 commentaires
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Il y a à tout le moins une « petite chose » qui ressort de tout cela, c’est que le siège vacant de Denis Coderre est plutôt convoité. J’observe évidemment que c’est une élection partielle qui peut être qualifiée « d’ouverte » ; rien n’indique que le prochain député de Bourassa sera Libéral.

Je comprends très bien que monsieur Dubourg n’ait jusqu’à présent pas renoncé à sa prime de départ de l’Assemblée nationale puisque sa candidature sur le front fédérale ne lui assure en aucune façon de se retrouver élu lorsque son ex-circonscription de Viau est quant-à-elle désormais perdue.

Ainsi vous en faisiez mention dans votre billet, du retour à la vie professionnelle d’un candidat battu ou qui quitte son siège, n’est pas toujours aisé. Je mentionnerais en rapport avec ce sujet : Jean-Martin Aussant qui n’a pas reçu dans la Belle province d’offre d’emploi qu’il ne pouvait refuser.

Georges Laraque est le genre de gars avec un grand cœur et une personnalité sympathique à laquelle il est impossible de résister. Quelles sont ses chances exactement d’emporter l’élection de Bourassa ? Compte-tenu des taux de participation des partielles usuellement bas (à surveiller), la victoire pourrait tout aussi bien dépendre du talent et de la qualité des candidats, tout aussi bien peut-être du hasard, tout aussi bien peut-être de la providence ou de l’entregent des équipes de terrain pour réquisitionner le « voteur » au moment opportun….

Quoiqu’il en soit, s’il devait apparoir que Georges Laraque l’emporte, je conjecture qu’il pourra compter sur Elizabeth May pour lui prodiguer une couple de conseils judicieux. Et puis deux verts aux Communes, c’est toujours mieux que une. — À quand un match de boxe Laraque-Trudeau ?

Je fais une nette différence entre celui qui est battu aux élections et celui qui quitte son poste d’élu après quelques mois. Je suis bien prêt à admettre que le premier peut éprouver de réelles difficultés pour se trouver un nouvel emploi. Mais le second DÉCIDE de mettre fin à un contrat d’honneur avec ses concitoyens. Je trouve qu’à ce moment-là rien ne l’autorise moralement à mettre le grappin sur ces cent milles dollars, rien !

Alors je trouve remarquable d’amalgamer « quitter son poste » et « être battu ». De plus, est-ce mon faible QI ou est-ce encore mon ignorance, quoi qu’il en soit, je ne vois pas le rapport que vous, le fédéraliste, tentez d’établir avec Jean-Martin Aussant, le souverainiste.

«Il est fréquent qu’un homme évite de se poser les questions qui comptent vraiment, pour ne retenir que les réponses qui lui plaisent.»
[François Barcelo]

Monsieur Drouin,

Si vous aviez lu mes propos attentivement vous auriez vu que j’ai écrit que je comprends. Je ne croix pas avoir écrit où que ce soit que j’approuve. Personnellement, je respecte la liberté de chacun de choisir. Y compris parmi les députés du PQ qui se prévalent ou se sont prévalus de ce droit. Car jusqu’à présent c’est encore un droit que cela vous plaise ou bien pas.

C’est ennuyeux tout de même de constater comment systématiquement vous essayez toujours de me faire mal paraitre. Navrant ! Vraiment navrant !

Alors, je vous pose la question sans fioriture. Faites-vous une différence entre un candidat battu et un élu qui démissionne après avoir promis, pour ce faire élire, qu’il serait celui qui les défendrait, qui parlerait pour eux au parlement ? J’attends votre réponse.

Je pense que vous êtes le genre de personnage qui parle des deux côtés de la bouche ? Un vrai Normand quoi !

Si des ÉLUS du PQ ont fait ou auraient utilisé ce même stratagème je réagirais de la même façon. Je ne suis pas une putain tout de même. Mais peut-être avez-vous des cas concrets en tête. Si c’est le cas ce serait bien de les présenter.

Sinon …

Il faut tout de même faire la différence entre ce qui n’est pas défendu et ce qui serait moralement attendu de faire.

Plus je vous li, plus je comprends cette citation qui, à moins que vos futurs écrits le dénient, vous sied fort bien :

«Les masques à la longue collent à la peau. L’hypocrisie finit par être de bonne foi.»
[Edmond et Jules de Goncourt]

Vous avez été lu, je n’ai rien à ajouter. Ou plutôt si, sous le masque (le miens), il y a bien le vice et l’hypocrisie sous la forme la plus perfide qu’il soit, je suis de la « race » des profiteurs, En vous je ne vois rien d’autre que candeur, probité et perfection. Vous êtes un modèle pour moi !

J’ai encore une petite suggestion à vous proposez : si le fait de me lire vous fait tellement souffrir. Eh bien abstenez-vous ! Disons que vos propos à se stade relèvent du harcèlement. Qui êtes vous monsieur pour me traiter de la sorte ?

Pour ce qui est de M. Laraque on peut mettre ses impairs sur le compte de son inexpérience et on n’a pas à pousser plus loin l’analyse.

Mais en ce qui concerne Emmanuel Dubourg, son comportement, bien que « légal » est tout bonnement scandaleux. Je ne peux admettre qu’une personne supposément intelligente et surtout expérimentée puisse envisager se faire élire puis démissionner, ramasser un petit magot et ensuite continuer à prétendre servir les citoyens.

Non ! Cet homme, malgré son grand sourire éclatant n’a aucune intention de servir les citoyens. Tout ce dont il se préoccupe c’est de lui-même.

La différence qu’il y a entre les oiseaux et les hommes politiques, c’est que de temps en temps les oiseaux s’arrêtent de voler !
[Coluche]

@ Serge Drouginsky

Évidemment, comme je le craignais vous n’acceptez pas de répondre à ma simple question : «Faites-vous une différence entre un candidat battu et un élu qui démissionne après avoir promis, pour ce faire élire, qu’il serait celui qui les défendrait, qui parlerait pour eux au parlement ?» Vous jouez de haut à la vierge offensée et prenez ainsi prétexte pour éviter de vous commettre.

À l’évidence vous êtes ce genre d’intello qui répugne à partager avec un «manant » les lieux où votre esprit plane.

Je suis simplement un citoyen qui utilise son sens critique d’autant plus fortement qu’il est en présence de beaux penseurs qui se croient détenteurs de la vérité et qui n’acceptent pas qu’on remette en question leurs gracieuses mais trop souvent oiseuses élucubrations.

«Un intellectuel assis va moins loin qu’un con qui marche.»
[Michel Audiard]

@ Monsieur Drouin,

Que vaut ma réponse d’intello aux oiseuses élucubrations (vos mots) doublé d’un hypocrite (toujours vos mots) lorsque vous apportez vous-même si parfaitement réponse à votre question ?

Qui plus est franchement, je n’ai pas d’avis. J’ai remarqué que beaucoup de politiciens disent une chose pour en faire une autre. Un de plus ? Un de moins ? qui plus est mes premiers commentaires étaient je croix assez explicites. Je ne vote pas dans Bourassa (heureusement) et quant à moi je pense avoir assez clairement exprimé que ma préférence irait à Georges Laraque.

C’est pour cette même raison que j’avais écrit : » rien n’indique que le prochain député de Bourassa sera Libéral « , alors monsieur Drouin, J’ai le droit d’écrire dans le style que je veux, tout comme vous vous avez le droit d’écrire dans le style que vous voulez. Et la moindre des choses serait que vous respectassiez mon style.

« Quand on voit le style naturel, on est tout étonné et ravi, car on s’attendait de voir un auteur, et on trouve un homme. » – Blaise pascal

Je connais Larry Rousseau depuis des années. J’ai travaillé avec lui pendant plusieurs années. Je le sais honnête, désintéressé et compétant en tant que député si jamais il était élu.

Georges Laraque est sympathique, remplie de bonne volonté, mais je voterais pour Larry.

Emmanuel Dubourg ne m’inspire pas confiance. Il lâche ses électeurs en plein mandat. C’est pas beau ça. 🙁

Quelle sont les chances du NPD de voir leur candidat élu? Minces à mon avis. La vague orange a déferlée et s’est retirée. Un navire ne quitte pas le port à marée basse.