Échec et mat pour le Canada progressiste ?

Toute la classe politique canadienne aura les yeux rivés sur l’Ontario le 6 octobre. En particulier les premiers ministres Stephen Harper et Jean Charest.

Échec et mat pour le Canada progressiste ?
T. Hudak (photo : F. Gunn / PC)

Parmi les provinces qui iront aux urnes d’ici la fin de l’année, aucune n’occupe une place aussi centrale que l’Ontario dans la vie politique canadienne.

L’électorat ontarien l’a démontré au scrutin fédéral de mai dernier. En préférant Stephen Harper à Jack Layton et à Michael Ignatieff, l’Ontario a rejeté toute éventualité d’un gouvernement de coalition et tourné le dos à cinq années de règne minoritaire à Ottawa, pour donner au Parti conservateur son premier gouvernement majoritaire en presque 25 ans.

Il y a un an, les électeurs de Toronto avaient déjà pris bien des observateurs au dépourvu en éli­sant Rob Ford, un homme résolument de droite, comme maire de la métropole canadienne.

Les stratèges de Stephen Har­per voudraient bien voir Queen’s Park se mettre à son tour au diapason conservateur. Le premier ministre l’a souhaité ouvertement, cet été, à l’occasion d’un rassemblement privé au cours duquel il partageait la vedette avec le maire Ford.

Pour Stephen Harper, une victoire conservatrice en Ontario viendrait couronner un mandat qui prend beaucoup l’allure d’un chèque en blanc.

Comme Jean Chrétien avant lui, Stephen Harper a le bonheur d’affronter une opposition divisée. En prime, les trois principaux partis d’opposition sont tous à la recherche d’un chef permanent, ce qui promet bien des distractions sur les bancs du NPD, du PLC et du Bloc québécois cet automne.

Contrairement à Jean Chré­tien, le premier ministre actuel n’a pas à se soucier d’une menace imminente sur le front de l’unité canadienne. Stephen Harper fait partie des grands gagnants de la crise existentielle qui secoue le mouvement souverainiste québécois.

Cette crise profite indubitablement à Jean Charest au Québec, mais elle a pour effet de réduire son rapport de force sur la scène fédérale-provinciale.

Depuis que le reste du Canada ne craint plus la tenue prochaine d’un référendum gagnant sur la souveraineté, depuis qu’un parti a réussi à obtenir une majorité aux Communes avec un minimum de présence québécoise, la voix du premier ministre fédéraliste du Québec n’a plus la même résonance dans les autres capitales canadiennes.

Dans la perspective des grandes manœuvres qui s’annoncent sur le plan des programmes sociaux et des arrangements fiscaux au cours du mandat fédéral actuel, le remplacement de l’allié progressiste qu’est Dalton McGuinty par un nouvel ami conservateur de Stephen Harper serait une perte nette pour le premier ministre québécois.

Jean Charest a d’autres raisons, plus personnelles, de s’inté­resser au scrutin ontarien. Cet automne, son collègue McGuinty gravit le genre de sentier escarpé qui attend le premier ministre du Québec s’il sollicite à son tour un autre mandat.

Avec Jean Charest, le libéral McGuinty fait partie des premiers ministres les plus mal-aimés ces jours-ci au Canada. Au terme de deux mandats, il traîne son bilan comme un boulet et nage à contre-courant d’une tendance cyclique au changement.

Depuis 25 ans, aucun des partis qui se sont succédé au pouvoir à Queen’s Park n’a obtenu de troi­sième mandat. Il faut remonter encore plus loin – au début des années 1970 – pour trouver un cas de troisième mandat majoritaire.

Récemment, l’Ontario a harmonisé sa taxe provinciale avec la TPS. Jusqu’à présent, au Canada, aucun gouvernement n’a été réélu aux élections qui ont suivi une telle hausse.

Par contre, au cours des quatre dernières décennies, l’électorat ontarien a toujours préféré mettre ses œufs dans des paniers différents à Queen’s Park et à Ottawa. Le fait que l’opposition offi­cielle néo-démocrate à Ottawa est davantage québécoise qu’onta­rienne pourrait alimenter ce réflexe et encourager les électeurs à con­tinuer d’utiliser un palier de gou­vernement pour faire contrepoids à l’autre le jour du scrutin.

En somme, les élections du 6 octobre constituent le grand rendez-vous politique canadien de l’automne 2011. À la lumière du vide qui s’est installé du côté progressiste de l’échiquier politique canadien, il s’agit du scrutin ontarien le plus déterminant pour la suite des choses en plusieurs décennies.

 

Laisser un commentaire