Économie: Encore trois ou quatre crises, et ça ira !

C’est Michel Rocard, l’ex-premier ministre français, qui le dit dans le dernier Nouvel Observateur. La grande crise financière de 2008 n’aura pas suffi à convaincre les décideurs, économiques et politiques, à changer de cap.

Encore 20 ou 30 ans à tirer... (Photo: conferences-michelrocard.fr)
Encore 20 ou 30 ans à tirer... (Photo: conferences-michelrocard.fr)

À quelques détails près, la réglementation financière est aujourd’hui identique à celle qui existait avant la crise, et qui en a posé les conditions. Rocard, le socialiste qui a toujours eu une lecture implacable de la réalité, livre son diagnostic, avec juste assez de recul pour que sa prévision ait malheureusement des airs de crédibilité.

N. O. – Les leçons de cette crise n’ont pas été tirées ?
M. Rocard. – Non. Cela impose de penser les choses autrement. Mais il y en a pour vingt ans. Les nouvelles explosions du détonateur financier vont aggraver le désarroi et le niveau de chômage. Et accentuer le déséquilibre social. D’où un coup de fouet à la réflexion intellectuelle. Au bout de trois ou quatre fois, les opinions auront compris.

N. O. – Il faut encore trois ou quatre crises comme ça pour changer de logiciel économique ?
M. Rocard. -Je ne le souhaite pas, mais je le crains. L’analyse de la crise n’est pas faite. Pour la partie bancaire et financière, on dit : c’est la faute à la perte de l’éthique, à la disparition de la moralité. C’est très reposant. S’il y a retour à la moralité, il n’y a pas besoin de changer les autres règles, tout se passera très bien.

Or c’est faux. Il faut revenir sur les causes du ralentissement de la croissance. Les friedmaniens avaient dit: déréglementation, baisse des impôts, facilités de crédit pour doper la croissance. On a vu où cela a conduit. La vraie analyse supposerait de condamner les thèses de M. Milton Friedman et des treize autres prix Nobel d’économie de la même école. Or dans tous les pays développés, la sélection des conseillers économiques dans les cabinets, des dirigeants de banque, des donneurs d’avis en matière économique s’est faite sur le politiquement correct par rapport à cette doctrine. Il arrive à ce monument nommé «sciences économiques» ce qui se passerait en médecine si l’on découvrait que Louis Pasteur a tout faux. Et cet effondrement intellectuel est un effondrement d’hommes de pouvoir et de réputation. Et ils sont toujours à la tête des hiérarchies. Pas commode.

[…] Pendant les années de la grande croissance régulée, le propos électoral de la droite c’était : votez capitaliste, vous aurez une chance honorable d’arriver à l’aisance par le travail. Le nouveau rêve des dernières décennies c’est : votez capitaliste, vous pourrez faire fortune rapidement grâce à la Bourse. Et là, le système ne tient pas. Parce qu’il ne le peut pas. Il engendre des bulles spéculatives qui éclatent. Mais ce n’est pas grave. On continue de baratiner le peuple : votez capitaliste, vous pourrez faire fortune en boursicotant. L’opinion publique européenne est ralliée à ce paradigme : on l’a vu aux dernières élections européennes. Cela va donc continuer. Et comme la sphère financière se reconstitue comme avant la crise – explosivité comprise -, c’est parti pour que ça se répète.

Rocard tient encore des propos intéressants sur la résilience des social-démocraties scandinaves dans la crise, fondée notamment selon lui sur leur capacité de réduire les inégalités, donc de susciter l’adhésion sociale. Et il conclut: «nous mettrons deux ou trois décennies pour sortir de cette crise. Et le théâtre des opérations, c’est d’abord le champ de bataille intellectuel.»

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12 commentaires
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Je n’ai rien vu qui surpasse le modèle de l’Économie Circulaire Intégrale. M. Lisée, si vous trouvez un modèle supérieur, vous me le dites?

Non, personne n’a tirée des leçon de cette crise. Les politiciens continuent encore et toujours d’intervenir dans l’économie.

Cette crise peut être simplement résumé dans une déclaration de Barney Frank (congressman démocrate qui préside le comité du congrès sur les services financiers et les banques) faite le 25 juin 2005:

« I think we have an excessive degree of concern right now about home ownership and its role in the economy. Obviously, speculation is never a good thing. But those who argue that housing prices are now at the point of a bubble seem to me to missing a very important point. Unlike previous examples we have had, where substantial excessive inflation of prices later caused some problems, we are talking here about an entity — home ownership, homes — where there is not the degree of leverage we have seen elsewhere. This is not the dot-com situation; we have problems with people having invested in business plans for which there was no reality. People building fiber-optic cable for which there was no need. Homes that are occupied may see an ebb and flow in the price at a certain percentage level, but you’re not going to see the collapse that you see when people talk about a bubble. And so, those of us on our committee in particular, will continue to push for home ownership. »

http://www.youtube.com/watch?v=iW5qKYfqALE

Les politiciens de Washington ont depuis le début des année 90 mis en place une multitude de mesures pour augmenter l’achat de maison (le Equal Credit Opportunity Act, Fair Housing Act, Community Reinvestment Act, Taxpayer Relief Act, National Homeownership Strategy, Fannie Mae, Freddie Mac, le Department of Housing and Urban Development, le House Financial Services Committee, la FED…)

Toute ces mesures ont créé une bulle et quand le congrès a été averti que ces mesures interventionnistes allaient causées une récession, Barney Frank a répondu: « those of us on our committee in particular, will continue to push for home ownership »…

La récession actuelle a été causée par la surabondance de subprime dans le marché hypothécaire. C’est en 2006 que la quantité de subprime a été la plus élevée dans le système financier américain. À cette époque, 20% des prêts hypothécaires étaient considérés « à risque ».

Au début de l’année 2008, suite à l’éclatement de la bulle immobilière et à la débâcle des marchés financiers, la « main invisible » a ramené la proportion de subprime à 0%.

Aujourd’hui, si je vous demandais qu’elle est la proportion de subprime dans le marché hypothécaire aux États-Unis, vous me répondriez qu’elle doit toujours avoisiner 0%… La réalité est tout autre, au moment où l’on se parle, la proportion de subprime est retournée à 20% !

Comment est-ce possible ? Les marchés financiers n’ont-ils pas appris de leurs erreurs ? Wall-Street a eu sa leçon, ceux qui sont en train de recontaminer l’économie américaine n’appartiennent pas au secteur privé. Les coupables de la résurrection des subprimes sont: Fannie Mae, Freddie Mac et Ginnie Mae des institutions gouvernementales ! Au moment où l’on se parle, ces 3 entités garantissent ou possèdent 95% des nouveaux prêts hypothécaires aux États-Unis.

http://www.france24.com/en/node/4910252

La cause des déboires économiques que nous vivons était d’origine politique et nous l’avons ignoré à nos risques et périls. Nous avons préféré blâmer le capitalisme plutôt que les ingérences du gouvernement dans le libre-marché. En blâmant les mauvais coupables, nous avons tiré les mauvaises leçons et ce sont les contribuables qui, une fois de plus, feront les frais de la prochaine crise.

Merci aux illettrés économiques à la Michel Rocard…

Tout-à-fait! Une chose est certaine – le présent système axé uniquement sur la consommation est inexorablement insoutenable, c`est l`évidence même.

C’est maheureusement vrai que cela va prendre plusieurs crises pour modifier un tant soit peu certaines bases du système financier et économique car l’humain est un drole d’animal qui oubli vite et se convaint que la prochaine fois il fera mieux croyant avoir assimilé les subtilités de la dernière crise ! Mais dans cette globalisation des marchés , les nations ont un controle limité et les individus absolument aucun controle et l’ambition de certains font déraper le système car ils tentent d’exploiter le système au dela de ses limites tels les papiers commerciaux dans la dernière crise des finances et du système bancaire qui a éclaté aux U.S.A. et a conduit a la crise mondiale actuelle !
Comme investisseur , on doit tous modifier nos pratiques pour réfléter et anticiper la prochaine crise qui surviendra sans aucun doute car les correctifs ne seront pas apportés …….

Fin du Néolibéralisme ?
À la suite de la dernière crise financière, nombreux sont ceux qui ont décrété la fin du Néolibéralisme. Cette doctrine, bien en place en Occident depuis les règnes de Reagan et Tatcher, a connu ses heures de gloire durant les années 80 et 90. Au cours des années 2000 cependant, elle a connu certaines ratées, particulièrement avec la bulle des .com et plus récemment, celle de l’immobilier.
En laissant agir les lois du marché sans que l’État n’intervienne pour assurer un quelconque partage de la richesse, nous nous sommes retrouvés dans une situation intenable où le pouvoir d’achat de la classe moyenne a constamment diminué pendant plus de 20 ans, au profit des 2% des gens les plus riches. Pour permettre au système de continuer à fonctionner, le crédit est devenu de plus en plus accessible au point où les familles américaines ont hypothéqué leurs maisons bien au-delà de leurs valeurs de revente. Pendant ce temps, les financiers de Wall Street, détenteurs de portefeuilles contenant des milliards de dollars, ont transformé la place financière en casino pour tenter de faire fructifier leurs avoirs de façon virtuelle. L’élastique a cédé, le système s’est écroulé et l’État a dû intervenir massivement pour le sauver.
La logique voudrait que lorsque la partie est terminée au jeux de Monopoly et qu’un seul joueur a tout raflé l’argent, on redistribue à chacun un capital de départ et on recommence une nouvelle partie. Or voilà que les Bourses du monde ont remonté dans un temps record et ce, malgré le fait que le crédit demeure peu accessible et que le chômage demeure très élevé. On dirait que les financiers continuent de spéculer à la hausse dans une économie toujours en décroissance.
Je ne suis pas économiste, mais si ce phénomène se poursuit encore longtemps, ce n’est pas la fin du Néolibéralisme qui nous attend, mais bel et bien la fin du Capitalisme.

Justement les pays développés ont le monde à développer dans un réel partage de tout entre tous en respectant les individus , l’entreprise valable et la démocratie en un vote contre un vote .
1)Pour y parvenir il faut abolir la spéculation boursière basée sur le mensonge
2) Pour y parvenir il faut abolir l’indigence maladive et l’opulence méprisante dans le respect des pauvres des moyens et des riches qui partagent
3) Pour y parvenir il faut une monnaie internationale et des salaires équitables dans les 200 pays
4) Pour y parvenir il faut civiliser l’argent qui fait de l’argent, car ces argents sont volées aux travailleurs
5) Pour y parvenir il faut la syndicalisation pour tous comme en Scandinavie et ne pas suivre les antisyndicalistes connus
6) Pour y parvenir il faut développer le commerce régional et international en plus du commerce national, et jamais un sans les deux autres
7) Il faut abolir les impôts pour des taxes universelles remboursables ou pas suivant le niveau de vie
8) Il faut civiliser les banque régionales nationales et internationales en abolissant les Paradis fiscaux et les taux usuraires
9) Il faut empècher les riches de contrôler tous les médias qui permettent leurs abus
10) Il faut prier pour devenir intelligent en économie en partage et en enrichissement collectif .

Encore le dogme libertarien et minarchiste:

Quand ça va mal, c’est toujours la faute des autres !

Il y a interventions et interventions. Les lobbies financiers, ceux de WallStreet, ceux des grands assureurs, des grandes banques ont exigé des interventions obligeant le gouvernement à ne pas intervenir. Il ne fallait surtout pas par exemple exiger dans les normes comptables que la réalité financière liée aux options d’achats d’actions détenues par les haut dirigeants apparaissent dans les bilans car ça aurait miné la confiance des petits actionnaires. Théoriquement le marche peut se réguler lui-même si toutes les données peuvent être connues de tous. À partir du moment où on intrigue et on légifère pour empêcher la divulgation de l’information, il n’y a plus d’autorégulation du marché. Il a manipulation du marché au profit de ceux qui en vivent: les spéculateurs et tous Enron de monde.

Il faut légiférer pour empêcher que les génies de la finances créent et utelisent des outils financiers tellement complexes et compliqués qu’ils sont à peine quelques initiés à les comprendre. Pas après coup quand on en fait l’autopsie. Mais les comprendre quand ils ont été vendus à tous les financiers professionnels du Monde. Regardez ce qui s’est passé à la Caisse de Dépot. Ils n’ont rien vu venir ces grosses têtes de la finance. Allo autorégulation des marchés !

Il faut que l’État intervienne pour s’assurer que la réalité des marchés financiers soient divulguée au grand jour et toujours.

C’est pour ça je pense que ça prendre encore 2 ou 3 crises financières pour aboutir à quelque chose de logique. Le temps que tous les zélotes de Friedman et Cie se rendent compte qu’effectivement la Terre tourne autour du soleil.

«La bêtise est infiniment plus fascinante que l’intelligence.
L’intelligence, elle, a des limites, tandis que la bêtise n’en a pas.»

-Claude CHABROL

David
Que pensez-vous de ce que Joseph Stiglitz écrit dans « Quand le capitalisme perd la tête » ?

@ Labelle

Je présume que tu fais référence à la citation suivante de Stiglitz: « «Pour la première fois depuis la Grande dépression, nous faisons face à des comportements irrationnels qui ne peuvent plus être ignorés. Souvent, la raison pour laquelle la main invisible d’Adam Smith nous paraît si invisible, c’est qu’elle n’est pas là.» »

Joseph Stiglitz, le type n’est même pas assez intelligent pour avoir compris que le capitalisme est un système de profits et de pertes. Quand des gens prennent de bonnes décisions, la main invisible les récompense et quand les gens prennent de mauvaises décisions, la main invisible les punit.

Le libre-marché ne fait pas en sorte que les gens vont soudainement tous devenir rationnels, il y aura toujours des gens irrationnels qui prendront de mauvaises décisions, le rôle de la main invisible se limite à punir l’irrationalité. C’est un processus perpétuel qui sera toujours à recommencer parce que le marché est en constante évolution.

La main invisible est comparable au travail de l’arbitre lors d’une partie de hockey. La présence d’un officiel ne va pas faire disparaître l’accrochage, par contre l’arbitre sera toujours là pour décerner une punition à ceux qui accrochent. Quand un arbitre décerne une punition, personne n’est assez bête pour affirmer que ce geste signifie que l’arbitrage ne fonctionne pas, au contraire, on félicite le responsable d’avoir fait son travail en punissant le joueur fautif.

La récession actuelle ne montre pas que la main invisible est incapable de prévenir les décisions irrationnelles, la récession que nous traversons est le fruit de l’action de cette main invisible: des gens ont pris de mauvaises décisions et aujourd’hui ils doivent en assumer les conséquences (du moins, ce serait le cas s’il n’y avait pas eu de bailouts).

Ce processus d’évolution des économies, rendu possible par l’action de la main invisible, a été décrit par l’économiste Joseph Schumpeter comme étant une « destruction créatrice ». La destruction créatrice désigne le remplacement d’activités économiques non viables (irrationnelles) par de nouvelles activités dorénavant viables (rationnelles). Cette action de la main invisible est à la fois source de croissance et de crise. Les crises ne sont pas de simples ratés de la machine économique; elles sont salutaires et nécessaires au progrès.

Le processus de « destruction créatrice » a été observable lors de nombreuses récessions: Google, Paypal, FedEx, Microsoft, CNN, MTV, Wikipedia, Sports Illustrated, General Electric et Hewlett-Packard se sont tous épanouis en période de décroissance économique.

Pour terminer, une petite anecdote savoureuse sur Joseph Stiglitz.

En 2002, des gens ont exprimé leurs inquiétudes sur la santé financière de Fannie Mae et Freddie Mac. Pour plusieurs, l’implication de ces 2 entreprises parapubliques dans le marché des subprimes mettait en péril leur existence.

Pour répondre à ses détracteurs, Fannie Mae et Freddie Mac (2 entreprises parapubliques) ont demandé à Joseph Stiglitz, l’économiste préféré des gauchistes, d’évaluer la probabilité de voir ces 2 entreprises connaître des difficultés financières.

Selon Stiglitz, la probabilité de voir le gouvernement être obligé de sauver Fannie Mae et Freddie Mac avec l’argent des contribuables se situait entre 1/500 000 et 1/3 000 000.

Le 24 décembre dernier, le département du Trésor américain a annoncé qu’il mettait sur pied une ligne de crédit illimité (!) pour empêcher une faillite de Fannie Mae et Freddie Mac. Avant cette annonce, Fannie Mae et Freddie Mac avaient déjà reçu 111 milliards de dollars du gouvernement.

Si Joseph Stiglitz tient absolument à dénoncer l’irrationalité, il devrait donner l’exemple en se regardant dans un miroir.

Mais la question demeure, pourquoi les journalistes économiques du Québec s’emballent-ils quand un crétin comme Joseph Stiglitz raconte n’importe quoi. Pourquoi nos journalistes ne citent-ils pas des économistes qui ont fait des observations crédibles qui expliquent la présente crise économique ?

Bref, pourquoi ne parle-t-on jamais de Ludwig von Mises dans nos médias ? Ignorance ou dogmatisme ?

« True, government can reduce the rate of interest in the short run. They can issue additional paper money. They can open the way to credit expansion by the banks. They can thus create an artifical boom and the appearance of prosperity. But such a boom is bound to collapse sooner or later and to bring about a depression. »

La plus dangereuse des irrationalités dans un système économique est celle des gouvernements, pas celle des individus, car l’irrationalité des gouvernements se fait toujours sur une échelle beaucoup plus grande.