Effet Trudeau : derrière l’image

Depuis la rentrée de la fête du Travail, les portes tournantes de la politique n’ont pas cessé de pivoter. L’un après l’autre, le premier ministre du Québec, Jean Charest, son homologue ontarien, Dalton McGuinty, et le maire de Montréal, Gérald Tremblay, se sont engouffrés dans la sortie.

Chronique de Chantal Hébert - Effet Trudeau : derrière l’image
Photo : M. Beauregard / PC

À une exception près, l’automne 2012 aura été une saison de grands départs. Sur une scène qui se vide, l’arrivée au premier plan de Justin Trudeau à la faveur de la course au leadership du PLC a finalement pris beaucoup de place.

Vérification faite, on jase beaucoup d’un bout à l’autre du Canada de la campagne Trudeau, bien davantage qu’on n’a parlé à la même époque l’an dernier de la succession de Jack Layton à la tête du NPD. Cela se mesure dans les sondages, qui ont tous fait état d’une réelle remontée du PLC dans les intentions de vote.

Évidemment, si les chiffres de ce genre étaient garants de l’avenir, c’est François Legault et non Pauline Marois qui aurait prononcé un discours inaugural à Québec le mois dernier. À la même date, en 2011, le chef de la Coalition Avenir Québec était en tête dans les intentions de vote au Québec.

N’empêche qu’on a rarement vu un parti, surtout quand il est en difficulté, bouder un candidat au leadership qui lui permet de rêver au pouvoir, au profit d’un rival qui a du mal à soulever une foule. Jusqu’à nouvel ordre, la campagne au leadership du PLC n’a de course que le nom.

Si on se précipite vers les rassemblements de Justin Trudeau, ce n’est pas toujours pour voir un futur premier ministre en action, et ce n’est presque jamais pour l’écouter discourir de politiques complexes. La plupart du temps, on vient plutôt pour le regarder que pour l’enten­dre. Mais ce décor a un envers.

Pendant que Justin Trudeau ratisse les universités afin de récolter des votes, on se bouscule dans les cou­lisses de sa campagne. D’une semaine à l’autre, des gens solides se rallient à sa cause. Par exemple, à la suite de la démission de Dalton McGuinty, le ministre des Finances de l’Ontario et numéro deux du gouvernement, Dwight Duncan, s’est rapidement exclu de la succession. Il a même annoncé qu’il quitterait Queen’s Park au déclenchement du prochain scrutin ontarien, et déclaré du même souffle qu’il entendait poursuivre sa carrière au niveau fédéral et le faire dans la mouvance de Justin Trudeau.

Dans la foulée de Dwight Duncan, Daniel Gagnier, ancien chef de cabinet de Jean Charest et, avant lui, du premier ministre ontarien David Peterson, s’est lui aussi joint à l’équipe Trudeau.

Le ministre Duncan et le conseiller Gagnier ne sont pas des faiseurs d’image. De toute évidence, Justin Trudeau n’en a pas besoin. Ce sont plutôt des cerveaux politiques rompus aux complexités de l’administration publique. Dans les rangs du parti, leur adhésion à sa cause envoie un puis­sant signal : la campagne au leadership du député de Papineau ne carbure pas exclusivement aux clichés.

Dans les faits, l’équipe Trudeau peut déjà compter sur davantage d’expertise et d’expérience que Stéphane Dion ou Michael Ignatieff à leur arrivée à la tête du PLC.

En marge de l’attrait évident qu’exerce un nom de famille mythique sur la base militante du PLC, il faut retenir deux autres choses qui en disent long sur la dynamique de la campagne fédérale.

La première, c’est que l’establishment au sens large du PLC, qui sait sciemment que l’existence même du parti pourrait se jouer au scrutin fédéral de 2015, est en bonne voie de mettre l’essentiel de ses œufs dans le panier de Justin Trudeau. Que ce soit par désespoir ou par prescience (ou les deux), toujours est-il que, dans l’opération séduction dans laquelle le candidat Trudeau s’est lancé, le parti est une proie plus que consentante.

L’autre, c’est que la défaite libérale du 4 septembre au Québec et, surtout, la dégringolade appréhendée des libéraux minoritaires au pouvoir à Queen’s Park sont en voie de libérer des ressources intellectuelles et stratégiques inespérées pour un parti relégué au troisième rang à la Chambre des communes.

 

 

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