Élections 2014 : la carte PKP

L’entrée en scène de Pierre Karl Péladeau dans la campagne électorale met l’idée d’un nouveau d’un nouveau référendum sur la souveraineté du Québec au centre des débats et force l’aile progressiste du PQ à se rallier. 

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Une image qui a fait le tour du pays : Pierre Karl Péladeau termine son discours inaugural de campagne le poing levé, affirmant qu’il veut «faire du Québec un pays». – Photo : Jacques Boissinot – La Presse Canadienne

Le poing brandi bien haut à la façon d’un conquérant, Pierre Karl Péladeau lance à la foule de militants réunis dans la vieille gare de Saint-Jérôme, en ce dimanche 9 mars, qu’il s’engage en politique avant tout pour « faire du Québec un pays ! »

Le candidat-vedette du Parti québécois, actionnaire de contrôle du géant médiatique Québecor, déclare dans ses entrevues qu’il veut donner à ses enfants « un pays dont ils seront fiers ». Celui dont la présentation ne requiert que trois lettres — PKP — avance que le référendum de 1995 « a été purement et simplement volé » par le camp du Non.

Pierre Karl Péladeau n’a visiblement pas fait le grand plongeon uniquement pour diriger un ministère. Si on l’a recruté d’abord pour ses compétences en économie, c’est sa profession de foi souverainiste qui prend toute la place.

Un membre du PQ qui l’a souvent côtoyé le décrit comme un « fervent indépendantiste » qui sera « un faucon de la souveraineté » à la table du Conseil des ministres, si le parti conserve le pouvoir le 7 avril. Pauline Marois aura le dernier mot, mais « Pierre Karl sera de ceux qui pousseront pour tenir un référendum », affirme ce péquiste, qui préfère garder l’anonymat en pleine campagne électorale.

Le député et candidat du PQ dans Borduas, Pierre Duchesne, juge que l’arrivée de Péladeau fait grimper d’un cran le débat sur la souveraineté. « Il va certainement activer le débat national », dit-il en entrevue.

La direction du PQ estime que Pierre Karl Péladeau pourrait être, à long terme, la carte manquante d’un référendum gagnant : celle de la crédibilité économique. « Il pourrait donner le goût à d’autres hommes d’affaires d’appuyer notre cause, ce qui n’a jamais été facile, dit Pierre Duchesne. Ça ne peut qu’avoir un effet positif. »

Le chef libéral, Philippe Couillard, n’a pas perdu de temps pour fouetter l’ardeur des fédéralistes. Selon lui, l’arrivée de PKP a fait prendre à la campagne électorale une tournure référendaire, et il ne se privera pas pour le rappeler aux électeurs. « Quelqu’un qui veut séparer le Québec du Canada, c’est quelqu’un qui veut détruire le pays qu’est le Canada », répète-t-il dans ses discours aux militants.

Pauline Marois refuse pour l’instant de se prononcer sur l’échéancier d’un référendum en cas de victoire majoritaire du PQ, mais elle pourrait se retrouver dans une position inconfortable si elle tarde trop à le faire ou si elle refuse de se lancer dans l’aventure. Les positions antisyndicales et de droite bien affichées de PKP peuvent-elles cohabiter avec la frange progressiste et sociale-démocrate du PQ ? Comment concilier la vision de Pierre Karl Péladeau et celles de Martine Desjardins ou de Jean-François Lisée ? Sans parler des aspirations au leadership de la nou-velle recrue…

Le bateau pourrait affronter quelques tempêtes, affirme Jonathan Valois, ancien président du PQ (2009-2011) et député de Joliette de 2003 à 2007. « Le parti a une tradition sociale-démocrate et Péladeau détonne dans ce paysage. La cohabitation sera possible uniquement si la démarche vers l’indépendance mobilise les militants. C’est le ciment du parti », dit-il, ajoutant que la détermination souverainiste qu’affiche Péladeau permet aux militants de gauche du PQ de mieux accepter son arrivée.

Péladeau sera surveillé, prévient le militant péquiste et ancien dirigeant de la CSN Marc Laviolette, aujourd’hui président des Syndicalistes et progressistes pour un Québec libre (SPQ Libre). « Tant que l’objectif du pays n’est pas trop loin et qu’on y travaillera, ça va aller. Pierre Karl Péladeau augmente les chances qu’un troisième référendum soit tenu. »

L’engagement de Pauline Marois, si elle est réélue, de produire un livre blanc sur la souveraineté et de mener ensuite une consultation à l’échelle du Québec va en ce sens, dit Pierre Duchesne. « On se remet en action. »

Une image qui a fait le tour du pays : Pierre Karl Péladeau termine son discours inaugural de campagne le poing levé, affirmant qu’il veut « faire du Québec un pays ».

* * *

Remous à Ottawa

La capitale fédérale n’a pas mis de temps à réagir.

LES CONSERVATEURS SOUS LE CHOC

Le premier ministre Stephen Harper s’est fait reprocher par des chroniqueurs du Canada anglais d’avoir favorisé l’émergence de Vidéotron dans l’industrie du sans-fil en permettant à la société, propriété du « séparatiste » PKP, d’acheter aux enchères des ondes cellulaires réservées aux nouvelles entreprises du secteur.

Ses liens avec Pierre Karl Péladeau refont sur-face. Le couple Julie Snyder-PKP a été reçu à un souper privé à la résidence officielle du premier ministre, en septembre 2009, comme le révélait Jonathan Trudel dans « Un bulldozer nommé PKP ». L’ancien directeur des communications de Harper, Kory Teneycke, travaillait alors à Québecor Média, qui s’apprêtait à lancer la chaîne télé de droite Sun TV. Kory Teneycke en deviendra d’ailleurs le vice-président.

Pierre Karl Péladeau compte de nombreux amis chez les conservateurs, du député de Beauce, Maxime Bernier, à l’ex-premier ministre Brian Mulroney, aujourd’hui vice-président du conseil d’administration de Québecor. Les commentateurs ne se sont pas gênés pour rappeler que Mulroney n’avait pas beaucoup de succès avec ses protégés, évoquant la démission brutale du ministre conservateur Lucien Bouchard en 1990, pour fonder le Bloc québécois et par la suite prendre la tête des forces du Oui durant la campagne référendaire de 1995.

QUI SERAIT CAPITAINE CANADA ?

Si un nouveau référendum avait lieu, quel chef à Ottawa serait le plus apte à défendre le Canada aux côtés du leader québécois du camp du Non ? En 1995, Jean Charest, à la tête du Parti conservateur, avait joué ce rôle auprès du chef du Parti libéral du Québec, Daniel Johnson. Stephen Harper est impopulaire au Québec et Justin Trudeau divise l’opinion (et le fait qu’il soit le fils de Pierre E. rappelle que le Québec n’a pas signé la Constitution de 1982). Thomas Mulcair est populaire au Québec ; il est toutefois suspect aux yeux du Canada anglais en raison de son caucus, où siègent des députés qui ont eu des accointances avec le parti souverainiste Québec solidaire.

UN LIVRE BLANC ?

Ottawa se prépare à répondre au livre blanc sur l’avenir du Québec, un document de réflexion que Pauline Marois a dit vouloir élaborer rapidement après son accession au pouvoir. Ce livre blanc serait dévoilé dans la première année du mandat, et une consultation suivrait à l’échelle du Québec.

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1 commentaire
Les commentaires sont fermés.

Encore une lecture éclairée de votre boule de CRISTAL ROUGE, M. Castonguay,!!! Selon moi et ma boule de crystal bleue, il n’y a PAS DE MILITANTS ASSEZ IDIOTS pour vouloir tenir un referendum pour, au moins, les 4 prochaines années MINIMUM….(ALLOOO, la planète se relève lentement d’une crise financière causée pour la plus grande partie par des BANQUIERS PRÉDATEURS) et le fédéral ne fera rien pour favoriser une reprise fulgurante au Québec… (pas vraiment dans son intérêt, je crois 🙂

Ah oui, il n’y a pas de muselière au PQ. Alors il y est permis de dire que nous sommes enthousiasme pour un avenir plus ou moins lointain. Enthousiasme oui, intelligent…. Pas sûr….

N’en déplaise à un certain ministre revanchard (peut-être) que j’admirais, jusqu’à présent, qui fait passer son égo avant des considérations qui se veulent PLUS GRANDES QUE SOIT… Oui, cela peut exister au PQ….aussi!!

Le point PRINCIPAL, selon moi bien sûr, et pour tous les Québécois, c’est d’ÉVITER comme la peste, un parti libéral culturellement et historiquement composé d’une majorité de personnages AVIDES, corrompus et magouilleurs… IL FAUT se départir de polititiens avant tout intéressés par les avantages personnels que procure le pouvoir… Ils doivent avoir tellement d’ascenseur à retourner qu’ils ont sûrement investis dans la cie OTIS….

Seuls des Fédés fanatiques, peuvent occulter cette réalité….