Élections 2015 : les jeux ne sont pas faits

Si la campagne électorale fédérale avait duré 37 jours — comme d’habitude —, le Canada aurait vraisemblablement changé de gouvernement.

La lutte sera rude entre les quatre partis, car rarement autant d’électeurs ont été à la recherche du parti le plus susceptible de battre un gouvernement sortant.

Au cours de la première tranche de la campagne, le Parti conservateur de Stephen Harper a rarement réussi à se hisser au-dessus de la barre des 30 % dans les intentions de vote.

Avec l’appui de moins d’un tiers de l’électorat, Stephen Harper aurait, dans le meilleur des cas, terminé la soirée des élections avec quelques sièges de plus que son plus proche rival. Il aurait alors hérité d’un gouvernement minoritaire, dont l’espérance de vie aurait été limitée.

Devant un mandat conservateur famélique, le NPD de Thomas Mulcair en serait à négo­cier avec les libéraux les conditions de l’arrivée au pouvoir du premier gouvernement néo-démocrate fédéral.

Justin Trudeau a rejeté l’hypothèse de parti­ciper à un éventuel gouvernement de coalition. Mais ce n’est pas la seule formule susceptible de permettre à l’opposition — si elle est majoritaire — d’évincer les conservateurs du pouvoir.

En Ontario, pendant les années 1980, les libéraux, qui avaient terminé quelques sièges derrière les progressistes-conservateurs, ont tout de même gouverné pendant deux ans sur la foi d’un accord avec le NPD.

Si dans cette campagne les néo-démocrates sont en meilleure posture par rapport aux libéraux qu’à tout autre moment de leur histoire, c’est en grande partie parce que l’appui de l’électorat québécois ne s’est pas démenti.

L’effet positif pour le Bloc québécois du retour de Gilles Duceppe a été de courte durée, et l’omniprésence du nouveau chef du Parti québécois, Pierre Karl Péladeau, dans la campagne bloquiste n’a pas changé la donne.

Parmi les partisans qui avaient résisté à la vague orange et qui étaient restés fidèles au Bloc en 2011, un tiers manquent à l’appel depuis le début de la campagne. Selon les sondages, la plupart sont passés dans le camp néo-démocrate.

Si Gilles Duceppe parvenait à les ramener au bercail, les chances du NPD de finir devant les libéraux le 19 octobre seraient compromises. Les débats en français du 24 septembre (Radio-Canada) et du 2 octobre (TVA) constituent la dernière et meilleure occasion pour le chef bloquiste de faire tourner le vent en sa faveur.

Gilles Duceppe n’est pas le seul chef à ne pas encore avoir dit son dernier mot.

La campagne de 2015 est deux fois plus longue que la norme et tous les sondeurs s’accor­dent sur une donnée : celle de l’extrême vola­tilité de l’électorat. Rarement autant d’électeurs ont-ils été à la recherche du parti le plus susceptible de battre un gouvernement sortant.

Selon des vétérans de la politique fédérale, la proportion d’électeurs qui veulent du changement à tout prix, quitte à délaisser le parti qui serait autrement leur premier choix, est jusqu’à deux fois plus élevée que la moyenne.

Cela signifie que les sondages ont une importance encore plus capitale que d’habitude. Et c’est pourquoi le NPD et le PLC se livrent une lutte sans merci pour s’imposer comme la solution de rechange aux conservateurs dans les intentions de vote.

Plus la lutte est rude entre les partis d’opposition, plus le vote anticonservateur se disperse et plus Stephen Harper peut espérer se glisser au pouvoir à la faveur d’une division du vote entre ses rivaux. Mais la stratégie de diviser pour régner a tout de même ses limites.

Le chef conservateur a connu un médiocre début de campagne. Le procès Duffy a plombé sa course. L’assom­brissement des perspectives économiques et budgétaires du Canada n’a pas aidé non plus.

Avec l’équivalent d’une seconde campagne électorale devant elle et des coffres bien garnis, l’équipe Harper ne baissera pas pavillon, d’autant plus que rien n’est joué en Ontario, la province qui, avec 121 sièges sur les 338 que comptera le Parlement, sera déterminante le jour du vote.

Si la tendance se maintient, la campagne fédérale la plus longue de l’histoire moderne du Canada sera palpitante jusqu’à la fin. En l’absence d’une victoire majoritaire pour un des partis en présence, le suspense pourrait perdurer au-delà de la soirée du 19 octobre.

Dans la même catégorie
Boutique Voir & L'actualité

Obtenez jusqu’à 40% de plus pour votre prochaine sortie

1 commentaire
Les commentaires sont fermés.

« A politician needs the ability to foretell what is going to happen tomorrow, next week, next month, and next year. And to have the ability afterwards to explain why it didn’t happen. » — Winston Churchill

J’aimerais tellement partager votre point de vue optimiste sur le caractère « palpitant(e) jusqu’à la fin » de la campagne fédérale.

Parfois, je me mets à envier le peuple grec — malgré la cure d’austérité qui leur a été imposée — qui peuvent déclencher les élections un mois après le Canada et qui seront fixés sur le nom de leur Premier ministre un mois avant nous.

Qu’est-ce qui justifie d’une campagne (que je trouve assez plate jusqu’à maintenant) de presque trois mois pour notre population et d’à peine plus de trois semaines pour d’autres populations ?

Faut-il que nous formions d’un océan à l’autre une population de « gros lourdauds » ? Quand après presque 40 jours de campagne on n’a pas encore de véritable cadre financier à se mettre sous la dent excepté les « Verts » qui sont les seuls à avoir accomplis leurs devoirs.

Il faut en déduire simplement que les trois partis qui aspirent encore à obtenir le pouvoir, s’observent mutuellement et en sont encore à peaufiner leur cadre financier qui quel que soit le parti élu ne sera pas appliqué dans son entièreté.

Si le but final de l’exercice était de me convaincre que tout est égal à tout, que tout est interchangeable, qu’une tuque blanche est égale à une blanche tuque, qu’Harper est égal à Trudeau qui est égal à Mulcair qui est égal à Duceppe puisqu’il y a des souverainistes qui votent NPD et que tout compte fait Harper n’a pas d’autres égal que lui-même.

Eh bien oui, je suis « con » vaincu !