Ne comptez pas le PQ pour battu
Élections 2018

Ne comptez pas le PQ pour battu

Même avec seulement un peu plus de 26 % du vote populaire, le PQ pourrait remporter une cinquantaine de circonscriptions, justement parce que le vote péquiste est bien plus efficace que celui de ses rivaux.

De nombreux observateurs semblent croire que le Parti québécois n’est plus dans la course pour l’élection du 1er octobre prochain. Certes, avec les niveaux d’appuis actuels, la situation n’est pas rose pour les troupes de Jean-François Lisée. Toutefois, une étude plus approfondie des chiffres de la dernière projection électorale Qc125 (parue dans L’actualité le 8 mars dernier) nous indique qu’une remontée de quelques points à peine — même à l’intérieur des intervalles de confiance actuels — pourrait apporter au PQ un nombre équivalent ou même supérieur au total de 30 sièges remportés en 2014 et ainsi assurer l’élection d’un gouvernement minoritaire en octobre prochain.

Pourquoi ? Bien que les appuis péquistes aient diminué au cours de la dernière année (tels que mesurés par Léger, Ipsos et Mainstreet), le vote péquiste demeure hautement efficace dans notre mode de scrutin actuel.

Une hypothétique remontée péquiste jusqu’à 26 % ou 27 % du vote populaire donnerait même au Parti québécois des probabilités non négligeables de revenir au pouvoir.

* * *

Regardons d’abord les résultats de la dernière projection électorale Qc125 pour le Parti québécois. Sur le graphique suivant, l’axe vertical représente le nombre de sièges remportés, et l’axe horizontal, le vote populaire des 50 000 simulations de la projection :



Avec les chiffres actuels, dans les pires éventualités, le Parti québécois obtient près de 19 % du vote populaire et ne remporte que de 5 à 10 sièges. Dans les possibilités les plus optimistes, le PQ atteint plus d’une trentaine de sièges, avec un vote populaire oscillant entre 24 % et 25 %.

Regroupons les 50 000 points de ce graphique afin de mieux visualiser les intervalles de confiance. Voilà ce que nous obtenons :


Les lignes pointillées représentent les intervalles de confiance de 95 % (soit 19 fois sur 20). Nous remarquons que cette distribution n’a rien de linéaire et ressemble plutôt à une parabole. En effet, autour de 22 % du vote populaire, le PQ entre dans une première zone payante.

Divisons notre distribution en deux séries de points : 1) sous la moyenne de 21,9 %, et 2) au-delà de cette même moyenne. Puis, traçons des courbes de tendances pour chacune de ces séries :


Sous 21,9 %, le PQ remporte en moyenne 3,3 sièges/%. Au-delà de 21,9 %. il rafle presque 6 sièges par point au vote populaire (5,8 sièges/%). La pente de la courbe devient donc beaucoup plus abrupte à partir de 22 %. Cet écart de pente est considérable ! C’est ici une représentation graphique de la grande efficacité du vote péquiste.

Isolons maintenant les simulations se trouvant à l’intérieur du rectangle suivant :



La moyenne de ces simulations nous indique donc quel serait le portrait politique le plus probable, avec les chiffres actuels, si le PQ devait être sous-estimé par environ deux points dans la moyenne des sondages (ce qui n’est pas un cas de figure irréaliste).

Au total, nous calculons la moyenne d’environ 8 000 simulations, soit près de 16 % de l’échantillon total. Voici la projection de sièges de ces scénarios :


En isolant ces possibilités optimistes pour le Parti québécois, virtuellement tous les gains du Parti québécois (+ 9,7) se font aux dépens de la CAQ (– 8,4). Le Parti libéral et Québec solidaire ne perdent en moyenne que moins d’un siège par simulation (– 0,5 pour le PLQ et – 0,6 pour QS).

Pour ce qui est de la distribution régionale, considérez les cartes suivantes :


[Les circonscriptions pivots, où aucun parti ne remporte au moins 80 % des simulations, sont indiquées par des couleurs pâles.]

Dans le grand Montréal, le Parti québécois parviendrait à conserver ses quatre circonscriptions sur l’île de Montréal (Rosemont, Hochelaga-Maisonneuve, Bourget et Pointe-aux-Trembles). De plus, il conserverait ses bastions de Marie-Victorin et de  Verchères.  Taillon serait une circonscription pivot entre la CAQ et le PQ (avec un léger avantage pour la CAQ). Finalement, Beauharnois et Richelieu demeureraient fort probablement au sein du PQ.

Dans Laurentides-Lanaudière, le PQ conserverait  Labelle, Joliette (circonscription de Véronique Hivon) et serait favori dans Bertrand, ainsi que dans la nouvelle circonscription de Prévost.

Dans la Capitale-Nationale, il parviendrait à retenir Taschereau et serait compétitif dans Charlevoix–Côte-de-Beaupré (circonscription remportée par le PLQ en 2014, mais présentement favorable à la CAQ, selon la plus récente projection).

En Estrie, Sherbrooke et Saint-François seraient des circonscriptions pivots avec des courses à trois. Dans les éventualités optimistes pour le PQ, il serait compétitif dans ces deux circonscriptions.


Finalement, le PQ pourrait virtuellement balayer l’Abitibi, le Saguenay (à l’exception de Roberval), la Côte-Nord et le Bas-Saint-Laurent–Gaspésie.

 

En conclusion

Que retenir de ce billet ? Considérez le graphique suivant :



Il s’agit de la projection électorale Qc125 du 25 septembre 2017. Remarquez à quel point, avec un vote hautement divisé, la courbe péquiste se trouve à la gauche de celle de ses rivaux. Cela signifie que le PQ remporte un plus grand nombre de sièges par point de vote populaire. En compilant les données de cette projection, nous pouvions constater que le PQ remportait une pluralité de sièges dans environ 6 % des simulations, et ce, sans jamais remporter le vote populaire.

De plus, nous pouvons remarquer qu’avec seulement un peu plus de 26 % du vote populaire, le PQ pourrait remporter une cinquantaine de circonscriptions, justement parce que le vote péquiste est bien plus efficace que celui de ses rivaux.

D’ailleurs, la projection électorale du 8 mars dernier fut la première depuis l’été 2017 dans laquelle la CAQ reculait au vote populaire et dans la projection de sièges. Certes, la CAQ est toujours en tête de la projection, mais il se pourrait bien qu’elle ait atteint un certain plafond. Si la CAQ ne parvient pas à s’installer au-dessus de 35 % du vote populaire et que les intentions de vote du Parti québécois commencent à grimper, le résultat de l’élection pourrait causer des surprises.