Les autos, les angoisses, les politiciens
Élections 2018Regard humoristique

Les autos, les angoisses, les politiciens

Le meilleur moyen de ramasser des votes rapidement, c’est généralement de dire aux gens qu’ils ont absolument raison. Et, cette fois, qu’ils vont pouvoir regarder le beau tramway neuf bien assis dans leur auto. 

Le 3 mai dernier, François Legault déclarait que le troisième lien demandé par plusieurs à Québec serait bon pour l’environnement parce que les voitures ne seraient plus prises dans le trafic. Intéressante affirmation, puisque toutes les études disent le contraire : ajouter des routes, c’est en fin de compte ajouter des voitures, et donc de la pollution.

Ajouter des voies de circulation pour diminuer la congestion, c’est comme s’acheter des pantalons une taille plus grande et déclarer que notre régime 100 % crème glacée est un succès.

D’où François Legault tenait-il donc cette information inédite, en mesure de bouleverser toute la littérature scientifique existante ? « On n’a pas besoin de faire beaucoup d’études… Allez vous placer sur les ponts ou à l’entrée des ponts le matin et en fin d’après-midi. »


« Cette déclaration ne respectait ni le produit ni mon intelligence. »

OK.

Bref, on n’a pas besoin de faire beaucoup d’études pour savoir que je n’avais pas vraiment d’attentes quand j’ai appris que la CAQ dévoilait cette semaine son plan pour décongestionner Montréal.

C’était ce mercredi, et François Legault et son porte-parole en matière de transport se sont rendus à leur point de presse en étant les fatigants qui marchent dans la piste cyclable. On va essayer de ne pas y voir de symbole.

Au pif, je soupçonne que l’expérience personnelle de François Legault en fait de transport en commun se limite à son utilisation fréquente de l’expression « ça ne se bat pas dans les autobus pour parler de ça ». Le plan de la CAQ comporte quand même plusieurs belles idées, telles qu’un tramway vers l’est, plus de REM et plus d’argent pour le transport en commun. Combien plus ? Bah… « une part croissante de l’enveloppe budgétaire ». Voilà qui est précis comme un horaire de bus de nuit.

Parallèlement, le plan de décongestion compte son lot de projets d’autoroutes. On en sort avec l’impression que ce que la CAQ veut, c’est pas mal ce qu’on a maintenant, mais mieux ou plus gros. « L’équipe du changement » aimerait changer quatre trente sous pour quatre trente sous plus brillants.

Est-ce un bon plan ? Comme mon expertise en transports se limite pas mal à entrer ma destination dans Google Maps, je ne m’avancerai pas plus que ça. Vous pouvez le lire par vous-même.

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Du dévoilement de mercredi, j’ai surtout retenu une phrase prononcée par François Legault : « Ce n’est pas vrai que l’on va régler les problèmes de congestion en punissant les automobilistes. »

En quelques mots, le chef caquiste venait de dire beaucoup.

Il assurait à ceux qui veulent « DU CHANGEMENT ! », mais pas les désagréments qui viennent avec, qu’ils n’auraient justement pas à changer trop. On appelle ça du transport en commun, mais ça pourra continuer à être commun pour les autres. Belle façon de se tirer dans le pied si le but est de réduire la circulation automobile et de décongestionner Montréal.

« Punir les automobilistes », c’est une expression pour ceux qui croient, consciemment ou non, qu’il existe une « guerre contre l’automobile ». Et la réponse de François Legault à cette peur, c’était « vous avez raison ».

La population est pleine de ces petites et grosses angoisses. Peur de perdre son emploi, peur de perdre ses Rocheuses, peur de devoir prendre l’autobus. Le travail du politicien, c’est de trouver comment y répondre à sa façon.

Plus tôt cette semaine, un sondage commandé par le Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations (CIRANO) nous apprenait que 48 % des Québécois associent à un « grand » ou à un « très grand » risque l’immigration au Québec.

« Les Québécois craignent l’immigration plus que la pollution », titrait Le Devoir, même si personne ne se souvient du dernier déversement d’immigrants dans le fleuve, ou de la dernière fois qu’un pipeline a laissé couler des hectolitres de réfugiés dans la nature.

Avoir ses réserves quant à la façon dont on gère les nouveaux arrivants et tout ce qui s’ensuit ? Je veux bien. Mais l’immigration comme « grand » ou « très grand » risque, c’est un brin intense. Les politiciens n’auront d’autre choix que de répondre à cette angoisse de la moitié de leurs concitoyens.

Malheureusement, le meilleur moyen de ramasser des votes rapidement, c’est généralement de dire aux gens qu’ils ont absolument raison. Et, cette fois, qu’ils vont pouvoir regarder le beau tramway neuf bien assis dans leur auto.