François Legault, le bloque Québécois
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François Legault, le bloque Québécois

Même si chacun a le droit de bloquer qui il veut sur Twitter, Mathieu Charlebois s’inquiète quand même pour son « futur premier ministre ». Et il n’hésite pas à lui tendre la main. 

Je sais, chers lecteurs, la plupart d’entre vous n’êtes pas sur Twitter. Il y a des choses plus importantes à faire pour le commun des mortels que de traîner sur la célèbre plateforme de microblogage : plier ses chaussettes, trier des vis par grandeur, respirer, etc.

(« Plateforme de microblogage »… Si je ne fais pas attention, je vais finir par utiliser l’expression « autoroute de l’information » d’ici deux paragraphes.)

Mais même si on y trouve principalement des journalistes, des attachés de presse et des militants un peu fanatiques, Twitter demeure une plateforme formidable pour qui aime voir des politiciens s’enfarger dans leurs propres pieds en le moins de mots possibles.

Sur Twitter, il y a vraiment de tout pour tous.

Il y a Pierre Karl Péladeau et ses tweets à la syntaxe alambiquée qui nous font souvent nous demander s’il comprend vraiment ce qu’il veut dire ou s’il essaie seulement d’impressionner Mathieu Bock-Côté.

J’ai l’impression qu’il manque un « de » à la toute fin de sa phrase.

La syntaxe est probablement restée prise dans sa gorge nouée par l’émotion.

Il y a Gaétan Barrette et ses tweets qui contiennent autant d’émojis que de partisanerie.  Comme celui-ci, qu’il a retiré par la suite.

Émoji de face + émoji de main = émoji de main sur la face #Facepalm #JeuxDeMots #Tannant_Gaétan #GaétanEnEmporteLeVent

Et il y a aussi François Legault. Mais ça, je ne peux vous en parler. Parce que…

J’ai été bloqué par François Legault.

Je ne dis pas ça pour m’en vanter. Le club des bloqués par Legault est à peu près aussi sélect que le fameux « Club au Cotton » dont tout le monde portait le chandail officiel dans les années 1990. Mais comme je suis chroniqueur politique, ça complique un peu mon existence.

J’ai été bloqué quelque part en 2014, à la suite de tweets aussi déplacés que celui-ci…

Je suis tellement poli, je me soupçonne d’avoir été complètement ivre au moment d’écrire ce tweet.

… ou aussi révoltants que celui-là.

Tout le monde sur la photo montre son index, signe que celui qui la retweete va se retrouver mis à l’index.

Vous pouvez lire l’ensemble de mes interactions avec le chef de la CAQ juste ici et juger par vous-même si je méritais l’exil numérique.

Parce que c’est tannant de devoir ouvrir un deuxième fureteur pour voir les tweets d’un politicien qui a des chances de devenir MON premier ministre bientôt, j’ai récemment lancé dans l’univers une demande de pardon, en espérant que le vent du blocage tournerait.

Rien à faire. Le mur de Berlin numérique est toujours en place. (Je suis probablement du côté Berlin-Est de cette analogie. J’imagine mal Youri Chassin se joindre à un régime communiste.)

C’est ce qui a mené mon amie Marilyse Hamelin, elle aussi professionnelle de l’opinion et du clavier, à se demander combien de journalistes et chroniqueurs nous étions à ne plus avoir accès à la prose microbloguesque si riche de François Legault.

Et la réponse est… que nous sommes beaucoup. Si on ajoute les simples citoyens à l’équation : vraiment beaucoup. Et pour des raisons qui ne sont pas toujours claires.

Comme nous sommes en 2018, époque formidable où un tweet envoyé à la blague par un auteur d’humour peut se transformer en article complet dans un grand média, une journaliste du Soleil a interrogé la CAQ à ce sujet. Elle a obtenu cette réponse de la conseillère aux relations médias :

 «(…) [I]l arrive souvent que des trolls envahissent [la boîte de réception de M. Legault] et l’empêchent de lire attentivement les commentaires des «vrais gens». Il se voit donc dans l’obligation de bloquer certains comptes qui n’ont d’autre but que de le troller», précise Émilie Toussaint, tout en soulignant que M. Legault «tente de bloquer uniquement les comptes un brin trop intenses avec des propos désobligeants».

Une troll trop intense qui tient des propos désobligeants ? Immédiatement, je pense à mon amie Marilyse, cette furie qui écrit des textes remplis de fiel et de jurons pour un controversé brûlot appelé… le magazine Châtelaine.

Sauf que Marilyse n’a parlé à François Legault qu’une seule fois sur Twitter. C’était en 2014, et elle lui demandait s’il allait désavouer un candidat qui avait tenu des propos tellement antiféministes que même Sophie Durocher l’avait varlopé (!).

Le propos le plus désobligeant de ce tweet? « @francoislegault ».

Et là, je vous entends dire : « Ouin, pis, Mathieu ? Es-tu vraiment en train de faire un texte au complet sur le fait que François Legault t’a bloqué sur une plateforme qui risque d’être rendue désuète avant la fin de la saison des framboises du Québec ? Reviens-en ! C’est l’été ! Va jouer dehors, fais-toi un jardin, trouve-toi une passion ! »

De un, j’en ai une passion, et c’est de faire une collection des tweets de Pierre Karl Péladeau. Comme celui-ci, où il nous parle de sa fille Marie, qui est entièrement électrique.

#Zeugme

De deux, et si le blocage intempestif du chef caquiste nous donnait un aperçu de sa difficulté à composer avec la critique et à accepter les idées divergentes ? En version miniature, disons.

Dans un autre article, de Radio-Canada cette fois-ci, François Legault lui-même explique comment il se gère le bouton « bloquer ».

« Les gens qui ont des critiques constructives, je n’ai pas de problème avec ça. Les gens qui sont agressifs et qui ont des commentaires personnels, ça m’arrive d’en bloquer, ça me fait du bien ! » mentionne en riant le chef de la CAQ.

Mais s’il est capable de trouver que ce vieux tweet (février 2013) de Jean-Philippe Pleau, coanimateur de l’émission C’est fou avec Serge Bouchard, est assez « agressif » pour mériter un blocage complet…

… alors peut-être que François Legault aime un peu trop « se faire du bien ».

Que fait-il quand il croise une caricature dans le journal ? Il y met le feu ? Combien de iPad a-t-il lancé contre le mur en lisant les nouvelles ?

Qui considère-t-il comme étant « les vrais gens », pour reprendre l’expression de sa conseillère en relations médias ? À partir de combien d’idées divergentes des siennes est-ce que je deviens « un faux gens » ?

Je sais que ce n’est que Twitter. Je sais qu’il a bien le droit de bloquer qui il veut. Mais je m’inquiète quand même pour mon futur premier ministre.

Si tu ne te fais pas une meilleure carapace, François, tu vas te faire du mal. Aide-toi. Aide-moi à t’aider. Débloque-moi sur Twitter.