Les partis qu'on a, et ceux qui nous manquent
Élections 2018Regard humoristique

Les partis qu’on a, et ceux qui nous manquent

Il y a les partis politiques que l’on connaît déjà tellement qu’on peut les nommer par leurs initiales. Mais il y en a aussi beaucoup que l’on ne connaît pas. Mathieu Charlebois vous en présente quelques-uns… et vous parle de ceux qu’il serait grand temps de créer.

Selon un article de La Presse Canadienne, il n’y a jamais eu autant de partis politiques au Québec. Pas moins de 20 partis sont actuellement autorisés par le Directeur général des élections du Québec.

Il semble que les seuls critères pour pouvoir lancer son propre parti politique soient de recueillir une centaine de signatures et d’être capable de faire un nœud de cravate pour sa photo officielle en veston mal ajusté. (Je n’ai croisé aucune femme au cours de mes recherches sur les petits partis. Comme s’il fallait un égo bien masculin pour se dire : « Il y a peut-être 19 partis, mais aucun ne correspond à ma vision. Le monde a besoin de mes idées. Je vais créer un nouveau parti ! »)

Selon nos calculs, on devrait arriver à un rapport d’un parti par électeur qui se déplace pour voter à l’élection de 2042.

Il y a ceux que l’on connaît déjà tellement qu’on peut les nommer par leurs initiales, comme la CAQ, le PLQ, QS, le DVD, la TPS et le PQ. Mais il y en a aussi beaucoup que l’on ne connaît pas.

Je pense à l’Alliance provinciale du Québec, qui « s’inspire de la théorie de combattre la pauvreté du Québec par la richesse », à défaut de s’inspirer de la bonne syntaxe quand elle écrit sur sa page Facebook.

Il y a aussi le Parti culinaire du Québec, dont la philosophie est : « Et si l’émission Les chefs ! était un programme politique ? » La formation se dit en faveur d’une « gastronocratie », « où la gastronomie dicte les choix de l’État ».

On ignore si le chef du parti, Jean-Louis Thémis, a des tatouages comme les vrais chefs en 2018, mais dans les années 1990, il était chroniqueur à l’émission Le monde dans votre assiette, animée par nulle autre que… Marguerite Blais ! Ça compte presque comme de l’expérience politique.

Le Parti libre est le pendant provincial d’un parti municipal de Saint-Sauveur. La section « Vidéos » de son site n’en contient qu’une : le film La révélation des pyramides. Et si ça ne suffit pas à vous mettre en confiance, voici deux tweets envoyés par le chef du parti : « Le PARTI LIBRE veut etre libre de pouvoir » et « Le Parti LIBRE VOUS DIT DE PRATIQUEZ LE BONHEUR ».

Quant à Citoyens au pouvoir du Québec, c’est le parti auquel Bernard Gauthier s’est joint durant quelques mois, avant de le quitter en décembre 2017. Son esprit semble y vivre encore, puisque la formation a récemment perdu un candidat, qui voulait tenir un référendum pour « supprimer » les mosquées. Enfin ! Quelqu’un qui s’attaque au problème des mosquées qui envahissent… Matane ?

Il y a aussi le Parti nul, qui vise à légitimer les votes blancs (et avant que les gens d’Atalante se réjouissent : le vote blanc, pas le vote DES Blancs), le Parti 51, qui veut « que le Québec devienne un État souverain membre de l’union des États-Unis d’Amérique » (ouin… peut-être dans quelques années ?), et plein d’autres.

Malgré cette avalanche d’options, je vois quand même deux partis qui auraient les moyens de faire le plein de votes, mais qui n’existent toujours pas.

1) La Coalition There is no separatists here, we swear : le parti pour les Anglos qui n’arrivent pas à croire qu’on peut un jour cesser d’être un méchant séparatiste

Pour certains anglophones, le souverainisme est une maladie incurable. Un politicien qui a déjà été pour l’indépendance du Québec, même pendant cinq minutes quelque part en 1981, c’est comme un lépreux qu’il ne faudrait pas toucher, même avec le bout d’un petit crayon mal aiguisé dans une urne un jour d’élection.

Comme cet homme du West Island interrogé par La Presse Canadienne qui a expliqué pourquoi il ne voterait pas pour la CAQ :

« Larry, 64, who didn’t want to give his family name, said he won’t choose Legault.

“Even if (Legault) says he won’t have a referendum, the guy is a former separatist and so is half his party”, he said. “So whether I like what the Liberals are doing or not, at least they (won’t) separate.” »

« Larry, 64 ans, ne voulait pas nous donner son nom de famille et dit qu’il ne choisira pas Legault.

“Même s’il dit qu’il ne tiendra pas de référendum, le gars est un ancien séparatiste, tout comme la moitié de son parti. Que j’aime ce que font les libéraux ou non, au moins ils ne sépareront pas le Québec du Canada.” »

L’indépendance-surprise, c’est ce que craignent beaucoup d’anglophones. Une séparation qui serait faite sans avertissement par un politicien qui avait promis le contraire, mais qui, une fois élu, éclate d’un grand rire machiavélique et se déclare empereur suprême du Québec indépendant.

En 2013, ils ont refusé de voter pour Louise Harel à la mairie de Montréal, de crainte qu’elle ne sépare l’île de Montréal du Canada et impose l’unilinguisme français aux nids-de-poule.

En 2018, ils sont prêts à voter encore pour le PLQ juste au cas où François Legault aurait un plan digne d’un méchant de Scooby-Doo. D’abord, précipiter la mort du PQ, puis se faire élire premier ministre. Une fois assermenté, pouf ! Il enlève son masque et le Québec découvre qu’il s’agissait en fait de René Lévesque, qui a simulé sa mort toutes ces années pour revenir déguisé en politicien sans charisme et faire l’indépendance !

Pour donner à ces frileux anglophones un substitut au Parti libéral, il faut un parti fait juste pour eux : la Coalition There is no separatists here, we swear.

Pour être membre de la CTINSHWS, il faudra d’abord prouver par un document notarié n’avoir jamais été souverainiste, n’avoir jamais pensé même une seule fois que l’indépendance ce n’est pas le démon, et n’avoir jamais même vu un drapeau du Québec. Un tatouage de Pierre Elliott Trudeau est un atout.

2) Le Parti de la santé : le parti qui s’occupe de la santé. Et que de la santé.

Je n’ai pas vérifié, mais je crois que Pierre-Joseph-Olivier Chauveau s’est fait élire en 1867 en promettant de diminuer le temps d’attente pour une saignée, et un ramancheux de famille pour tout le monde. Depuis, toutes les élections sont une suite de promesses devant régler les problèmes dans le domaine de la santé.

On a élu des gens qui n’y connaissaient rien, on a élu des médecins, on a pris un virage ambulatoire, on a pris un virage « payer le médecin 100 dollars s’il se présente à l’heure avec deux bas de la même couleur » : on a tout essayé. Rien n’y fait.

Ne reste qu’une seule solution : ne faire que ça. Ne s’occuper que de la santé. C’est ce que le Parti de la santé pourrait promettre.

Son chef ne serait même pas au courant que le gouvernement a d’autres rôles à jouer. L’éducation ? Vous voulez sûrement parler des cours de médecine. Le transport ? Bien sûr : les ambulances !

Que de la santé, 24/7, pendant quatre ans. On règle le problème pour au moins un siècle, et après on peut passer à autre chose. Vous m’appellerez à ce moment-là, je vous parlerai de mon autre idée : le Parti de l’éducation.