Connaître ses classiques
Élections 2018Regard humoristique

Connaître ses classiques

Dans ce monde où tout change trop vite, le citoyen est en perte de repères. Heureusement, il peut compter sur l’élite politique pour lui fournir des piliers inamovibles. 

Dans le bon vieux temps d’avant 2013, la date de l’élection était la prérogative du premier ministre, qui pouvait la déclencher au moment le plus opportun. Opportun pour lui, bien sûr. Pas pour vous.

Le processus allait comme suit : pendant des semaines, le premier ministre répétait que ben non, il n’y a pas d’élection qui s’en vient, où est-ce que vous avez pris ça, je ne peux pas vous parler plus longtemps car je dois aller annoncer 45 investissements pas du tout électoralistes.

Puis, quelques jours plus tard, surprise-surprise, on était en élection.

Avec les élections à date fixe, ce n’est plus possible. Le gouvernement a quand même encore le choix de faire durer la campagne entre 33 et 39 jours. La rumeur veut que le PLQ vise plutôt 39 que 33.

Parce que les Québécois méritent une semaine de plus de débats ? Parce que c’est ce qu’il y a de mieux pour la démocratie ? Parce qu’il croit que plus François Legault parle longtemps, plus il risque davantage de débouler un escalier ? Je vous laisse choisir.

Si vous demandez à Philippe Couillard si la rumeur d’une campagne imminente est vraie, il se contentera de répéter :

« Je peux vous dire que l’élection aura lieu le 1er octobre. Ha ha ha ! »

Il répétera sa phrase avec le sourire heureux de celui qui respecte une tradition millénaire : commencer chaque élection avec un beau mensonge et beaucoup de partisanerie.

Dans ce monde où tout change trop vite, le citoyen est en perte de repères. Heureusement, il peut compter sur l’élite politique pour lui fournir des piliers inamovibles. Philippe Couillard l’a bien dit en juillet dernier : « Pour le renouveau, ça prend de la continuité. »

Si on attend encore le renouveau de Philippe Couillard (se prépare-t-il à se raser la barbe ? à changer son nom pour Chilippe Pouillard ? à inscrire Gaétan Barrette à des ateliers de gestion de la colère ? Ce suspense me tue !), on est servi en fait de continuité.

Il nous a même récemment servi son plus grand succès : crier RÉFÉRENDUM !

François Legault a beau s’engager à ne pas tenir de référendum, son adversaire libéral demeure sceptique et le soupçonne de conserver la menace référendaire dans sa manche.

« M. Legault dit qu’il va demander des pouvoirs à Ottawa, et si c’est non, il va faire quoi ? Il va peut-être faire des référendums si ça ne marche pas. Est-ce que c’est ça qu’on veut au Québec ? On n’avancera pas et tout le monde le voit très bien. »

La menace référendaire, en 2018. Wow. (*)

Le PLQ et son chef sont comme ces vieux rockeurs boomers sur le pilote automatique qui refont le même spectacle depuis 40 ans. * Lève son briquet dans les airs et gueule comme un perdu * « Wouuuuuh ! Jouez “En cette période d’instabilité économique” ! Faites “Les référendums et la rue !” »

On a déjà hâte que Philippe Couillard blâme le PQ pour tous les problèmes en santé en ressortant les infirmières à la retraite sous Lucien Bouchard en 1997.

Parlant du PQ, il n’y a bien qu’eux pour essayer de se démarquer dans cette symphonie de déjà-vu avec une campagne de publicité qui croise Loco Locass avec Ti-Gus et Ti-Mousse. Ils sont plusieurs à prétendre que c’est la première fois qu’un parti utilise l’humour en campagne électorale.

Vraiment ?

A-t-on déjà oublié le « Je suis prêt » de Jean Charest ? C’était drôle en maudine, ça.

Oh ! J’espère que Philippe Couillard va la ressortir celle-là aussi ! Peut-être en medley avec « Les deux mains sur le volant » ? * Relève son briquet dans les airs * WOUUUUUUHOUUUU !

***

(*) Si on pousse jusqu’au bout l’argumentaire du premier ministre, doit-on comprendre qu’il s’engage à ne rien réclamer du fédéral, puisqu’il ne pourrait rien faire en cas de refus ? Quel inspirant plan de match.