Les humains et ceux qui les élisent
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Les humains et ceux qui les élisent

À quelques jours du déclenchement de la campagne électorale, les larmes de François Ouimet ont inspiré Mathieu Charlebois, qui nous rappelle que la politique est faite par des êtres humains.

Sa photo pour la pancarte électorale était prise.

Il en était au jour 15 de son plan d’entraînement du poignet, prêt pour le marathon de serrage de mains.

Il avait même la parole du premier ministre. Hey ! Si on ne peut plus se fier à la parole d’un politicien, où s’en va le monde, je vous le demande.

Bref, François Ouimet allait être candidat du Parti libéral du Québec dans Marquette et probablement l’emporter une huitième fois. Dans Marquette, ça vote comme si tout le monde copiait sur son voisin. Et le voisin vote libéral.

Puis, il a reçu un appel du premier ministre…

« Frankie Boy ! Hello ! C’est Philou.
Écoute, je suis vraiment désolé, mais il va falloir que tu laisses ta place. Ouin… On a besoin de sang neuf. Mais inquiète-toi pas, on t’a trouvé un successeur de qualité. Tu l’as sûrement déjà vu à la télé.

Non, c’est pas un économiste.

Non, c’est pas un analyste politique non plus, mais tu es proche : il est analyste sportif ! Hey, je te dis que le pool de hockey au caucus va être quelque chose à la prochaine saison !
Entéka, merci pour ton bon travail, Frank. Faut que je te laisse. Byyyyyye ! »

Ouch.

Avez-vous vu le point de presse de François Ouimet, mercredi ? Il y avait là assez de larmes et d’émotion pour alimenter une saison complète de Deuxième chance.

Le moment est manifestement difficile pour le député, mais ses larmes arrivent à un bon moment. À quelques jours du déclenchement d’une campagne électorale, elles rappellent que la politique est faite par des humains.

Des humains qui se joignent à une équipe. Des humains qui prennent des décisions d’humains, ce genre de truc pas toujours logique basé sur un mélange de convictions, d’impressions, et d’une envie de faire ce qu’on croit être le mieux.

C’est trop facile de réduire tous les politiciens à la caricature du profiteur malhonnête qui est là pour son propre intérêt. Les quatre principaux partis présentent des candidats dans chacune des 125 circonscriptions : 500 pourris, ça ferait beaucoup de pourris. Il doit bien y en avoir des bons dans le tas.

Mercredi, Ouimet pleurait d’être trahi par les humains de son équipe. Au-delà des lignes partisanes, on peut tous comprendre ça.

Souvenons-nous de cette sensation, stockons-la quelque part et revisitons-la tout au long de la campagne, histoire de nous rappeler que la personne qu’on est en train d’haïr et d’insulter, c’est aussi un être humain qui a probablement fait de son mieux.

Les politiciens eux-mêmes ont intérêt à ne pas l’oublier.

La sortie publique de Ouimet, Philippe Couillard n’avait vraiment pas besoin de ça. Son annonce de près d’un milliard de dollars sur cinq ans pour aider les entreprises par rapport aux tarifs de Trump a été reléguée à un « (voir l’encadré) » dans La Presse d’aujourd’hui. Un encadré à 835 millions de dollars, ça fait cher le mot.

Les politiciens sont des humains. Les journalistes sont des humains. Et les électeurs sont des humains. L’émotion compte parfois plus que la raison. Le « x » sur le bulletin se fait souvent pour des raisons pas complètement logiques.

***

Ainsi, Philippe Couillard a serré la main de François Ouimet, il l’a regardé dans les yeux et il lui a réitéré sa confiance.

Si je pouvais faire semblablement, je lui serrerais la main, le regarderais dans les yeux et je lui dirais… « Excusez-moi, vous êtes qui, vous, exactement ? »

Parce que, soyons honnête, François Ouimet est connu comme Steve dans la Passion. (Steve. Le frère pas connu de Barabbas.)

Malgré 24 ans en politique, si on arrête Ouimet dans la rue, c’est probablement pour lui demander si c’est lui, le monsieur avec des grosses lunettes qui dit « Bonne semaine ! » dans les annonces à la télé.

Vingt-quatre années à l’Assemblée nationale, ce n’est pourtant pas rien ! Ça veut dire qu’il a traversé deux mandats dans l’opposition, les années Charest, la commission Charbonneau, la crise étudiante et qui sait combien de discours imbuvables de Jean-Marc Fournier… et il est encore là !

J’ai toujours dit que lorsqu’on ne connaît pas le nom d’un député, c’est soit qu’il ne fait rien, soit qu’il fait trop bien son travail.

Je ne sais pas dans quelle catégorie se classe M. Ouimet. Je ne le connais pas. Mais dans un esprit d’ouverture envers mes frères et mes sœurs, ces humains qui font de la politique, je vais choisir aujourd’hui la deuxième option sans même vérifier.

Je vais même lui souhaiter un bon repos. Et lui rappeler que s’il veut voter pour un autre parti que le PLQ, maintenant, il peut. Lâchez-vous lousse, M. Ouimet ! Vous verrez que la vengeance est douce au cœur du simple citoyen.