7 questions aux chefs – Jean-François Lisée
Élections 2018

7 questions aux chefs – Jean-François Lisée

L’actualité s’est entretenu ces derniers jours avec les chefs des quatre principaux partis. Nous leur avons posé les sept mêmes questions, afin de comparer leurs réponses. Voici celles de Jean-François Lisée, chef du Parti québécois.

Pour comparer les réponses des quatre chefs, c’est par ici.

Quel est le grand enjeu de la campagne électorale ?

La crédibilité. Tout le monde va dire du bien de l’éducation, de la jeunesse, de l’immigration ou de l’environnement, mais la crédibilité de nos propositions va être facile à démontrer. Quand Philippe Couillard dit qu’il peut baisser les impôts et les taxes scolaires sans qu’il y ait de l’austérité, il n’est pas crédible, parce qu’il pense qu’il n’y a pas eu d’austérité dans son mandat, ce qui est complètement faux. François Legault dit qu’il va baisser encore davantage les taxes scolaires, qu’il va augmenter les dépenses et qu’il n’y aura pas d’austérité. Ce n’est pas crédible. On en appelle au gros bon sens des Québécois, en leur disant que les autres partis essaient d’acheter leurs votes. Nous, on est directs, on regarde les Québécois dans les yeux et on leur dit : on a besoin de chaque dollar pour offrir des services.

Y a-t-il un problème important dont on ne parle pas assez ?

Les salariés non syndiqués. Un sondage de la Commission des normes du travail montre que 37 % des salariés non syndiqués n’ont pas été payés adéquatement pour leurs heures supplémentaires, ont été payés moins que le salaire minimum ou n’ont pas été payés pour leurs vacances. Ça signifie que chaque mois, au Québec, 100 000 salariés se font escroquer, ce qui représente 20 millions de dollars. Personne n’en parle ! On a ici un patronat exemplaire quand on le compare au reste de l’Amérique du Nord. On a des patrons généralement progressistes. Mais il y a des patrons, quelques centaines ou quelques milliers, qui volent chaque semaine leurs salariés, souvent des femmes, des jeunes et des immigrants.

Y a-t-il un trésor caché, quelque chose qui va bien, dont on devrait parler davantage ?

Il y a plein de trésors au Québec. J’étais dans le Bas-Saint-Laurent récemment, avec des petits producteurs bios et la remarquable chef Colombe St-Pierre, au Bic, et c’était merveilleux. Il y a un appétit des produits locaux et authentiques qui se développe. On a un goût pour le goût ! On a eu notre phase pizza pochette, et là, on veut que nos fruits et légumes goûtent quelque chose ! Il faut donner plus de moyens et de visibilité aux producteurs locaux.

Est-ce que le débat sur la place du Québec au sein du Canada est terminé ?

Non. C’est comme si vous me demandiez si les tremblements de terre en Californie sont finis parce qu’il n’y en a pas eu depuis trois ans. Ben non ! Jacques Parizeau disait qu’on ne peut pas demander à un peuple d’être toujours tendu comme une corde de violon. Ça n’empêche pas le violon d’être désaccordé ! Le Québec n’est pas reconnu dans le Canada. On ne fera pas l’indépendance dans un premier mandat, on va la faire dans un deuxième mandat, mais dans un premier mandat, je vais rappeler l’incroyable injustice qui fait que le Québec est privé de trois à quatre milliards de dollars d’investissements productifs par année.

Est-ce que l’identité québécoise est menacée ?

Elle est sous pression. Le recul du français dans la région de Montréal est documenté. Il y a de plus en plus de gens qui parlent le français comme langue seconde, et il y a de plus en plus de gens qui parlent l’anglais comme seconde langue aussi, et on applaudit aux deux. Mais la prédominance de l’un sur l’autre est problématique. Quand 60 % des offres d’emploi à Montréal exigent la connaissance de l’anglais, même pour des « pelleteux » de neige, c’est inacceptable ! La connaissance et la légitimité de l’histoire du Québec sont aussi sous pression. Notre histoire ne semble plus avoir de poids dans le débat. Il y a aussi un progrès du trudeauisme dans la société québécoise et montréalaise. C’est le temps de retrouver un sain équilibre entre l’ouverture, la confiance, la fierté et le respect pour l’histoire et les valeurs du Québec.

En tant qu’aspirant premier ministre, vous allez peut-être devoir composer avec un certain Donald Trump aux États-Unis. Quelle est son influence sur le Québec et la politique québécoise ? Et comment vous y pendrez-vous avec lui ?

Il n’y a pas de preneurs pour le trumpisme au Québec et c’est très sain. Même François Legault, qui avait eu une tentation de se coller sur Trump au lendemain de sa victoire, a repris ses sens. On a été épargné par la publicité mensongère au Québec, alors qu’aux États-Unis, ils mentent carrément. J’espère qu’on ne verra pas ça et que les médias seront intraitables envers un parti ou un candidat qui passerait le cap de la critique vers le mensonge. Comme premier ministre, comment fonctionner avec Trump ? Il faut être unis, comme les pays du G7 et Trudeau l’ont été. Ensuite, ça prend de la patience. Le temps passe, et peut-être que les élections aux États-Unis vont faire que ce problème va s’amenuiser, qui sait ? Mais que Trump soit là ou non, le nationalisme économique est toujours une réponse pour renforcer le Québec. Par exemple, que les trains du REM soient construits en Inde, alors qu’on en construit ici, c’est scandaleux !

De nombreux citoyens ne font plus confiance aux politiciens. Pourquoi devraient-ils vous croire pendant cette campagne ?

C’est une réalité qui n’est pas que québécoise, mais internationale. Avoir vécu 15 ans de règne libéral, avec des enquêtes de corruption qui n’aboutissent pas — on va aller voter alors qu’on ne connaît pas la conclusion sur les suspects libéraux, je trouve ça très grave —, ça ajoute certainement. Ça nuit à la crédibilité de la classe politique en entier, même si personne au PQ ne fait l’objet d’une enquête. En disant aux Québécois les choses telles qu’elles sont, notamment sur l’impossibilité de baisser les impôts si on veut augmenter les services, parce qu’on a plus d’enfants en difficulté qu’avant, qu’on a plus d’aînés qui ont besoin de soins à domicile, qu’on a plus d’érosion des berges qu’avant, qu’on a plus de canicules qu’avant, alors il faut climatiser… C’est difficile de ne pas céder à la tentation de dire ce que les gens veulent entendre. Je vais traiter l’électeur comme une personne qui a du bon sens, intelligente et qui ne se fait pas avoir.