7 questions aux chefs – Manon Massé
Élections 2018

7 questions aux chefs – Manon Massé

L’actualité s’est entretenu ces derniers jours avec les chefs des quatre principaux partis. Nous leur avons posé les sept mêmes questions, afin de comparer leurs réponses. Voici celles de Manon Massé, co-porte-parole de Québec solidaire.

Pour comparer les réponses des quatre chefs, c’est par ici.

Quel est le grand enjeu de la campagne électorale ?

La santé. Les budgets d’austérité des 20 dernières années, depuis Lucien Bouchard, ont nui au système de santé et ont diminué la qualité des services. Mon récent passage dans le système de santé public, lorsque je me suis cassé la jambe, ce printemps, m’a fait comprendre à quel point on manque de personnel. On souhaite que la porte d’entrée du système soit les CLSC, que ce soit là qu’on traite les petits bobos, pas aux urgences de l’hôpital. On veut que les CLSC soient ouverts sept jours sur sept et 24 heures sur 24. On veut aussi changer le mode de rémunération des médecins pour récupérer de l’argent, et mettre sur pied Pharma-Québec, pour économiser sur le coût des médicaments.

Y a-t-il un problème important dont on ne parle pas assez ?

Le mode de scrutin. Ça n’a pas de bon sens qu’au Québec des gens votent et que leur vote ne compte pas, parce qu’ils sont dans une circonscription décidée d’avance ou parce que le gagnant rafle tout, même s’il n’a pas la majorité des voix. Moi, j’ai gagné dans Sainte-Marie–Saint-Jacques, mais il y a plus de gens qui n’ont pas voté pour moi que de gens qui m’ont appuyée ! Leurs votes ont été perdus. Ça alimente le cynisme. Ce n’est pas bon pour une démocratie.

Y a-t-il un trésor caché, quelque chose qui va bien, dont on devrait parler davantage ?

Oh, bonne question ! Je dirais le cri des régions. Ce cri fait mal, parce que certaines régions souffrent, mais il témoigne aussi d’une volonté de s’en sortir, d’une vitalité de nos régions. Ces gens disent : on existe et on contribue au Québec ! Ils sont dans le tourisme, l’agriculture et l’innovation. Ils ont juste besoin d’un petit coup de pouce, notamment dans le transport, pour faciliter l’accès à leur coin de pays. La moindre des choses serait de leur fournir Internet, torrieux !

Est-ce que le débat sur la place du Québec au sein du Canada est terminé ?

Non ! Et ce n’est pas parce que le Canada n’est pas fin, on n’est pas là-dedans. Notre aspiration indépendantiste, c’est une volonté profonde de donner aux Québécois les moyens de rêver, et de rêver à ce qu’ils veulent en écrivant la Constitution du Québec. Par exemple, si on veut protéger notre eau potable, on va l’inscrire dans la Constitution. Notre langue ? On la met dans la Constitution, et ainsi de suite. 

Est-ce que l’identité québécoise est menacée ?

Menacée ? Non, je ne pense pas. C’est certain qu’avec l’anglicisation de la planète, il y a un enjeu pour notre langue. Mais si on investit dans la culture et qu’on se redonne la fierté d’être différent, la menace ne sera pas très présente. Si la question sous-entend l’arrivée des immigrants, j’ajoute que les personnes qui viennent s’installer chez nous pour contribuer à notre société et à notre vie collective en acceptant certains principes, tels que le français comme langue commune, sont les bienvenues. L’immigration n’est pas un problème. C’est l’intégration qui a parfois été un problème dans les dernières années.

En tant qu’aspirant premier ministre, vous allez peut-être devoir composer avec un certain Donald Trump aux États-Unis. Quelle est son influence sur le Québec et la politique québécoise ? Et comment vous y pendrez-vous avec lui ?

Les accords de libre-échange qui nous lient aux États-Unis nous ont rendus très dépendants de notre voisin, alors quand un Donald Trump arrive et remet tout en question, le réflexe est de protéger les ententes commerciales. Dans un Québec indépendant, nous souhaiterions renégocier plusieurs de ces accords-là. Il faut qu’on mette en place une économie qui ne soit pas tournée vers l’exportation, mais tournée vers le peuple québécois. C’est vrai sur le plan alimentaire, c’est vrai sur le plan énergétique aussi. On doit développer l’économie locale, les circuits courts ou l’économie circulaire. Nos producteurs agricoles exportent, mais ne sont pas capables de vendre à l’épicerie à côté de chez eux, parce qu’elle achète les produits à l’étranger. Il ne faut pas que les produits franchissent des océans avant d’arriver ici. Pour ce qui est du bois d’œuvre, il faut vendre plus près de chez nous et forcer les promoteurs à utiliser plus de bois dans leurs constructions.

De nombreux citoyens ne font plus confiance aux politiciens. Pourquoi devraient-ils vous croire pendant cette campagne ?

Parce que Québec solidaire dit la même affaire depuis 12 ans. On est d’une constance irréprochable. On souhaite répondre à des besoins concrets du monde, comme l’assurance dentaire gratuite pour tous. Même chose pour la diminution des tarifs du transport en commun ou la hausse du salaire minimum. On va montrer où on va prendre les revenus pour nos dépenses.