Les miettes de promesses
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Les miettes de promesses

Les micropromesses prennent vraiment beaucoup de place dans la campagne. Pourtant, Mathieu Charlebois a beau les additionner, elles ne se transforment pas pour autant en un projet pour le Québec.

Je naviguais tranquillement sur Facebook (façon de dire que j’avais mille choses à faire, mais que ça ne me tentait pas) quand j’ai vu passer une publication de la page de Philippe Couillard lui-même.

« Le prix des stationnements dans nos établissements de santé est un problème que nous reconnaissons depuis longtemps », disait-elle. L’accompagnait un graphique promettant deux heures de stationnement gratuites à l’hôpital, et un maximum de sept dollars par jour.

« Wow ! me suis-je dit. J’ai presque hâte que grand-papa se fracture la hanche ! »

Mais une fois l’excitation passée, j’ai relu la publication. « Le prix des stationnements dans nos établissements de santé est un problème que nous reconnaissons depuis longtemps. »

Ben saperlipopette ! Si seulement M. Couillard avait été au pouvoir, qui sait ce qu’il aurait pu faire pour régler ce problème…

Je suis bien content de penser que les familles n’auront plus à prendre une deuxième hypothèque pour pouvoir visiter un proche malade. Ce n’est pas normal qu’une place de stationnement coûte le même prix qu’un gros format de maïs soufflé au cinéma.

Je suis bien content, mais je suis aussi un peu abasourdi qu’on parle ici d’une promesse officielle, avec conférence de presse et articles de journaux qui s’ensuivent.

À une certaine époque, on promettait un réseau de garderies à cinq dollars par jour. Aujourd’hui, on en est à promettre des places de stationnement à sept dollars par jour. Je vous laisse deviner quel projet risque le plus de marquer la société.

Cette annonce n’est pas une anomalie ou une exception : le PLQ fait simplement de la surenchère sur un engagement semblable de la CAQ. Depuis le début, la campagne est parsemée de ce que j’appelle des micropromesses. Des promesses qui concernent des recoins vraiment précis de notre vie de citoyens.

On pense au PQ qui veut nous aider à faire les lunchs, à nous trouver un partenaire de covoiturage, et je ne serais pas surpris que Jean-François Lisée se propose personnellement pour venir ramasser notre enfant chaque matin pour l’amener à l’école. (Ben non, ça le dérange pas, « c’est sur le chemin de toute façon ».)

Ce serait malhonnête de prétendre qu’il n’y a que des micropromesses, évidemment. On peut trouver des projets plus gros et plus importants. Québec solidaire qui promet une station de métro par personne. La CAQ qui promet que nos petits-enfants ne seront pas unilingues anglophones même s’ils s’appellent tous Megan et Keven. Et cet énième débat sur l’immigration qui me donne envie, à moi, d’immigrer.

Il n’en demeure pas moins que les micropromesses prennent vraiment beaucoup de place. On les met en avant. On en fait même une publication sur la page Facebook du premier ministre sortant. Mais on a beau les additionner, elles ne se transforment pas pour autant en un projet pour le Québec.

Un million de miettes, ça ne compte pas comme une miche de pain.

Décider si nos 50, 40 ou 30 000 immigrants devraient être obligés de passer leur test de valeurs en français avant ou après leur déportation, c’est peut-être important, mais ça m’étonnerait qu’on en parle dans les livres d’histoire dans 50 ans.

Pourtant, chers politiciens, si vous cherchez un projet pour le Québec, des défis qu’on pourrait relever tous ensemble, quelque chose d’un peu plus structurant que de climatiser les CHSLD, vous pourriez regarder du côté de l’environnement.

C’est quoi votre plan à moyen et long terme ? Quelle est votre vision ? Ne pensez-vous pas qu’on est mûrs pour un projet draconien et sérieux en la matière ?

Parce qu’au rythme où les glaciers fondent, mes petits-enfants ne me visiteront pas à l’hôpital en auto, mais bien en canot.