Granby : Laissée à elle-même
Élections 2018

Granby : Laissée à elle-même

Pourquoi Granby est-elle la seule circonscription de sa région à traîner la patte ?

Pour aider les électeurs à faire leur choix, L’actualité a passé au peigne fin les 125 circonscriptions du Québec… et a fait des découvertes surprenantes. Ce texte fait partie d’un grand dossier de 30 pages d’analyses et de reportages qui jettent un éclairage nouveau sur les élections du 1er octobre prochain.

« Granby, c’est au commencement de tout, mais à la fin de rien ! » lance en riant Paul Sarrazin, préfet de la MRC de La Haute-Yamaska, dont Granby est la ville dominante avec ses quelque 60 000 habitants. Ce n’est toutefois pas parce que Paul Sarrazin trouve le moyen d’en rire que c’est drôle. « On est un peu perdu entre Montréal et Sherbrooke, et on n’a pas toute l’attention qu’on mérite de la part du gouvernement », dit-il.

Le système routier est dans un piètre état, particulièrement la route 139, un tronçon vital d’une douzaine de kilomètres qui relie Granby à l’autoroute 10 et dont le projet d’agrandissement et de réfection dort dans un tiroir du ministère des Transports depuis des années, et ce, même si Granby et ses environs reçoivent 2,2 millions de touristes par année, notamment grâce à la popularité du zoo.

 

 

Les urgences débordent et l’hôpital n’a reçu aucun investissement important depuis des lustres, contrairement aux installations des villes environnantes. « Le Dr Couillard a fait son stage ici, et je pense que c’est encore la même peinture sur les murs ! » lance Pascal Bonin, maire de Granby depuis 2013.

Depuis 20 ans, pendant que la circonscription de Granby stagne ou recule, ses voisines de Brome-Missisquoi, d’Iberville et de Johnson progressent. Elle se situe au 109e rang de notre classement des circonscriptions. « Granby la fière », comme on la surnomme parfois dans la région en raison du fort sentiment d’appartenance de ses habitants, souffre sans rien dire.

Le revenu moyen des habitants de Granby est sous la moyenne provinciale, et les salaires progressent moins vite que dans le reste du Québec. Le taux de chômage y est par contre constamment plus bas qu’ailleurs. « Nos salaires sont moins élevés, mais il y a des emplois. Le coût de la vie est aussi moins cher », explique Paul Sarrazin.

Ce sont les plus petites villes voisines et cossues de Shefford et de Bromont, qui renferment environ 8 000 habitants chacune, qui drainent la richesse, estime Paul Sarrazin. « Les professionnels s’y installent, alors que Granby garde les problèmes typiques d’une ville de service, avec un peu plus de pauvreté. »

Depuis 20 ans, Granby vieillit plus vite que la moyenne provinciale, alors que les 65 ans et plus abondent et que les familles se font plus rares. « On est l’eldorado des retraités. Ceux qui veulent une bonne qualité de vie pour moins cher qu’à Montréal viennent ici », dit Pascal Bonin.

Écartelée entre Montréal et Sherbrooke, qui reçoivent les investissements publics importants, Granby se sent abandonnée par l’État depuis plusieurs années. « On ne peut compter que sur nous-mêmes ici, parce qu’on ne peut pas se fier au gouvernement ! En cinq ans, je n’ai jamais reçu un appel du premier ministre, et il n’est jamais venu ici. Est-ce parce qu’on ne vote pas du bon bord qu’on est ignorés, alors que les circonscriptions autour votent rouge ? Elles obtiennent pas mal plus d’argent pour leurs projets que nous. »

Le maire donne les exemples de la réfection du centre-ville, qui s’amorcera en 2020 pour un coût de 20 millions de dollars, et la transformation de l’église Notre-Dame en pavillon du cégep de Granby, avec à la clé une facture de 13 millions de dollars. Deux chantiers boudés par Québec. « Je dois garder mes familles ici pour assurer la croissance de la ville, alors je ne peux pas attendre une aide qui ne vient jamais », lance Pascal Bonin, qui vante toutefois le dynamisme des PME de la ville, qui ont rempli le parc industriel de 13 000 emplois dans les dernières années, ce qui aide la municipalité à financer ses initiatives.

Pour aider Granby à rebondir, le préfet Sarrazin et le maire Bonin souhaitent que cette circonscription cesse d’être un simple point sur la carte entre Montréal et Sherbrooke. « On a toujours été un bon élève, et les bons élèves n’ont pas besoin d’attention. Mais là, ça ralentit notre développement », dit Pascal Bonin.