Cette impression de me faire prendre pour un nono
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Cette impression de me faire prendre pour un nono

De la théorie du complot de Jean-François Lisée aux amis pauvres de Philippe Couillard en passant par les hésitations de François Legault, Mathieu Charlebois a parfois l’impression que les politiciens se moquent des électeurs.

Est-ce la fatigue ? Je veux dire… Je rêve ces jours-ci d’habiter dans une dictature, mais ça ne veut pas dire pour autant que cette élection est trop longue. N’est-ce pas ?

Toujours est-il que depuis une semaine, j’ai l’impression de me faire prendre, moi, l’électeur, pour un nono.

Je pense à Jean-François Lisée, qui s’est rappelé cette semaine qu’il n’y a rien qu’un électeur péquiste aime plus qu’une bonne vieille théorie du complot.

* Partez la musique d’Halloween *

La une de La Presse Plus contient des messages codés ! Quand tu écoutes le Téléjournal de Radio-Canada à l’envers, tu peux entendre le Ô Canada ! Québec solidaire est secrètement dirigé par le cerveau de Trotski conservé dans un bocal de formol !

Whouuuuuuuuu !

Bon, peut-être pas Trotski dans le formol, mais il n’en demeure pas moins que le mystérieux chef de QS reste caché parce que… parce que… personne ne nous dit exactement pourquoi.

C’est vous dire à quel point le complot a de profondes racines !

Wouuuuuuuuuuuuh !

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Philippe Couillard aussi nous prend pour des nonos avec ses histoires d’épicerie à 75 $. Remarquez, c’est possible que ça ne coûte pas cher d’épicerie à Philippe Couillard s’il passe ses semaines avec un pied dans la bouche.

Sa bourde a même attiré l’attention de la BBC, qui en a fait un article. Bonne chance pour faire élire un député libéral dans la circonscription de Londres-Matapédia maintenant.

Les journalistes ont consulté des nutritionnistes et leur verdict est sans appel : ce n’est pas possible de faire une épicerie pour si peu. À ces prétendus « experts », Philippe Couillard répond ceci :

« Malheureusement, ces nutritionnistes n’ont pas rencontré les bonnes personnes. Il faut rencontrer les gens. Moi, je connais personnellement du monde qui l’a fait et qui le fait. »

Certains ont des amis noirs, Philippe Couillard a des amis pauvres.

Le premier ministre nous a aussi offert son truc du porc sans fin, qui commence en rôti, continue en pâté chinois, se transmute en macaroni pour finalement se multiplier en sandwichs. Comme le dit le proverbe : « Si tu donnes un poisson à un homme, il mangera un jour. Si tu lui donnes un rôti de porc, il va être correct pour au moins deux semaines. »

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Et finalement, les explications de François Legault sur ses mesures en immigration.

On connaît sa proposition : les nouveaux arrivants vont devoir passer des tests. C’est assez important pour en faire une promesse électorale, mais s’ils ne les réussissent pas, ils vont pouvoir les reprendre autant de fois qu’ils le veulent. Ils ont trois ans pour y arriver, mais on peut aussi leur donner une année de plus.

Et si des immigrants n’y arrivent pas malgré toutes ces chances, eh bien…  ça dépend du moment auquel vous demandez à François Legault.

Un jour, ce n’est pas grave si on les déporte, parce qu’on parle « d’expulser des gens qui ne sont pas encore citoyens ». Le lendemain, il nous assure que si c’est un père de famille, on ne l’expulsera pas non plus.

Oh, et de toute façon, le surlendemain, le chef caquiste va ajouter qu’il « n’est pas question d’expulser une personne. On dit qu’on ne va pas les accepter. »

Grosse nuance.

Et que va-t-il arriver à une personne qui n’est « pas acceptée » ? Pour le savoir, il faut demander au gouvernement fédéral, nous dit Legault.

Legault nous propose d’être comme le père qui répond : « Va demander à ta mère » quand son ado lui demande une permission spéciale. Au final, l’ado va se faire dire non et l’immigrant qui est ici depuis trois ans va se faire retourner dans son pays, mais pas directement par nous. Nous, on va pouvoir continuer à croire qu’on est un parent cool, et c’est tout ce qui compte.

Franchement, je ne me souviens pas avoir déjà vu un politicien mettre autant d’énergie à essayer de convaincre l’électorat que les mesures qu’il veut mettre en place n’auront AUCUNE incidence.

Nous prendre pour des nonos, est-ce que ça fait partie des valeurs québécoises ? Est-ce que ça va être dans le test ?