La Coalition Avenir Québec aux portes du pouvoir
Élections 2018

La Coalition Avenir Québec aux portes du pouvoir

À la veille du scrutin, le scénario le plus probable demeure une victoire majoritaire de la CAQ. Le PLQ conserve une petite chance de l’emporter. Le PQ joue sa survie, QS construit son avenir. Explications avec Philippe J. Fournier.

Nous y sommes enfin. La toute première élection québécoise à date fixe aura lieu demain, le lundi 1er octobre 2018. Selon toute vraisemblance, et malgré le fait que la campagne électorale proprement dite pourrait ne pas avoir marqué l’imaginaire québécois, le résultat de cette 42e élection générale au Québec pourrait chambarder l’échiquier politique pour les générations à suivre.

Depuis près d’un an, la Coalition Avenir Québec trône seule en tête des intentions de vote. Le Parti libéral du Québec, au pouvoir de 2003 à 2012, puis de 2014 à aujourd’hui, demeure encore et toujours compétitif, mais ses appuis ont nettement baissé depuis sa victoire majoritaire de 2014, où il avait remporté 70 sièges avec 41,6 % des suffrages.

Voici les sondages depuis le début de la campagne. Les lignes pâles représentent les moyennes pondérées :

[Pour consulter la liste complète des sondages, visitez cette page. Les petits points au bas du graphique : vert = Parti vert du Québec ; bleu foncé = Parti conservateur du Québec ; violet = Nouveau Parti démocratique du Québec.]

Voici donc la projection électorale Qc125 du 30 septembre 2018, soit la projection finale de la campagne Québec 2018.

Projection du vote populaire

Nous terminons cette campagne avec une égalité statistique en tête des intentions de vote. En effet, la Coalition Avenir Québec obtient une moyenne de 31,6 % du vote populaire, contre 31,3 % pour le Parti libéral du Québec. Les intervalles de confiance des deux partis sont presque parfaitement superposés, de telle sorte que le modèle Qc125 ne parvient pas à déterminer avec un haut taux de certitude lequel de ces deux partis remportera la plus grande part des suffrages demain (pour les sièges, c’est une autre histoire… voir plus bas).

Si nous comparons ces moyennes du vote populaire avec les valeurs au début de la campagne (projection du 20 août 2018 : « L’avance peu confortable de la Coalition Avenir Québec »), voici ce que nous obtenons :
Même si elle est encore en tête des intentions de vote à la veille du scrutin, la Coalition Avenir Québec a enregistré le recul le plus important de tous les partis durant cette campagne avec une baisse de 3,2 points par rapport à la projection du 20 août. De plus, pendant que le PLQ et le PQ ont fait du surplace, Québec solidaire a effectué un bond de géant en passant d’une moyenne de 9,6 % à 15,1 % au cours de la campagne, une hausse majeure de 5,5 points.

Projection des totaux de sièges

Comment ces appuis se traduisent-ils en sièges ? La Coalition Avenir Québec arrive bonne première et remporte une moyenne de 62,7 sièges — essentiellement la limite nécessaire pour une majorité à l’Assemblée nationale.


Malgré cette avance de la CAQ, le Parti libéral du Québec demeure compétitif avec une moyenne de 43,9 sièges. Même s’il est encore possible que le PLQ remporte l’élection avec ces chiffres (voir plus bas), les probabilités d’une majorité libérale sont astronomiquement basses. Si un tel scénario devait survenir demain soir, l’industrie du sondage au Québec entrerait certainement dans une importante période de questionnement.

Le Parti québécois se trouve tout juste à la limite du seuil de reconnaissance officielle de parti avec une moyenne de 11,7 sièges.

De son côté, Québec solidaire remporte une moyenne de 6,7 sièges. Il est en tête ou compétitif dans 10 circonscriptions. Pour la première fois de son histoire, QS pourrait remporter une ou des circonscriptions hors de l’île de Montréal.

En arrondissant les moyennes de sièges à l’unité près, voici ce que nous obtenons :

[Pourquoi la moyenne péquiste est-elle arrondie à 11 plutôt que 12 ? Parce que si on arrondissait chacune des valeurs vers le haut, le total serait de 126 sièges. Pour arriver à 125, il suffit d’arrondir vers le bas le chiffre dont la deuxième décimale est la plus basse — dans ce cas, celle du PQ.]

Projection du résultat de l’élection

Cette projection électorale Qc125 est le résultat de 50 000 simulations d’élections générales. Quels sont les résultats de ces 50 000 simulations ? Voici :

À moins d’une erreur magistrale (et historique) des sondages de cette campagne, seulement quatre scénarios demeurent plausibles pour l’élection de demain. Les voici :

1 – La CAQ majoritaire

Probabilité : 55,1 % (environ 11 chances sur 20)

Selon les données disponibles, le scénario le plus probable est l’élection d’un gouvernement majoritaire de la Coalition Avenir Québec. En isolant les simulations qui aboutissent à cette éventualité, voici les moyennes de sièges et du vote populaire pour chacun des partis :

Nous remarquons que, dans les simulations où la CAQ remporte une majorité, elle obtient en moyenne 33 % du vote populaire. De plus, dans ces scénarios, le PQ tombe à une moyenne d’à peine huit sièges, ce qui serait la pire récolte de ce parti depuis 1973.

2 – La CAQ minoritaire

Probabilité : 32 % (environ 1 chance sur 3)

Quels seraient les facteurs qui limiteraient la CAQ à une minorité de sièges à l’Assemblée nationale ?


Nous pouvons remarquer deux caractéristiques distinctes dans ces scénarios. Premièrement, selon ces données, le PLQ remporte le vote populaire par un écart moyen de 1,2 %. Deuxièmement, le Parti québécois grimpe jusqu’à une moyenne de 15 sièges.

3 – Égalité entre la CAQ et le PLQ

Probabilité : 1,2 % (environ 1 chance sur 85)

Voici un scénario qui ne s’est jamais produit dans l’histoire du Québec : une égalité du total de sièges à la suite d’une élection générale. Voici les projections de sièges et du vote populaire de ces simulations :


Encore une fois, nous remarquons que le PQ devrait augmenter sa moyenne de sièges à environ 15 pour réduire le total de la CAQ, mais, surtout, le PLQ devrait remporter le vote populaire par un écart moyen de 3,4 % sur la CAQ.

En effet, le PLQ pourrait remporter les suffrages par trois points ou plus et ne pas être assuré de la victoire.

Dans une telle éventualité, Philippe Couillard serait toujours premier ministre le lendemain de l’élection, mais dès la première séance parlementaire, il serait soumis à un vote afin d’obtenir la confiance de l’Assemblée. Dans le cas d’un échec, le gouvernement serait défait et François Legault pourrait demander au lieutenant-gouverneur de lui accorder l’occasion de gagner la confiance de l’Assemblée à son tour.

4 – Le PLQ minoritaire

Probabilité : 11,7 % (environ 1 chance sur 9)

Oui, selon les chiffres de cette projection, le PLQ pourrait encore remporter une pluralité de sièges (mais pas une majorité, à moins d’une erreur majeure de toutes les maisons de sondage qui ont été sur le terrain pendant la campagne). Voici les conditions nécessaires pour que ce scénario se réalise :


Nous pouvons remarquer que le PQ devrait surperformer pour récolter une moyenne de 17 sièges et plus, et que le PLQ devrait obtenir une prime à l’urne majeure en obtenant en moyenne 33,3 % du vote populaire. De plus, la CAQ devrait sous-performer dans les derniers sondages et n’obtenir que moins de 30 % du vote populaire.

En conclusion

Cette campagne électorale aura été toute une aventure, de mon point de vue personnel. Bien que je ressente toujours une dose importante de doute en publiant cette projection finale, je tiens à souligner ceci : cette projection ne sera peut-être pas précise demain soir, mais au moins elle aura été honnête.

J’ai tenu mordicus, depuis le début de Qc125 et de ma collaboration avec L’actualité, à demeurer le plus objectif possible à la fois dans ma méthode et dans mes analyses. De plus, je m’étais fixé comme objectif de respecter, autant que faire se peut, la méthode scientifique qu’on m’a enseignée lors de mes études universitaires ; méthode que je tente, lors de chaque semestre collégial depuis 15 ans, d’enseigner à mon tour à mes étudiants inscrits en sciences de la nature au cégep de Saint-Laurent.

Les sondages, quoi qu’en pensent leurs détracteurs, sont des expériences scientifiques. Toutefois, contrairement à des expériences sur des électrons ou des galaxies, les sondages tentent de mesurer et quantifier les humeurs d’êtres humains d’une même collectivité. Et comme l’a dit l’astrophysicien Hubert Reeves à plusieurs reprises : « Les êtres humains sont fort plus complexes que les étoiles. »

Dans l’étude de l’opinion publique, la cible visée est en constant changement et les biais méthodologiques pour l’étudier, quoique involontaires, sont inévitables. Il y a du bruit et des fluctuations qui se mélangent aux données, et c’est cette caractéristique incertaine de la nature même des sondages qui peut créer autant de confusion chez les non-initiés.

J’ai fait de mon mieux pour écrire sur les sondages et les projections de la même façon dont j’ai construit du matériel de cours pour mes étudiants depuis le début de ma carrière. Des erreurs peuvent survenir, mais à long terme, elles se corrigent d’elles-mêmes si l’honnêteté et l’intégrité sont au rendez-vous.

Merci à tous les lecteurs et lectrices de Qc125 pour leur soutien.

À propos de la méthodologie :
Cette projection électorale Qc125 est basée sur les sondages des sociétés Léger, CROP, Recherche Mainstreet et Ipsos publiés au Québec lors des deux dernières semaines. Le modèle utilise également les données du recensement canadien et l’historique électoral des 125 circonscriptions du Québec afin de déterminer les tendances et corrélations entre les régions de la province. De plus, il utilise une distribution non proportionnelle des indécis liée à l’historique des résultats des sondages électoraux au Québec. Chaque sondage employé dans cette projection est pondéré selon la taille de son échantillon et sa date de terrain. Les sondages récents possèdent une pondération plus importante. Pour plus de détails sur la méthodologie Qc125, visitez cette page.