À la CAQ et QS la guerre de l'attention, selon Google
Élections 2018

À la CAQ et QS la guerre de l’attention, selon Google

Si on se fie aux données de Google Trends, la Coalition Avenir Québec aurait totalisé encore cette fin de semaine de 35 % à 40 % des recherches, suivie de près par QS. Parmi les chefs, Manon Massé est celle qui a le plus retenu l’attention.

Les électeurs se présentent aux urnes et on se demande déjà s’ils feront mentir les sondages. Des enquêtes d’opinion qui comportent une marge d’erreur, notamment parce que les personnes sondées ne s’ouvrent pas toujours aux sondeurs et ne leur avouent pas toujours leur choix.

Sur le Web, en revanche, les données publiques des moteurs de recherche peuvent donner une bonne indication de la volonté populaire. Et même si Google ne peut pas dire qui a remporté la campagne, il est peut-être devenu le meilleur indicateur pour savoir qui a gagné la guerre de l’attention.

Si on se fie aux données publiques de Google Trends, la CAQ aurait profité cette fin de semaine de 35 % à 40 % des recherches. La Coalition Avenir Québec est talonnée par QS qui a enregistré près du tiers des recherches. Puis viennent le PQ avec 20 % à 25 % et les libéraux avec une dizaine de points de pourcentage. Ces chiffres ne sont pas des intentions de vote, mais démontrent que la campagne de Manon Massé a dérangé et attiré l’attention.

Graphique Google Trends – Données compilées le 30 septembre 2018

L’évolution relative des recherches illustre bien le rythme de la campagne. De l’indifférence estivale à une progression du nombre de requêtes à l’approche du scrutin, on voit aussi les importants changements de cap au lendemain des principaux débats et rendez-vous télévisuels. Si on évalue la performance des chefs au simple fait d’avoir suscité l’intérêt des téléspectateurs, on peut conclure que Manon Massé a assurément remporté le face-à-face à TVA. Pour sa part, François Legault a bien profité de sa présence à Tout le monde en parle.

L’intérêt remarqué pour QS ne se limite pas à Montréal. Au cours des sept derniers jours, QS a totalisé 42 % des recherches dans la ville de Québec (contre 33 % pour la CAQ). Les efforts déployés sur le terrain se répercutent dans le nombre de requêtes effectuées en ligne. L’intérêt pour QS semble en effet suivre l’autocar de campagne, alors que c’est à Rouyn-Noranda (48 %) et à Sherbrooke (45 %) que le taux de recherches favorise le plus largement l’équipe solidaire.

Premier ministre recherché

Google en dit aussi long sur le leadership des chefs. Les recherches montrent qu’une grande partie des Québécois ont voulu en savoir plus sur la co-porte-parole de QS Manon Massé. Jean-François Lisée a quant à lui mené une campagne dans l’indifférence. D’ailleurs, le moteur de recherche n’a pas encore changé son titre professionnel et, contrairement à ses adversaires, ne l’identifie pas comme « homme politique ». Ou bien l’algorithme de Google est vraiment en retard, ou bien il a quelques jours d’avance…

Graphique Google Trends – Données compilées le 30 septembre 2018

Au Québec et contrairement aux États-Unis, les données sont encore insuffisantes pour faire un découpage précis, circonscription par circonscription. Les analystes politiques aimeraient avoir accès à cette manne d’informations pour compléter l’excellent travail de Qc125.com et analyser la réponse populaire à certains thèmes ou promesses. Dans l’autre camp, plusieurs rétorquent que cette rétroaction en temps réel ne fait que numériser le clientélisme politique. Peut-être reprocherons-nous bientôt aux politiciens de gérer leurs affaires au gré des chiffres de Google.

La défaite de Hillary Clinton prévisible ? 

Dans son livre fascinant, Everybody Lies : Big Data, New Data and What the Internet Can Tell Us About Who We Really Are, Seth Stephens-Davidowitz, scientifique de données qui a déjà travaillé pour Google, fait la lumière sur l’intérêt des données de recherche dans la compréhension du comportement des électeurs. Dans ce qui relève davantage de l’observation a posteriori, l’auteur mentionne que l’absence de certains votes qui a fait si mal à Hillary Clinton en 2016 aurait pu être prédite par la faible recherche relative aux lieux de scrutin dans les comtés avec de forts électorats noirs et hispanophones.

Stephens-Davidowitz soutient également qu’on peut prédire une partie des intentions de vote en regardant l’intensité des recherches effectuées en ligne. Si la curiosité ne se matérialise pas systématiquement en vote, la corrélation demeure assez solide. Sans doute parce que peu de gens prennent le temps de s’informer sur une formation politique qui ne les intéresse pas. Toutefois, les statistiques de Google permettent surtout de voir la campagne sous un angle inédit.

Aux États-Unis, les chiffres de Google suggèrent que c’est la capacité de Trump à attirer l’attention qui lui a ouvert la voie vers la Maison-Blanche. L’observation de données permet non seulement de déceler des tendances, mais aussi de les expliquer. L’auteur d’Everybody Lies a soulevé d’intéressantes corrélations entre la fréquence de recherches racistes dans certains États et la montée de Donald Trump. Il en va de même pour les requêtes sexistes plus fréquentes dans les comtés s’étant avérés moins favorables à Mme Clinton.

À propos de l’auteur
Stéphane Mailhiot est vice-président de la stratégie à Havas Montréal et chroniqueur médias et marques à Radio-Canada.