75 piasses

« Ils n’ont pas de pain? Qu’ils mangent de la brioche! », disait en son temps une certaine Marie-Antoinette. 75$, c’est le prix du pouvoir pour Marie-France Bazzo. 

Photo : Antoine Bordeleau

L’affaire du 75$ pour nourrir une famille de quatre, la bourde de Philippe Couillard commise sur les ondes d’une radio privée il y a quelques jours, ne l’a pas lâché. D’abord au Face à face TVA, puis dans les jours qui ont suivi. Ça s’est même retrouvé dans la presse internationale, où le Québec est apparu, au choix, comme un paradis cheap des familles, ou comme dirigé par un PM qui croit aux licornes anorexiques. Les commentateurs et les nutritionnistes ont rapidement fait les calculs. Le surréel 75$ équivaut à $0.89 par repas, alors que le légendaire sauce brune/ patates en poudre de CHSLD revient à un ragoûtant $2.14.

Bref, M. Couillard a signé un des temps forts de cette campagne du quotidien. S’il perd le pouvoir le 1er octobre; ça lui aura coûté 75$.

L’épisode est loin d’être anecdotique. Il témoigne de trois choses.

D’abord, de l’orgueil et de la vanité du PM qui se défendait, au lendemain de ses mots malheureux, de connaître des pauvres qui se débrouillaient avec 75$, plutôt que d’admettre son errance budgétaire. On n’y croit juste pas. Lui, le puissant, le membre du fameux 1%, est déconnecté, insensible à la misère quotidienne que vivent les pauvres.

Ensuite, dans l’esprit de Philippe Couillard, la famille de 4 en était une, au départ, de classe moyenne. Il ne voyait pas qu’à 75$ par semaine, ça s’appelle de la pauvreté. Ça fraye avec les banques alimentaires. Ça peine à payer le loyer, les transports, les fournitures scolaires des deux enfants, ET l’épicerie. C’est insultant de méconnaissance. Et c’est ainsi que la pauvreté a fait son apparition dans la campagne libérale…

Finalement, cette gaffe collera à la peau de Couillard parce que cette histoire touche deux cordes sensibles : la famille et la nourriture. Ce sont des images fortes qui sont conviées. Nourrir les gens, c’est cuisiner pour eux, en prendre soin. Symboliquement, le PM est le père de la nation, le pourvoyeur, celui qui prend soin de ses concitoyens. Ce que cette histoire nous dit, c’est qu’il méconnaît la classe moyenne, et encore plus la pauvreté, et qu’il ne prend pas soin de ses gens, de nous. Il est frette et lointain. C’est lourd de sens…

« Ils n’ont pas de pain? Qu’ils mangent de la brioche! », disait en son temps une certaine Marie-Antoinette. 75$. Le prix du pouvoir.

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12 commentaires
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— J’aimerais faire une petite digression historique :

Personne ne sait si Marie-Antoinette ait-jamais dit cela. C’est Jean-Jacques Rousseau qui a inventé cette formule en parlant d’une « grande princesse » qu’il ne nomme pas. Cette manière drolatique de mettre des mots dans la bouche de gens importants était dans l’esprit pamphlétaire du temps.

C’est un peu comme ces « Quelques arpents de neige » pour définir le Canada dans le Candide de Voltaire qu’on mit dans la bouche de madame Pompadour qui supposément aurait incité Louis XV à renoncer à ses prétentions sur le Canada.

Voltaire avait en effet une conception très mercantile sur les bénéfices que devaient rapporter les colonies et le Canada coûtait plus qu’il ne rapportait, il n’a pas manqué d’en parler avec les ministres qu’il connaissait. Ni madame de Pompadour qui à l’époque était en disgrâce, ni Louis XV n’a renoncé à ses possessions sur de tels lazzis.

Il en va de même de vraies causes de la Révolution française.

— Revenons sur les 75 piasses :

Sauf erreur de ma part, les 75$/sem, c’est pour une famille de 3 personnes (pas pour 4). Cela est peu, mais cela est vrai. Je vis dans un quartier multi-ethnique, beaucoup de personnes âgées et je peux constater que beaucoup de personnes survivent avec des produits bon-marché, se jettent sur les spéciaux des circulaires et dépensent réellement peu.

En ce qui me concerne, en vivant seul, mes dépenses d’épicerie n’ont pas dépassé 25$ par semaine pendant des années. Actuellement, j’ai un peu amélioré mon ordinaire et mes dépenses roulent aux alentours de 35$, si cela vous intéresse, je peux vous donner beaucoup de « bons trucs » pour dépenser moins, tout en respectant au mieux le Guide alimentaire canadien.

En ce qui me concerne, je ne vois rien d’insultant dans les propos de monsieur Couillard. Au contraire je suis content de savoir qu’un homme politique de sa trempe, commence à se préoccuper vraiment de tout son monde. Ceux et celles qui voient dans cela une « gaffe » sont celles et ceux qui peuvent se payer de notes d’épicerie de 250 à 300$, de bonnes bouteilles, des belles vacances au soleil et de bons restaurants.

Bref, mieux vaut être hypocrite quand on n’a pas la moindre intention de changer drastiquement de mode de vie. Et peut-être un p’tit char électrique en prime à 60 000 piasses pour avoir l’air un peu plus écolo !!!

Probablement que monsieur Couillard n’a jamais fait l’épicerie, et que depuis qu’il est en politique, il mange probablement souvent au restaurant.
Sincèrement, le prix, à moins que ce soit au minimum en millier de dollars, ça doit être assez abstrait pour lui.

Le droit à la sécurité alimentaire c’est basique pour tout être humain. Aucun chef ne s en préoccupe. La banque alimentaire devais être un organisme d urgence temporaire. Notre société charitable ne peut pas s en passer! C’est un gage de prospérité et de bien être et d incompetence des journalistes qui n en ont pas parler en ce temps d élection. Chut! On ne parle pas la bouche pleine.

Sauf erreur, je crois que la question parlait d’un adulte et de deux ados donc 3 personnes. Quand mème, le PM aurait du montrer plus d’emphatie …

Quelle ignorance! Je vis seule et je cuisine tout, y compris le pain, et je dépense $100 par semaine – bon, j’avoue que cela comprend les produits ménagers.

Madame Bazzo,
Il fut un temps où je puisais avec délectation dans les écrits des journalistes sérieux pour me former une opinion éclairée de la scène politique.
À regret, je constate avec déception que ce temps est révolu.
Celles et ceux qui se veulent des lanternes pour permettre à la population de cheminer dans ses choix… malheureusement trébuchent en « s’accrochant dans les fleurs du tapis »….pour attirer une attention fugace…et stérile. ..
Un bilan de quatre années de gestion d’une province ne peut et ne doit pas se résumer en une phrase aussi malhabile qu’elle soit…
La facilité : « 75 piasses » laisse un goût amer et décevant .
Mon professeur de philosophie avait l’habitude de nous dire » SURSUM CORDA »lorsque nous pensions un peu trop « au niveau des paquerettes ».
L’intelligence et la perspective devraient toujours occuper un espace privilégié dans tout commentaire qui prétend servir de boussole…politique ou autre.
Comme le père d’un récent premier ministre disait : » LA LUMIÈRE N’EST PAS FAITE POUR ÊTRE MISE SOUS LE BOISSEAU «

Voulez-vous dire qu’au pays des aveugles, les borgnes sont rois? L’affaire du 75$ vient probablement d’un chef borgne qui ne voit pas les problèmes de beaucoup de ses commettants. Ces derniers en redemandent et, dans une espèce de masochisme collectif, se laissent manger la laine sur le dos et il semble qu’ils et elles soient prêts à redonner le pouvoir à ce chef…

Il en a été de même pour Legault qui a titubé sur l’immigration. En ce qui me concerne, ce que je demande à mon cadran, c’est d’indiquer l’heure et de sonner mon réveil; je n’ai pas besoin de connaître son fonctionnement au rouage près, pour ça, il y a l’horloger. Il en est de même pour l’immigration, tout ce dont un premier ministre a besoin de savoir, c’est qu’une politique existe et il doit voir à ce qu’elle soit appliquée et la corriger au besoin. Ne croyez-vous pas ?

J’écoutais sur Youtube un énoncé , qu’on l’aime ou pas, du Doc Mailloux qui disait ceci:¨ Les riches NE PEUVENT PAS aider les pauvres ¨… et je crois que Couillard l’a amplement démontré par sa ¨grande¨ empathie. Une personne seule peine à ¨bien¨ se nourrir avec $75 par semaine, alors imaginez une famille de 3 personnes. La vision de certains politiciens est risible, pour ne pas dire à pleurer.

Selon Luc Godbout, la famille proposée avec le salaire minimum obtient 19,000$ supplémentaire en crédit pour les 2 deux ados. Bref, cette famille dispose d’un budget pour l’épicerie nettement supérieur à 75$/sem. Il faudrait plutot regarder les personnes seules sans enfant.

Ce commentaire nous en dit beaucoup sur M Couillard, entre autre qu’il ne connaît pas et demeure insensible à la réalité du quotidien de bien des citoyens du Québec. Par ce simple fait, il est évident que l’on ne peut plus lui faire confiance avec l’office du premier ministre dont il n’est pas digne.