Les miettes de promesses

Les micropromesses prennent vraiment beaucoup de place dans la campagne. Pourtant, Mathieu Charlebois a beau les additionner, elles ne se transforment pas pour autant en un projet pour le Québec.

Photo: Antoine Bordeleau

Je naviguais tranquillement sur Facebook (façon de dire que j’avais mille choses à faire, mais que ça ne me tentait pas) quand j’ai vu passer une publication de la page de Philippe Couillard lui-même.

« Le prix des stationnements dans nos établissements de santé est un problème que nous reconnaissons depuis longtemps », disait-elle. L’accompagnait un graphique promettant deux heures de stationnement gratuites à l’hôpital, et un maximum de sept dollars par jour.

« Wow ! me suis-je dit. J’ai presque hâte que grand-papa se fracture la hanche ! »

Mais une fois l’excitation passée, j’ai relu la publication. « Le prix des stationnements dans nos établissements de santé est un problème que nous reconnaissons depuis longtemps. »

Ben saperlipopette ! Si seulement M. Couillard avait été au pouvoir, qui sait ce qu’il aurait pu faire pour régler ce problème…

Je suis bien content de penser que les familles n’auront plus à prendre une deuxième hypothèque pour pouvoir visiter un proche malade. Ce n’est pas normal qu’une place de stationnement coûte le même prix qu’un gros format de maïs soufflé au cinéma.

Je suis bien content, mais je suis aussi un peu abasourdi qu’on parle ici d’une promesse officielle, avec conférence de presse et articles de journaux qui s’ensuivent.

À une certaine époque, on promettait un réseau de garderies à cinq dollars par jour. Aujourd’hui, on en est à promettre des places de stationnement à sept dollars par jour. Je vous laisse deviner quel projet risque le plus de marquer la société.

Cette annonce n’est pas une anomalie ou une exception : le PLQ fait simplement de la surenchère sur un engagement semblable de la CAQ. Depuis le début, la campagne est parsemée de ce que j’appelle des micropromesses. Des promesses qui concernent des recoins vraiment précis de notre vie de citoyens.

On pense au PQ qui veut nous aider à faire les lunchs, à nous trouver un partenaire de covoiturage, et je ne serais pas surpris que Jean-François Lisée se propose personnellement pour venir ramasser notre enfant chaque matin pour l’amener à l’école. (Ben non, ça le dérange pas, « c’est sur le chemin de toute façon ».)

Ce serait malhonnête de prétendre qu’il n’y a que des micropromesses, évidemment. On peut trouver des projets plus gros et plus importants. Québec solidaire qui promet une station de métro par personne. La CAQ qui promet que nos petits-enfants ne seront pas unilingues anglophones même s’ils s’appellent tous Megan et Keven. Et cet énième débat sur l’immigration qui me donne envie, à moi, d’immigrer.

Il n’en demeure pas moins que les micropromesses prennent vraiment beaucoup de place. On les met en avant. On en fait même une publication sur la page Facebook du premier ministre sortant. Mais on a beau les additionner, elles ne se transforment pas pour autant en un projet pour le Québec.

Un million de miettes, ça ne compte pas comme une miche de pain.

Décider si nos 50, 40 ou 30 000 immigrants devraient être obligés de passer leur test de valeurs en français avant ou après leur déportation, c’est peut-être important, mais ça m’étonnerait qu’on en parle dans les livres d’histoire dans 50 ans.

Pourtant, chers politiciens, si vous cherchez un projet pour le Québec, des défis qu’on pourrait relever tous ensemble, quelque chose d’un peu plus structurant que de climatiser les CHSLD, vous pourriez regarder du côté de l’environnement.

C’est quoi votre plan à moyen et long terme ? Quelle est votre vision ? Ne pensez-vous pas qu’on est mûrs pour un projet draconien et sérieux en la matière ?

Parce qu’au rythme où les glaciers fondent, mes petits-enfants ne me visiteront pas à l’hôpital en auto, mais bien en canot.

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11 commentaires
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Il faudrait poursuivre avec les promesses qui ne coûtent rien : jaser moins, prioriser mieux, urbanisation des villes, detrafiquer les routes, virage droite.

Si ma mémoire est bonne, l’un des premiers partis politiques au Canada à avoir étrenné dans l’histoire récente, cette politique de « niche », c’est le Parti Conservateur de monsieur Harper. Cela repose sur la constatation qu’aucun parti ne peut rallier une majorité de citoyens sur un vaste projet commun. Alors l’objectif est de plaire à un électorat ciblé qui puisse permettre adroitement au parti de l’emporter.

Maintenant, toutes les formations politiques font à peu près la même chose. Évidemment, ce genre de campagne nichée et fragmentée ne marche pas à tous coups. En 2015, Harper en a fait les frais.

Cette campagne électorale, montre et démontre essentiellement la fragmentation de la société québécoise. Plus aucune direction forte ne peut pogner « sérieusement ». Les sciences sociales ont démontré que depuis quelques décennies toutes sortes de fractures se sont formées en occident.

Fractures entre les générations, fractures entre les villes et les campagnes, fractures entre les métropoles et les banlieues, fractures entre le nord et le sud, fractures entre Québec et Montréal, fractures entre les régions, fractures entre les classes sociales, fractures à l’intérieur même des quartiers, fractures entre les « souchiens » et les « non-souchiens », etc. Même l’égalité hommes-femmes porte son lot de souffrances « non-dites » dont se servent les partis politiques pour séduire leur clientèle cible.

Comment se fait-il que nous en soyons là ? — He bien c’est très simple. Cela ne fait que vérifier l’adage : « diviser pour mieux régner ». C’est où les stratégies du commerce mondial (pas seulement celles du Québec ou du Canada) nous ont transporté. Même Blaine Higgs, le chef du PPC Néo-Brunswickois considère les citoyens comme des clients.

Dans cette campagne électorale, aucun chef politique ne veut faire de faux pas. Cela se vérifie à quelques détails près pour les quatre partis en lice. Personne ne voudrait porter un projet de société audacieux qui soit mal compris, puis rejeté par les électeurs pour devoir finalement porter tout le poids de la défaite.

Comme le font les épiciers, toute la stratégie consiste à devancer ou bien matcher l’offre du voisin. N’offrir ni beaucoup plus, ni beaucoup moins que le concurrent au moment opportun. Ainsi, comme dans la circulaire, on regarde d’abord les spéciaux ; le cas échéant on apporte la circulaire du concurrent pour obtenir la même meilleure offre chez son épicier préféré.

Les candidats magasinent les partis, les partis magasinent les électeurs, les électeurs magasinent les offres qui finalement ne seront vraiment alléchantes que jusqu’au 1er octobre inclusivement. — Après ? On verra !

Au même titre qu’il est peu probable qu’on voit émerger de sitôt de nouveaux concurrents au niveau de la distribution, il est peu probable qu’on voit apparaître de nouvelles manières de faire de la politique avant un certain temps.

L’histoire chaotique du monde, démontre que les plus grands changements, résultent bien souvent des plus grandes souffrances. Peut-être faudra-t-il des changements climatiques importants pour qu’on s’aperçoive finalement que pour aussi importante que soit la superficie du Canada et sa Belle Province du Québec, nous ne sommes qu’un petit fragment d’une minuscule planète dans un univers bien trop grand pour nous.

Alors, forts de cette conscience renouvelée, nous apprendrons peut-être qu’il est bon quelquefois de se tenir la main. Former une seule chaine humaine au-delà de toutes appartenances, de toutes classes, de toutes nationalités.

Et vlan ! En plein dans le mile ! Bravo.
Non, non, je ne suis pas un robot… même pas un « robot pensant » !
Que c’est rendu chiant, la vie politique, en ce « plusse beau pays du monde » !

C’ est bien beau un projet emballant mais donnez des suggestions! Aussitôt que l’ on parle de richesses naturelles ont a les verts sur le dos ! Aussitôt que l’ on parle de réformes agraires ont a l’ UPA sur le dos ! Aussitôt que l’on parle de construction, d’ entretien de notre parc immobilier et de nos routes on a la FTQ sur le dos !!! Pas surprenant que tous les partis sérieux sont castrés !!!!

Les partis n’ont plus aucune crédibilité concernant les promesses de cette élection.
Personne ne crois réellement qu’elles vont toutes se réalisées.
QS est le champion, en promettant 35 nouvelles stations de métro, il ne resterait
rien pour les infrastructures de la province. Par chance qu’il ne formeront JAMAIS
le gouvernement. Le PQ est le plus réalise pour les promesses . Que nous réservent les prochaines journées de la campagne ?????

On parle de s’unir entre Québécois qui se respectent afin de donner un mandat fort au prochain gouvernement que je souhaite être formé par le PQ. Le politologue, feu Louis Lemieux, disait que le Québec pouvait difficilement avoir un gouvernement efficace s’il est composé de plus de trois partis. Principale raison: la taille de sa population. Depuis l’arrivée de ce parti nuisible plus que tout qu’est QS, il y a une division marquée et néfaste des forces progressistes au Québec.
Comment voulez vous qu’un parti aussi porteur d’avenir que le PQ ne soit pas obligé de se retranché sur ses positions vitales en offrant comme les autres un menu politique à la carte? Appel au Québécois qui désirent un vrai changement: choisissons le PQ, le seul parti qui a fait avancer le Québec depuis 50 ans.

Je constate aussi le peu de vision de nos politiciens. Chaque jour de la campagne, j’espère qu’on va me proposer une projet stimulant, en vain, chaque jour c’est la même campagne « Dollarama » qui se poursuit. Et pourtant, comme vous le dites, pourquoi ne pas prioriser l’environnement ou l’éducation.
Nos petits enfants n’auront pas à se préoccuper de la langue française si la planète n’existe plus.
Et je déplore le manque de vision, ou de préoccupation, concernant l’éducation. Pourtant nous sommes encore les derniers en terme de diplomation au secondaire. Et c’est sans parler de la pénurie d’emploi qui ne semble pas préoccuper le ministère de l’Éducation (MEL). En offrant une formation appropriée pour combler ces postes – autant aux québécois qu’aux immigrants – on réglerait une bonne partie de ce problème.

@ Micheline Douville,

Le taux de diplomation en 2017 était en hausse par rapport à 2015. Tout dépend de l’âge de référence que vous prenez en considération. 17 ans ou 29 ans. À 17 ans il est de 69%, à 29 ans il est de 93%. Les objectifs du MEES visent bien sûr à améliorer les ratios de diplomation. Il est rassurant de constater que le niveau de connaissance des jeunes est en constante amélioration.

Pour plus de détails, je vous invite à lire cet article très bien documenté de Pierre Fortin par le lien suivant :
https://lactualite.com/societe/2018/01/25/un-taux-de-diplomation-de-85-au-secondaire-quossa-donnerait/

Mais vous avez raison, il faut encore travailler fort pour améliorer le monde de l’éducation et la formation.

La politique est semblable au fonctionnement d’un commerce, si vos tomates ne se vendent pas à $ 2.00 le kg, bien mettez les à $ 3.00 le kg et après un certain moment remettez les à $ 2.00 et çà se vendras facilement! C’est l’exemple tout crachée des frais de stationnement, ils sont à un montant exorbitant et notre fameux couillard nous offre une alléchante en les offrant gratuit les deux premières heures, et un maximum journalier de $ 7.00 quelle belle stratégie, mais comme sous sommes des innocents pour beaucoup d’entre nous du moins plus souvent qu’autrement, nous allons tomber dans le piège ! Réveillons-nous.