Pour que chaque vote compte vraiment

La CAQ, le PQ, QS et le Parti vert ont conclu un pacte : s’ils ont suffisamment d’élus aux prochaines élections, ils s’engagent à réformer le mode de scrutin. Prêts pour le système proportionnel mixte compensatoire ?

Illustration : Sébastien Thibault pour L'actualité

L’enjeu avait beau être majeur, l’ambiance était détendue en cet après-midi ensoleillé du 23 avril dernier, dans les locaux exigus de l’organisme Mouvement pour une démocratie nouvelle (MDN), rue Sherbrooke, à Montréal. Le député de la Coalition Avenir Québec Simon Jolin-Barrette y avait même amené sa fille d’un an, Charlotte. Un jour, il pourra lui dire qu’elle était présente à la réunion qui aura déclenché un changement de culture politique au Québec et contribué à combattre le cynisme ambiant. Si tous les morceaux du casse-tête tombent en place.

Dans la salle de conférences, pendant que Charlotte babillait sur les genoux de son père, les représentants de quatre des cinq principaux partis politiques du Québec signaient un pacte inédit : faire en sorte que les élections du 1er octobre prochain soient les dernières avec le mode de scrutin actuel. « Les gens sont désabusés. Dans bien des circonscriptions, ils ont l’impression que leur vote ne compte pas. Il est temps de changer ça », dit Simon Jolin-Barrette, qui, comme les autres députés, avait le mandat de son chef de parapher l’entente.

Cette rencontre était la touche finale d’un long processus entamé deux ans auparavant par le MDN, une organisation citoyenne non partisane qui milite depuis 1999 pour l’adoption du mode de scrutin proportionnel. De rencontres en discussions privées, la Coalition Avenir Québec, le Parti québécois, Québec solidaire et le Parti vert ont réussi à aplanir leurs différends et à s’entendre sur un modèle qui permettra de refléter davantage la volonté populaire. Seul le Parti libéral du Québec, pourtant favorable à une telle transformation dans le passé, a refusé de participer.

Depuis des décennies, des formations politiques gouvernent sans avoir recueilli la majorité des votes. Par exemple, en 2014, le PLQ a pris le pouvoir majoritairement, même s’il n’a remporté que 41,5 % des voix. En 1998, Lucien Bouchard, à la tête du PQ, avait obtenu un mandat majoritaire, même si son parti avait récolté moins de votes que les libéraux de Jean Charest — 42,9 % de l’ensemble contre 43,6 % !

Au printemps 2016, Jean-Sébastien Dufresne, alors président du MDN, a contacté les partis pour réactiver l’idée — qui rebondit régulièrement depuis 100 ans au Québec — de modifier le mode de scrutin. Pendant l’automne 2017, une tournée du Québec a permis de consulter la population et des spécialistes. Quelques mois plus tard, le 23 avril 2018, l’heure de signer l’accord était arrivée.

Qu’est-ce que le mode de scrutin proportionnel mixte compensatoire ?


L’objectif

Obtenir une composition de l’Assemblée nationale qui reflète le plus exactement possible le pourcentage de votes obtenus par les partis. Par exemple, si une formation obtient 40 % des votes, elle récolte 40 % des sièges. Un seuil minimal est fixé pour qu’un parti obtienne au moins un siège (généralement de 2  % à 5 % du vote national).

Le fonctionnement

Dans un système mixte compensatoire, comme en Allemagne, en Nouvelle-Zélande et en Écosse, chaque électeur dispose de deux votes : l’un pour choisir un député dans sa circonscription, l’autre pour choisir le parti politique. Il peut voter pour un député et un parti identiques, ou encore diviser son vote. Au Québec, on pourrait passer de 125 à 75 circonscriptions, qui éliraient chacune un député, et 50 sièges, qui seraient alloués en fonction du deuxième vote. Ce dernier sert à déterminer si chaque formation a obtenu suffisamment de sièges pour refléter l’appui populaire. Ainsi, un parti qui obtiendrait 20 % du vote populaire, mais seulement 15 % des circonscriptions sur les 75 du Québec se verrait accorder un certain nombre de sièges supplémentaires, pour atteindre 20 % des élus à l’Assemblée nationale.

Un accident, la veille de cette réunion discrète, a fait craindre un report. Manon Massé, qui portait le flambeau de Québec solidaire dans ce dossier depuis le début, a dû déclarer forfait, sa jambe cassée en ski ayant eu raison de sa volonté. Gabriel Nadeau-Dubois a été dépêché pour la remplacer. Outre lui et Simon Jolin-Barrette, le député péquiste Sylvain Pagé, le chef du Parti vert, Alex Tyrrell, le président du MDN, Alain Marois, ainsi que Jean-Sébastien Dufresne, aujourd’hui coordonnateur, étaient présents.

Trois « sages » ont été invités pour faciliter les compromis de dernière minute : la fondatrice de QS, Françoise David, l’ex-députée caquiste Hélène Daneault et l’ancien élu péquiste Jean-Pierre Charbonneau. Leur présence visait également à marquer le sérieux de la démarche. « À partir de maintenant, on va surveiller nos partis respectifs pour qu’ils tiennent leur promesse. Sinon, on va “brasser la cage” et leur rappeler qu’on était sur place et qu’ils ont signé le document ! » tonne Jean-Pierre Charbonneau, avant d’éclater d’un grand rire sonore.

Même si l’ex-président de l’Assemblée nationale (de 1996 à 2002) rigole dans sa barbe, il ne badine pas avec cet enjeu. Jean-Pierre Charbonneau a fait de la réforme du mode de scrutin le combat politique de sa vie — il avait lancé les états généraux sur le sujet en 2002. Aujourd’hui vice-président du MDN, il a rédigé l’accord final. « Les planètes n’ont jamais été aussi bien alignées », dit-il.

Ce n’est pourtant pas la première fois qu’une phrase comme « ce sera la dernière élection avec le mode de scrutin actuel » est prononcée. Jean Charest l’a dite en 2003, Justin Trudeau en 2015. Deux promesses rompues.

L’entente d’avril offre toutefois une meilleure chance de succès, estime Véronique Hivon, vice-chef du PQ. « On a une feuille de route claire, on s’est entendu à l’avance sur la marche à suivre, ce qui est nouveau. On a même déjà décidé du mode de scrutin ! Il n’y a aucune excuse pour ne pas aller de l’avant si l’un de nos partis prend le pouvoir en octobre. »

Le document est en effet limpide. Les partis s’engagent à déposer un projet de loi dans la première année suivant les élections, même en cas de gouvernement minoritaire. Québec solidaire en fait même une condition pour maintenir en vie un tel gouvernement de la CAQ ou du PQ, affirme Manon Massé. « Les gens nous disent : là, il faut que ça se fasse ! Il faut arrêter de niaiser. »

Les signataires se sont aussi entendus pour que le projet de loi propose un mode de scrutin proportionnel mixte compensatoire, comme en Allemagne, en Nouvelle-Zélande et en Écosse. Ce modèle est souvent cité comme étant idéal pour le Québec. Le gouvernement libéral de Jean Charest l’avait inclus dans son avant-projet de loi présenté en 2004, et la Commission spéciale sur la Loi électorale de 2006 l’avait repris. Le Directeur général des élections du Québec, dans son avis de 2007, le recommandait.

Si la CAQ, le PQ, QS et le Parti vert récoltent ensemble plus de 50 % des votes en octobre, ils auront le mandat de procéder à la réforme, explique Simon Jolin-Barrette. Et ce, même si le PLQ demeure en désaccord. « À partir du moment où c’est clairement dans nos plateformes électorales et que les résultats nous donnent une majorité parlementaire qui reflète une majorité populaire, c’est un consensus suffisant pour aller de l’avant », dit-il, se faisant l’écho de son chef, François Legault.

Une idée qui ne date pas d’hier

La première intervention d’un élu à l’Assemblée nationale pour changer le mode de scrutin remonte à… 1911 ! Le député conservateur de Beauharnois, Arthur Plante, affirme alors : « La représentation proportionnelle, telle qu’on l’a en Belgique et dans d’autres pays d’Europe, donnant une représentation effective à toutes les classes de la société, et spécialement aux minorités, serait le système idéal, mais j’avoue que cette question est prématurée pour le moment au Canada. »

Le Rassemblement pour l’indépendance nationale (RIN) est le premier parti politique à inscrire l’idée à son programme, en 1965. Par la suite, le Parti libéral, le Parti québécois et l’ADQ en ont fait des promesses électorales à différents moments.

L’idée de tenir un référendum auprès de la population avant de procéder à ce type de changement, comme le proposait le Parti conservateur à Ottawa en 2016, n’est privilégiée par aucun parti. « C’est souvent une excuse pour ne rien faire », dit Jean-Pierre Charbonneau. Il n’exclut toutefois pas la possibilité que les gens soient consultés après avoir essayé le nouveau mode de scrutin pendant un mandat ou deux. Il cite en exemple la Nouvelle-Zélande, passée d’un scrutin uninominal à un tour, comme au Québec, à un scrutin proportionnel. Après deux élections, en 2011, les Néo-Zélandais ont choisi lors d’un référendum de garder leur nouveau système. « Ils ont pu se prononcer en connaissance de cause », dit-il.

Les Québécois sont favorables à une telle réforme, selon un sondage CROP commandé en 2015 par la Chaire de recherche sur la démocratie et les institutions parlementaires de l’Université Laval. Ainsi, 70 % des Québécois se disaient favorables à un scrutin proportionnel pour « avoir des gouvernements qui représentent mieux la diversité des points de vue ». Sur les 1 000 répondants, à peine 14 % s’y opposaient, et 17 % ne savaient pas quoi en penser.

Le Parti libéral du Québec, qui a fait volte-face depuis 2004, estime que le système actuel est plus facile à comprendre pour les électeurs et plus stable politiquement. La ministre libérale responsable de la Réforme des institutions démocratiques, Kathleen Weil, a toutefois refusé de nous accorder une entrevue.

Jean-Pierre Kingsley, directeur général d’Élections Canada de 1990 à 2007, rejette ces arguments, puisque 85 % des pays industrialisés ont un mode de scrutin proportionnel. « L’Allemagne ou la Nouvelle-Zélande ne sont pas plus souvent en élections que nous, et leurs citoyens comprennent très bien le système », souligne-t-il, lui qui a étudié les systèmes électoraux dans le monde à l’occasion de la tournée québécoise du MDN, dont il coprésidait les travaux l’automne dernier.

Un mode de scrutin proportionnel force toutefois un changement de culture politique, convient Véronique Hivon. Les partis doivent davantage collaborer et faire des compromis, puisqu’il est rare que l’un d’entre eux obtienne plus de 50 % des voix et soit en mesure de gouverner seul. « Ce n’est pas seulement un changement mathématique, c’est un puissant moyen pour combattre le cynisme, parce que les gens veulent moins d’affrontements stériles entre députés », dit-elle.

Après l’assainissement du financement des partis politiques et la tenue d’élections à date fixe, l’adoption d’un mode de scrutin proportionnel représente la prochaine grande étape pour améliorer notre démocratie, estime Jean-Pierre Kingsley. « Le Québec a souvent été un modèle au Canada. Il peut encore être à l’avant-garde sur cet enjeu. »

La suite après le 1er octobre.

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30 commentaires
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Plutôt hâte de voir quelle raison sera invoquée cette fois pour renier la promesse si la CAQ prend le pouvoir. J’espère au moins que François Legault se montrera plus inventif et nous sortira autre chose que « n’avons pas pu dégager le vaste consensus nécessaire pour effectuer un changement de cette ampleur ».

Merci, Monsieur Castonguay. Votre exposé est très clair et devrait couper l’herbe sous les pieds de tous ceux qui prétendent que la proportionnelle, c’est trop compliqué. Je suis toujours surprise de constater que même les gens par ailleurs intelligents et informés trouvent la proportionnelle difficile à comprendre.

Espérons que vous ayez l’occasion de répéter cette analyse et ce message à de nombreux endroits avant les élections provinciales pour que les Québécois soient bien au fait de ce mode de scrutin.

Par le passé, les politiciens ont, possiblement à dessein, plutôt obscurci qu’éclairé la discussion autour de la proportionnelle.

Je suis bien d’accord que le référendum n’est pas approprié avant que la population comprenne comme il faut le système de vote proportionnel mixte compensatoire que vous décrivez si bien.

Le scrutin compensatoire est intéressant. Il corrige le défaut
de proportionnalité du scrutin actuel, sans pour autant
annuler la représentation régionale. J’espère toutefois que
le seuil minimal de représentation minimal sera assez
élevé pour éviter d’avoir trop de factions extrémistes
et marginales à l’assemblée, i.e. éviter la cacophonie
d’une trop grande multiplication des partis qui
fini par empêcher de gouverner. Ca aura au moins
comme conséquence de forcer les compromis, et
d’empêcher un gouvernement antinationaliste
libéral d’ignorer complètement la majorité
nationaliste des électeurs pendant près de 15 ans…
(Ce n’est pas pour rien que les libéraux actuels
sont contre, alors qu’ils étaient pour avant…).

Bon commentaire! D’un autre côté, la possibilité de voir d’autres partis être créés suggère que les blocs monolithiques regroupant, par défaut, des gens de toutes tendances s’effriteront. Peut-être verrons-nous le bloc du PLQ se scinder en petits partis fédéralistes conservateurs ou progressistes, majoritairement anglophones. Le reform party reviendra peut-être sous une autre forme pour défendre la position des québécois anglophones de souche! Il y a 50 ans, il n’y avait que le PLQ, l’Union nationale et le marginal Crédit social. Les partis se raffinent!

@ Jérôme Bon point. À long terme il peut y avoir
effritement effectivement, meme du PLQ…ce
qui accentuerait l’harmonisation politique
au gouvernement (la proportionnelle va avoir
un double effet : accentuation des différences
idéologiques avant l’élection, et harmonisation
des points de vue pour former une coalition au
qui gouverne).

Comprenez-vous bien ce que vous écrivez ? En exigeant des seuils élevés, vous favorisez la distorsion du vote. Tout le contraire de votre souhait, c’est-à-dire de « corrige[r] le défaut de proportionnalité du scrutin actuel ».

@ Marc Sauvageau Je vais ignorer la condescendance de
votre message car j’imagine que ce n’est pas votre intention.
Je pense tout simplement qu’il faut un équilibre entre les
deux : plus de proportionnalité, sans pour autant une
adéquation parfaite qui nous mènerait vers une
cacophonie de petits partis extrémistes qui ont de la
difficulté à former une coalition stable pour gouverner.
On a autre chose à faire que d’aller en élection à tout
bout de champs, et je ne pense pas que ca soit dans
l’intérêt de qui que ce soit de donner de la visibilité
à des partis d’extrême droite, gauche, islamistes, etc.

Il faut absolument que la proportionnelle passe pour redonner un nouveau souffle à notre démocratie. Le système actuel, consenti faut-il le rappeler par la monarchie britannique, est fait pour que 100% des pouvoirs au Québec restent dans les mains d’environ 30 à 35% de la population qui votent souvent massivement toujours sans aucune nuance pour le même Parti politique. Le but visé par la monarchie avec un tel système c’est d’entretenir une forme de mépris permanent dans la population envers les politiciens afin de pouvoir garder en sous-main le contrôle des grands enjeux. L’apathie des gens pour la politique ouvre donc la porte à bien des groupes minoritaires qui savent se mobiliser au moment opportun.

Généralement c’est autour de 40% des gens qui vote.
On ne sait pas comment les gens qui ne vote pas vont voter. Probablement moins du monde vote dans les contés moins contesté, comme les contés libérales à majorité anglophone et allophone. Le résultat peut être plus de votes pour le parti Libéral, qui sait ? En tout cas, comme maintenant, le parti Libéral aurait sans doute la forte majorité de ces votes des francophones.
Aussi on devrait notez que les contés en région, généralement moins peuplés, auront moins de sièges proportionnel que les sièges dans les grands centres urbaines. Ce qui peut être une bonne chose, dépendant sur son point de vue.

Malheureusement, il est impossible de forcer un parti à tenir ses promesses une fois qu’il est au pouvoir (à moins qu’il soit minoritaire). MM Trudeau l’a encore démontré cet automne, en rejetant la réforme du scrutin dûment promise.
Ce qu’il faut, c’est trouver un moyen pour contraindre le parti au pouvoir de tenir ses promesses (celle-ci, et d’autres tant qu’à faire…). C’est pas demain la veille…

Avec la proportionnelle, les contemplateurs des gouvernements minoritaires seront choyés à souhait. Ceux qui croient qu’avec le vote proportionnel, leur vote comptera vont vite déchanter puisque ce seront les partis politiques qui décideront du parti au pouvoir.

Avec 75 circonscriptions, j’imagine facilement l’avenir avec un seul député pour représenter un immense territoire – certains députés se plaignent déjà. Je suis loin d’être convaincu que les citoyens et les députés de ces régions vont estimer ce processus électoral comme « étant idéal pour le Québec ».

L’Assemblée nationale se doit d’être un lieu de débat démocratique. La proportionnelle a le mérite d’offrir la possibilité que les débats soient enrichis par des gens de toute opinion et de toute tendance afin de bien représenter la population d’un État. La situation actuelle ne démontre qu’une chose, les lignes de partie sont plus fortes que les porteurs d’idées nouvelles prisonniers d’un caucus unilatéral. Je suis pour plus de démocratie et moins de lignes de partis.

@Jérôme
Vous devriez étudier le système proportionnel mixte compensatoire sérieusement. Ça vous enlèverait de votre esprit la magie du système proportionnel mixte.

Dans ce genre de système, on impose en général des seuils pour avoir droit à un siège compensatoire. Plus le seuil est élevé et plus les petits partis politiques sont défavorisés. Si en plus, on exige l’élection directe d’un siège dans une circonscription pour avoir droit aux sièges compensatoires, vos désirs idéalistes seront un mirage.

D’accord avec la proposition, je me demande comment la réduction du nombre de circonscriptions serait accueillie dans les régions peu peuplées. Il fait prévoir une stratégie pour les convaincre.

J’ai toujours estimé que la pratique est « toujours » plus intéressante que la théorie. Ainsi lorsque je lis : « la présentation de la proposition conjointe la plus susceptible de rallier une majorité de la population, en l’occurrence le scrutin proportionnel mixte compensatoire avec listes régionales. » (Document MND)….

Je me dis : « Qu’est-ce diantre-donc-qui-va-y-avoir dans ce scrutin mélangé de vote uninominal à un tour, de vote partisan proportionnel mâtiné de régionalisme qui tout mis ensemble va rejoindre : « moi », donc une unité formant cette majorité qui réclame du changement ? »

Ce que propose le MDM, ce n’est ni la proportionnelle (souhaitée par 70% des personnes interrogées), ni le système allemand, qui repose sur des « Länder » qui sont de véritables États lesquels forment aussi une assemblée particulière : le Bundesrat. Ici ce que propose le MDM, c’est un découpage régional administratif pour attribuer à chaque section un certain nombre de députés en surnuméraire élus proportionnellement.

On nage comme c’est toujours le cas en pleine improvisation.

Si je prends qui plus est « une fois », l’exemple de la Belgique, « j’suis pas trop sûr » que ce soit si bien qu’ça. Encore que la Belgique a un avantage que le Québec n’a pas, c’est que le vote est obligatoire pour tout le monde. Si bien qu’au pays de Tintin, y-a de très faibles taux d’abstentions et donc de hauts taux de participations.

Pourtant, c’est bel et bien au niveau du taux de participation qu’on reconnait que des institutions sont démocratiques ou bien pas. Bien sûr le MDN est animé par de « bonnes intentions », mais à toutes fins pratiques rien de bien concret aujourd’hui dans ses « ATTENDU que » répétés de façon maladroite et incantatoire comme autant de Fourches Caudines dressées vers le firmament.

On cherche évidemment à produire des gagnants et des perdants.

Historiquement, l’humanité a démontré qu’elle a toujours préféré toutes les formes de despotismes et de tyrannies à quelque forme que ce soit de « démocratie représentative ». On ne reconnait pas la démocratie à un système électoral en particulier, elle s’identifie par l’engagement de tous ses citoyens à accroitre et préserver le bien commun. Ainsi des candidatures citoyennes spontanées et non partisanes seraient probablement celles qui seraient le plus à même de rallier une majorité, elles obligeraient d’une manière générale les citoyennes et les citoyens à préférer les choix sages contre toutes autres formes d’atermoiements.

Ainsi tous les votes (sans exceptions) pourraient compter vraiment.

Selon moi, c’est une fausse bonne idée. J’ai participé aux travaux de la commission Béland qui traitait du sujet et lorsque les gens des régions ont réalisé que cela avait pour effet d’agrandir les comtés de nature géographique, ce fut le désenchantement, les gens de Rivière-du-Loup ne voulant pas se retrouver avec ceux de Rimouski à moins d’augmenter le nombre de comtés, ce qui serait aberrant (125 étant déjà suffisant).

Moi je favorise la méthode de 2 tours, comme utilisé en France.
Comme ça, dans chaque conté le candidat élu doit avoir la majorité des votes, dans le seconde tour, si pas le premier.

Cela force, bien sûr, à voter pour le moins pire; comme pour Sarkozy ou Macron. Forcer les gens à voter avec une épingle à linge sur le nez, c’est déjà ce qu’on a ici : les gens on voté Trudeau pour sortir Harper; mais ce n’était certainement pas leur choix réel.
Ils auront bien une majorité, mais pas l’assentiment de ceux qui les ont élus.

Notre système actuel est simple, facilement compréhensible et assure une stabilité à l’État, De plus, il a l’avantage de forcer les petits partis (souvent extrémistes!) à faire leurs preuves avant d’accéder au pouvoir.

Je ne vois aucune raison logique de le modifier. Aucune! Et si jamais un parti politique voudrait le faire, il devra organiser un référendum avec une question claire sur le sujet (quel genre de proportionnelle, etc…) après avoir objectivement renseigné la population sur les différentes alternatives.

Les québécois sont assez intelligents pour comprendre
François… Il peut y avoir un seuil minimal pour éviter
la multiplication de partis extrémistes, et un référendum
ne sera pas nécessaire (avant de changer d’idée, le beau
Justin voulait adopter la réforme avec sa seule majorité
parlementaire…). Et je ne sais pas pour toi (peut-être
es-tu complètement aveuglé par ta partisanerie libérale),
mais en ce qui me concerne, vouloir une meilleure
représentativité à la chambre (un % de députés qui
correspond le plus possible au % de votes) est une
raison tout à fait logique. Ca s’appelle la démocratie…

@ Ian,

Pour que chaque député dispose d’un pourcentage identique de votes, il faudrait instaurer la représentation proportionnelle intégrale en faisant du Québec une seule circonscription. Ce n’est pas du tout ce que propose le MDN.

La représentation proportionnelle a un inconvénient. Au lieu de choisir un candidat de votre choix, vous votez à la place pour le parti politique de votre choix. Si vous ne vous retrouvez dans aucun parti, vous devez vous abstenir de voter ou alors voter blanc.

Si vous choisissez un très petit parti, il aura très peu de chances d’avoir des élus faute d’obtenir assez de suffrages pour sa qualification.

La représentation proportionnelle encourage le vote partisan et favorise les ententes entre partis pour former une coalition de gouvernement. Vous n’avez comme électeur aucun contrôle sur d’éventuelles coalitions.

Le mode de scrutin est donc bien un choix de société, cela devrait effectivement être soumis à une consultation populaire (référendum) comme le suggère dans ses commentaires François 1. Il n’y a pas besoin d’avoir une allégeance quelle qu’elle soit, pour comprendre cela.

@ Serge Vos commentaires sont très nébuleux en général.
Pour ce que j’en comprend, je vous ferez remarquer que
je n’ai jamais parlé de proportionnelle intégrale, mais
de % de députés « total » qui correspond davantage au
% de vote exprimés…pour que la force relative des « partis »
en chambre corresponde davantage à leur force dans
l’urne (ce qui me semble être un compromis tout à
fait raisonnable entre le scrutin proportionnel et
le parlementarisme britannique). En fait, il s’agit
non pas du remplacement du systeme actuel par
une proportionnelle, mais de l’introduction d’un
élément proportionnel au sein du système actuel
pour en corriger les déformations systématique.
C’est cette continuité qui justifie la légitimité
de la réforme sans passer par un référendum
obligatoire (d’ailleurs le systeme actuel n’a
jamais été lui-même approuvé par référendum,
mais imposé top-down par les partis du temps).
Et je vous ferez remarquer également que le
gouvernement n’est pas choisi directement
par le peuple dans notre systeme non plus…
On vote pour les députés qui décident entre
eux qui va former le gouvernement… On oubli
cette étape intermédiaire parce que le mode
de scrutin actuel fabrique des majorités qui
n’existent pas, et qui font qu’il n’y a pas
de discussions pour former le gouvernement…
Mais techniquement, cette étape est déjà là…
c’est même la fonction première du
gouverneur général…

@ Ian:

Assez intelligents pour comprendre???

Je ne veux surtout pas me faire hautain mais nous possédons une population composée de 45% d’analphabètes fonctionnels qui arrive à peine à lire et où les décrocheurs sont légion. En plus, plusieurs enquêtes nous ont révélé dans le passé que très peu d’électeurs connaissent l’identité de leur député-provincial et fédéral, leur maire d’arrondissement, leur commissaire scolaire-etc… et/ou qui font la différence entre le législatif et l’exécutif et vous voulez complexifier le processus en y ajoutant d’autres élus avec des tâches et des responsabilités encore plus fragmentées histoire d’être plus représentatif??? Z’avez déjà vu quelqu’un au Canada s’ouvrir les veines sur les marches du parlement pour obtenir une meilleure représentativité? D’ailleurs, si je ne m’abuse, mais je peux me tromper, il y a eu un ou deux endroits au Canada qui ont fait un référendum à ce sujet et la population a finalement décidé de demeurer avec le système actuel.

De plus, il existe une panoplie de systèmes électoraux proportionnels, tous passablement complexes, mais aucun n’assure la stabilité que le nôtre nous procure (l’Italie est un exemple frappant!), or, qu’est-ce que les gens recherchent aujourd’hui sinon la stabilité? Avez-vous déjà entendu une personne dire « Chic…voici une endroit politiquement incertain et précaire. Vite, déménageons et investissons là-bas! ». On n’a qu’à voir la résistance acharnée aux changements que les populations démontrent pour s’en convaincre.

À ce que je sache François, je n’ai encore vu aucun citoyen
« s’ouvrir les veines » comme vous dites pour aucunes des
politiques du gouvernement libéral, et personne ne suggère
qu’elles n’aurait pas dû être adoptées pour cette raison…
Et si vous considérez de façon totalement élitiste que la
population est trop « analphabète » pour comprendre,
alors pourquoi voulez-vous leur soumettre le projet par référendum ? Pour ma part, je considère que les québécois
sont aussi intelligents que n’importe quel peuple ayant
un système proportionnel, et que la transition se fera
tout aussi facilement qu’avec n’importe quel réforme
du processus électoral. Pour ce qui est de la « stabilité »,
la majeure partie des pays où la proportionnelle existe
n’a pas conduit à de l’instabilité (l’Italie et Israel sont
des exceptions). Il faut s’inspirer des meilleurs, et
prendre des mesures de contrôle comme un pourcentage
minimum de vote, tel que suggéré précédemment (par
exemple).
Content néanmoins que vous reconnaissiez finalement
que la proportionnelle assure une meilleure
représentativité… Lâchez pas, ca va finir par rentrer…

@ Ian 19 mai:

Mais je ne veux absolument pas faire de référendum. Si vous avez bien lu mes commentaires, je veux CONSERVER LE SYSTÈME ACTUEL! C’est plutôt VOUS qui nous forceriez à tenir un référendum car il s’agirait d’un changement MAJEUR dans la façon dont nous choisirions nos élus. C’est pas rien!

Si on en venait à envisager sérieusement la proportionnelle, la question référendaire devra être claire et simple (pas exactement la marque de commerce des péquistes…) de « comprenure » de façon à ce que la réponse du peuple soit bien comprise par les tenants de ce dossier et qu’il n’y ait pas de deuxième et même troisième référendum comme ce faut le cas avec les séparatistes québécois.

Au final, pour bien représenter la population, faudrait-il également s’assurer qu’il y ait une même proportion de femmes, de Noirs, d’arabo-musulmans, de roux, d’handicapés, de catholiques, de LGBTQ2, etc…qu’il y en a dans la population? On n’est pas sortis de l’auberge…

Le proportionnelle a été rejetée dans 3 provinces canadiennes et toujours pour les mêmes raisons que j’ai déjà énumérées. Ça crée des gouvernements instables, pratiquement ingérables, qui sont le fruit de compromissions qui enlèvent toute sa saveur au parti qui a gagné ses élections et ce, à cause des alliances forcées. Ça donne à de petits partis une influence disproportionnée. De plus, ces gouvernements mettent une éternité à se former pour souvent s’autodétruire au bout d’un certain temps à cause des disparités idéologiques que ces alliances ont forcé.

Bref, le bordel assuré.

Pourquoi chercher à tout prix à faire en sorte que les sièges détenus à l’assemblée nationale reflètent le plus possible les résultats du votes exprimés lors du scrutin? Le mois précédent le vote, les résultats auraient été fort différents. Que dire de l’année suivant le votes; une fois la lune de miel terminée. La promotion de la démocratie implique qu’il faut plutôt promouvoir l’acceptation de la décision de la majorité et non chercher à illustrer le plus possible les différents courants présent au sein de la société. Une fois élu, un député représente tous les électeurs et non seulement ceux qui adhèrent à son parti politique. Ma crainte est donc que cette réforme améliore temporairement (pendant quelques semaines) la représentativité de l’assemblée nationale mais entraîne aussi un déficit permanent de la démocratie au niveau de la circonscription. ce mode de scrutin fera en sorte qu’un député ne sera plus que le porte parole d’un programme, d’une idéologie.

Il y a encore des députés qui vont représenter leur
circonscription. Il y aura seulement d’autres députés
qui s’ajouteront à eux pour compenser les distorsions
du vote… Car pour « promouvoir l’acceptation de la
décision de la majorité » comme vous dites, encore
faut-il que l’on aie la bonne majorité au Parlement,
et pas une majorité créé par le mode de scrutin
seulement, mais qui n’existe pas dans la société…
Pour ce qui est des changements de l’humeur de
l’électorat, je ne connais pas de façon d’en tenir
compte par un vote aux quatre ans. La seule façon
d’y remédier est d’établir une démocratie directe,
i.e. une façon pour les citoyens de voter directement
les lois sans intermédiaire…mais ça n’as jamais été
fais à ma connaissance…et j’ai bien peur qu’il n’y
aie pas beaucoup de députés qui votent pour la
suppression à terme de leur propre emploi…