Qsistes, plquistes et le bon côté de la vertu

Parmi les quatre partis principaux qui se partagent l’arène politique québécoise, deux ont littéralement confisqué une qualité, affirme Marie-France Bazzo, qui propose une nouvelle façon de nommer le monde — et les partis. 

Photo : Antoine Bordeleau

Il y a quatre partis principaux qui se partagent l’arène politique québécoise. De ceux-ci, deux ont littéralement confisqué une qualité : les libéraux et les solidaires. Ni les péquistes ni les caquistes ne poussent l’appropriation jusqu’à se qualifier de « québécois », même si leur nom de parti inclut « Québec » ou « québécois »…

C’est l’ami Antoine Robitaille, dans le Journal de Montréal, qui a attaché le grelot. Dans un article récent, il parlait des Qsistes. Il est le seul à le faire. Mais il a probablement raison. En s’autoproclamant d’office des « solidaires », les membres du parti de Manon Massé relèguent les autres à leur contraire. Si tu n’es pas solidaire, tu es donc égoïste, narcissique.

Il y a, dans cette appellation séduisante, une volonté de se camper du côté de la vertu. C’est très habile, et pernicieux. En 2005, lors de la fusion de l’Union des forces progressistes et d’Option citoyenne, on s’est inspiré du titre du manifeste des Solidaires, qui s’opposait au manifeste des Lucides (autre beau cas d’appropriation que celui de la lucidité !). Et voilà, les généreux Solidaires existaient. Qsistes, ç’aurait sonné tellement technocratique…

À une autre époque moins regardante, les libéraux réussissaient un formidable braquage sémantique, s’arrogeant le mot très enviable de « libéraux », synonyme d’ouverture, de libertés civiles, de progrès. Les autres étaient les conservateurs. Mais c’était en 1867. Aujourd’hui, plquiste serait plus logique, mais plus modeste aussi. Car le libéralisme n’est pas l’apanage des troupes de M. Couillard, tout comme la solidarité n’est pas distillée uniquement dans la cuisine de GND.

La manière de nommer le monde — et les partis — n’est jamais neutre. On lance ça : péquistes, caquistes, qsistes, plquistes ?

On peut rêver…

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7 commentaires
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Merci de me fournir le prétexte de revenir sur une question qui m’a déjà un tout petit peu dérangé… mais que je n’ai jamais soulevée… Manque de temps? ou tout simplement sentiment que ça ne valait même pas la peine d’essayer d’argumenter avec des gens qui, de toute façon, n’auront jamais la tête assez bien faite pour y comprendre quoi que ce soit?
Quoi qu’il en soit, voici l’idée de base : les termes « terroriste », « anarchiste », « mafieux », « felquiste », « séparatiste », » trotskiste », « trumpiste », etc. ont toujours représenté, dans l’esprit des « bien pensants » qui les ont employés ad nauseam, jusqu’à les imposer dans le discours quotidien — et avant tout dans celui des médias de toute nature — ont toujours désigné « l’ennemi à abattre », le « pas montrable en société », celui qui ne pense tout simplement pas comme le « vrai monde »… Rarement, il me semble, les personnes visées par ces véritables surnoms ( cela me rappelle tellement mon « temps de collège », ou presque chacun avait son surnom, que « les autres » utilisaient à son égard, pour le désigner, le singulariser, le rabaisser souvent, le ridiculiser parfois… ), rarement ces personnes se désignaient elles-mêmes par ces sobriquets un peu ridicules…
Alors, lorsque ces « fédéralistes » bien pensants ont commencé à nous affubler de ce surnom méprisant de « péquistes », nous avons été beaucoup trop tolérants. Nous, nous étions et voulions être Québécois, alors qu’eux, ils s’acharnaient, et s’acharnent encore, à préférer demeurer des Canadiens français vivant au Québec… Et lorsque certains d’entre nous, plus exaspérés par la supercherie langagière que tant de gens voulaient nous imposer ( et qu’ils ont manifestement réussi à faire ), en qualifiant les autres, au détour d’une simple conversation, de « fédérastes », notre leader si sympathique et altruiste de René Lévesque s’est aussitôt empressé de dénoncer cet abus de langage indigne de notre idéal un tout petit peu naïf, et trop bon pour le combat à mort qui s’engageait, et se poursuit toujours, contre ces « pas pareils » que sont ces « damned fellow Quebecers ».
Alors, quels que soient tous ces propos nuancés, sur les acronymes plus ou moins accrocheurs, sinon « vendeurs », qui est et veut être Québécois? et qui préfère rester Canadien français? Voilà une question non encore résolue… même si personne ne la pose jamais… Couillard peut-il mériter le qualificatif de Québécois, s’il préfère le Canada ( ce pays « sans bon sens » ) à son « coin de pays » bien réel, où il vit et gagne sa vie, élève ses enfants, déroule sa carrière et place son argent?… Si l’on a à choisir, on choisit quoi, en premier?

Je n’y vois pas de problème personellement.

Dans la plupart des élections où j’ai voté, le parti libéral était moins libéral que le parti québécois. L’adjectif lui-même est assez peu utilisé dans notre province — je me rappelle l’avoir lu quelques années après avoir su de quel parti Daniel Johnson Jr était le chef.

Pour ce qui est de solidaire, je trouve que c’est à double tranchant. La plus grosse critique que l’on fait à QS est qu’ils vivent dans leur monde sans se préoccupper de la réalité. Selon leurs détracteurs, ils sont solidaires, mais seulement entre eux.

Jean Charest a popularisé le terme « caquiste » alors que la CAQ était en processus d’avaler l’ADQ, alors que François Legault espérait s’appeler « les coalisés ». Il lui a été impossible de renverser la vapeur.

Je ne pense pas que ce sera possible d’amener QSiste dans l’espace public. Pour l’instant j’ai vu le terme utilisé par un ou deux péquistes fâchés (je n’ai pas lu monsieur Robitaille), et il me semble que sa qualité principale est d’être un peu ridicule (remarquez, « caquiste » l’était aussi au début) et particulièrement agressant aux oreilles. Dans l’immédiat, je trouve que c’est comme dire « crooked Hillary » — c’est la version péjorative du terme usuel, et une tentative publique de re-branding par les militants ennemis.

La tentative d’Antoine Robitaille de modifier la dénomination des membres de Québec solidaire ne m’apparaît pas relever d’un soucis d’objectivité et de neutralité. D’une part, la dénomination «solidaire» est employée depuis 12 ans et c’est sous cette appellation que les membres et députés de ce parti sont connus au sein de la population (ce qui a pris un certain temps d’ailleurs, heureusement le parti est bien implanté dans le paysage politique aujourd’hui). D’autre part, M. Robitaille reconnaît lui-même dans sa chronique de septembre 2017 que le terme qu’il a choisi «se prononce difficilement», ce qui ne semble pas problématique pour lui. Ajoutons à cela qu’il introduit ce terme dans une chronique où il s’en prend au souverainisme de Québec solidaire, bien, disons que le jupon dépasse.

Aussi, pourquoi seulement s’intéresser à la dénomination de l’appartenance à un parti et non au nom des partis? Si le «solidaire» de Québec solidaire se veut mélioratif, il en va de même pour le Parti «libéral» du Québec, la Coalition «avenir» Québec et, plus encore, le Parti «québécois» (rien de moins!). Dans un soucis d’objectivité et de neutralité, ceci ne devrait pas être autrement plus questionnant?

Le solidarisme ou la pratique de la solidarité est une doctrine philosophique et politique fondée sur un principe solidaire considéré comme un devoir social entre tous les êtres humains. L’égoïsme n’est pas un antonyme de solidaire pas plus que le narcissisme qui fait directement référence à la psychologie et à la personnalité. Non de manière spécifique à la pratique.

Ainsi une personne peut très bien être très narcissique et très solidaire envers tous les autres en même temps. Simplement cette personne très solidaire considèrera ceux et celles avec qui elle est solidaire comme en tous points à sa belle image.

A-t-on jamais fait le procès du syndicat polonais Solidarnosc (Solidarité) pour son nom ? Ce que cela relève plutôt, c’est le courage des syndicalistes polonais dans les années 80 dont la figure la plus emblématique et la plus inspirante ne fut nulle autre que celle de Lech Wałęsa.

Il y a de nombreuses définitions rattachées à la vertu. Qu’est-ce que la vertu ? Cela serait selon moi une perversion que de voir dans le nom et/ou l’appellation d’un parti politique une forme quelconque de pratique vertueuse. Tous les partis politiques luttent pour exercer le pouvoir. Y-at-il une quelconque pratique vertueuse dans la quête du pouvoir ?

La vertu serait plutôt d’une toute autre nature : la pratique du non-jugement et le refus de l’exercice de toute forme de pouvoir quel qu’il soit. En ce sens, comme être humain : je suis vertueux.

La réalité est qu’il n’existe pas au Québec de parti libéral autre que le PLQ. La réalité est que les libéraux défendent, comme les solidaires d’ailleurs, des principes aussi. L’un des principes du libéralisme, c’est : l’indépendance. C’est cette pratique de l’indépendance qui guide les fondamentaux de l’économie qui en principe sont basés sur la libre concurrence. Liberté et indépendance vont de pair.

Il est vrai que ces notions sont désormais partagées de diverses façons par la plupart des partis politiques au Québec. Mais que diantre ! Franchement, sérieusement, dès maintenant, facilement : rien n’empêche les partis de changer de nom. Ainsi le PQ pourrait très bien s’appeler : le parti libéral indépendantiste du Québec. La CAQ pourrait bien s’appeler : la coalition de l’avenir libéral du Québec. QS pourrait très bien s’appeler : solidarité libérale Québec.

Que devrions-nous conclure alors ? — Eh bien c’est très facile : Que 100% des québécois sont des libéraux (certains ignorent qu’ils le sont) et que peu importe qui gouvernera le 2 octobre prochain, tous les députés seront à quelques nuances près toutes et tous libéraux.

Ainsi nos vraies valeurs à nous tous les Québécois de toutes origines (incluant les futurs nouveaux arrivants) ne sont-elles pas fondamentalement libérales ? — Un grand merci madame Bazzo pour toute l’excellence de votre démonstration.

Cher Monsieur Drouginsky,
Vos commentaires sont toujours intéressants, et le fruit de votre réflexion dénote toujours une profondeur certaine… exprimée avec une dose de modération que nous sommes certainement nombreux à apprécier… Oui, vous vous comportez assurément en homme vertueux… et vous savez tout aussi bien « regarder ailleurs », en même temps, ce qui vous permet de demeurer altruiste, ou solidaire des autres points de vue, au moins d’une façon minimale, c’est sûr…
Oui, vous avez raison de dire que, à quelques nuances près, tous les députés québécois pourraient être qualifiés de « libéraux », ou rêvant de liberté pour tous… tout comme on pourrait dire que tous ils ont un souci réel de « solidarité », envers un peu tous leurs commettants ou concitoyens… tous encore rêvent d’un « avenir » meilleur pour la société québécoise et l’ensemble des individus qui la composent… Votre métaphore, même si elle pouvait sembler à première vue une tentative assez rusée de « tirer toute la couverte à soi », n’en démontre pas moins qu’il existe des « consensus forts », au sein de la communauté de notre « coin de pays »… Par exemple, il est extrêmement rare de trouver au Québec quelqu’un qui admire un certain Monsieur Trump… Le jugement est sans appel ni équivoque…
Pour en revenir à votre métaphore, vous avez seulement oublié de mentionner qu’un certain Parti pourrait s’appeler le « Parti libéral canadien du Québec » ( PLCdQ )… ce qui ne règle en rien le problème de fond. Tout le monde « veut » faire partie des Québécois, à tout prix… avec un degré divers d’acceptation que « les autres » aient droit au même qualificatif… On ne se sent jamais plus « Canadien » que lorsqu’on se retrouve seul dans un pays lointain… On ne se sent jamais plus « Québécois » que lorsqu’on est perdu « quelque part ailleurs », dans ce « pays sans bon sens » appelé le Canada ( un terme qu’on a d’ailleurs habilement « emprunté » à nos propres ancêtres, qui l’avaient à toute fin utile inventé pour se désigner ( « Canayens » )…
Alors, en fin de compte, Canadiens d’abord? Canayens? Québécois d’abord ( par choix ), et Canadiens… par nécessité? ( parce qu’on ne veut tout de même pas « tout laisser aller », lorsqu’on veut nous dépouiller de ce qui compose la fibre même de ce que nous sommes )…

En réalité, nous avons à choisir entre 3 chefs car la madame à la m…che n’est qu’une porte-parole. Le chef se cache dans le bureau et fait du classement…
le petit Gabriel circule dans l’autobus et admire la nature tout en étant un porte-parole.