Que donnerait une proportionnelle mixte?

Les trois partis d’opposition promettent une réforme du mode de scrutin. Qu’est-ce que ça donnerait selon les sondages actuels ? L’exercice de Philippe J. Fournier risque de vous surprendre !

Photo: Antoine Bordeleau

L’élection québécoise du 1er octobre prochain pourrait être la dernière sous un mode de scrutin majoritaire uninominal à un tour (SMUT) au Québec.

Le 10 mai dernier, les chefs et porte-paroles du Parti québécois, de la Coalition avenir Québec, de Québec solidaire et du Parti vert du Québec ont signé une entente pour réformer le mode de scrutin au Québec pour mettre en place un système de scrutin proportionnel mixte compensatoire. Cette initiative du Mouvement démocratie nouvelle (MDN) viendrait complètement changer la façon dont l’électorat québécois fait élire ses représentants.

Oh, nous allons toujours inscrire un crochet ou un X sur un bulletin de vote à côté du candidat du parti de notre choix. Cependant, la formule mathématique utilisée pour déterminer le nombre de députés de chacun des partis changera dramatiquement… si les signataires respectent l’entente après le 1er octobre, bien sûr.

Actuellement, nous utilisons le mode de scrutin dont le plus grand avantage est sa simplicité:

  • le Québec est divisé en 125 circonscriptions;
  • le candidat qui reçoit le plus grand nombre de votes au sein d’une circonscription est élu;
  • s’il est majoritaire, le parti qui remporte le plus grand nombre de circonscriptions forme le gouvernement;
  • s’il est minoritaire, il doit tenter de gouverner en sachant que son gouvernement pourrait tomber lors d’un vote de confiance, ou conclure une coalition avec un ou d’autres partis.

Le SMUT  fonctionne généralement bien, à quelque exceptions près, dans un système à deux partis (ou 2 ½ partis). Toutefois, l’apparition de nouveaux partis dans les dernières décennies fait en sorte que le pourcentage de vote obtenu par les partis ne reflète généralement pas la fraction de sièges qui leur est attribuée.

Par exemple, en 2014, le PLQ a fait élire 70 des 125 députés (56 % des sièges) avec 41,6 % du vote populaire. Dans un système où les sièges sont distribués de façon proportionnelle, le PLQ en aurait obtenu plutôt 52, loin du seuil de 63 sièges pour une majorité. À l’inverse, QS a fait élire trois députés avec 7,5% du vote;  dans une proportionnelle pure, la dernière législature aurait vu 9 députés solidaires entrer à l’Assemblée nationale.

Le scrutin proportionnel mixte compensatoire

Jean-Sébastien Dufresne, le cerveau derrière le MDN, m’a approché afin d’utiliser le modèle Qc125 pour simuler les élections québécoises sous le mode de scrutin proposé. Mais comme on dit, le diable est dans les détails:  j’aurai besoin de plus d’un article afin de présenter les nombreux aspects de ce mode de scrutin.

Car il faut l’admettre: malgré ses nombreuses vertus (décrites plus bas), la proportionnelle mixte compensatoire (PMC) est un système complexe qui comporte de nombreuses facettes qui ne seront découvertes qu’après plusieurs élections.

Voici les grandes lignes:

  • À quelques exceptions près (nous y reviendrons), un parti qui, par exemple, obtient 40% du vote populaire lors d’une élection générales devrait obtenir approximativement 40% des sièges à l’Assemblée nationale. Le résultat final de l’élection, en sièges, devra donc refléter le résultat des suffrages.
  • Le nombre de circonscriptions SMUT passeraient de 125 à 78. Seraient ensuite ajoutés 50 sièges compensatoires qui seraient attribués aux partis ayant dépassé un seuil minimal (voir prochain point) dans le but d’obtenir une représentativité proportionnelle. Pourquoi 78 sièges? Parce que, par souci de simplicité, les circonscriptions SMUT seraient calquées sur la carte fédérale qui regroupe 78 circonscriptions au Québec. L’Assemblée nationale passerait donc de 125 à 128 sièges.
  • Le seuil minimal qu’un parti doit obtenir afin de se qualifier pour recevoir des sièges compensatoires devra être choisi par la prochaine législature. Selon nos sources, ce seuil serait probablement fixé à 5% des suffrages lors des élections générales. Par exemple, un parti qui obtiendrait 2% des suffrages ne recevrait aucune représentation à l’Assemblée nationale, sauf s’il parvient à faire élire un député dans une des 78 circonscriptions SMUT.
  • Les 50 sièges compensatoires seraient attribués par région où les partis qualifiés sont le plus sous-représentés. Ici, de nombreux détails demeurent encore incertains, comme le nombre de régions et le nombre de sièges attribués par région. L’aspect régional de cette proposition de mode de scrutin sera étudié plus en détails dans un prochain article.

À quoi ressemblerait l’Assemblée nationale ? Commençons par prendre les résultats des élections générales de 2014 et 2012 afin de comparer les résultats finaux en mode SMUT et PMC.

Les résultats de l’élection de 2014

Avec 41,6 % des suffrages en 2014, Philippe Couillard et le PLQ ont remporté 70 circonscriptions. Le Parti québécois a fait élire 30 députés avec 25,4 % pour former l’opposition officielle. De son côté, la CAQ et QS ont gagné 22 et 3 sièges, avec 23 % et 7,5 % respectivement.

Si nous appliquons le modèle PMC aux résultats de 2014, voici ce que nous obtenons:

Le Parti libéral du Québec aurait remporté 55 des 128 sièges à l’Assemblée nationale, soit 10 sièges sous le (nouveau) seuil de 65 sièges pour une majorité. Le Parti québécois aurait gagné 33 sièges et la CAQ, 30. De son côté, Québec solidaire aurait grimpé à 10 sièges.

Il n’est pas difficile de concevoir à quel point les quatre dernières années auraient été différentes avec un tel gouvernement. D’ailleurs, nous pouvons remarquer que Québec solidaire aurait détenu la balance du pouvoir au sein de l’opposition, car les sièges péquistes et caquistes auraient totalisé, ensemble, 63 sièges – deux sièges sous le seuil de la majorité.

Les résultats de l’élection de 2012

Lors de l’élection générale de 2012, le Parti québécois mené par Pauline Marois a remporté 54 sièges contre 50 pour les libéraux de Jean Charest. Malgré une récolte de 27% des suffrages, la CAQ n’a remporté que 19 circonscriptions. Québec solidaire doublait sa députation avec deux sièges:

Avec le mode de scrutin PMC, voici ce qu’auraient été les résultats finaux de cette élection:

N’ajustez pas votre appareil: il y aurait eu une égalité de sièges entre le PQ et le PLQ, avec 42 chacun. La CAQ aurait obtenu 36 sièges et QS, 8.

Qui aurait formé le gouvernement dans cette éventualité? Selon nos règles parlementaires actuelles, en cas d’égalité, le parti au gouvernement sortant possède la première opportunité de gagner la confiance de la chambre. En cas d’échec, le lieutenant-gouverneur du Québec peut donner au second parti en tête la chance de chercher la confiance. Si les deux partis échouent, le Québec retomberait donc en élection.

Toutefois, même s’il s’agit ici de la politique-fiction, il n’est pas impensable que le Parti québécois ait quand même pu former le gouvernement considérant qu’il avait gagné le vote populaire (par une faible marge) et que le PLQ se serait retrouvé sans chef avec la défaite de Jean Charest dans sa circonscription.

Devant un tel scénario, c’est la CAQ qui aurait détenu la balance du pouvoir. Le gouvernement en place, péquiste ou libéral, aurait eu besoin du soutien des députés caquistes afin de faire adopter les lois et les budgets.

La dernière projection Qc125 pour l’élection de 2018

Finalement, jetons un coup d’oeil à la dernière projection Qc125 pour l’élection du 1er octobre 2018. (Attention: il s’agit de la mise à jour du 6 septembre 2018. Ces chiffres vont assurément fluctuer d’ici le 1er octobre.)

D’abord, la projection du vote populaire avec les intervalles de confiance de 95%:

Et voici la projection de sièges selon le mode de scrutin actuel:

En arrondissant les moyennes de sièges à l’unité près, voici ce que nous obtenons:

La CAQ se trouve donc tout juste au seuil de la majorité (qui est de 63 sièges).

Avec le mode de scrutin PMC, voici ce que serait la projection de sièges:

En arrondissant les moyennes à l’unité près, voici ce que nous obtiendrions:

La Coalition avenir Québec serait ramenée à une moyenne de 46 sièges, soit bien en-deçà du nouveau seuil de majorité de 65 sièges. Le Parti libéral ne serait pas loin derrière avec 42 sièges.

Les deux formations souverainistes obtiendraient ensemble 40 sièges, soit 25 pour le PQ et 15 pour QS.

Nous avons donc devant nous deux projections de sièges radicalement différentes, malgré que nous utilisions la même projection du vote populaire !

En conclusion

De nombreux détails doivent encore être débattus. Outre la distribution régionale des sièges compensatoires et le seuil minimal de qualification, nous devrons aussi déterminer à qui appartiendraient ces sièges compensatoires.

Dans notre système actuel, nous votons pour une personne et non une formation politique. Une fois élue et assermentée, cette personne possède toute la liberté de quitter son parti afin de siéger comme indépendant ou même de changer de parti. D’après mes discussions avec le MDN, il est probable que les députés élus de façon compensatoire siègent au plaisir de leur formation politique. Si un député devait être exclu du caucus de son parti pour une raison ou une autre, il pourrait alors être remplacé par son parti et ainsi perdre son poste de député.

Il s’agirait d’un changement radical du système actuel. J’explorerai les autres aspects de ce mode de scrutin dans un prochain article.

Dans la même catégorie
Boutique Voir & L'actualité

Obtenez jusqu’à 40% de plus pour votre prochaine sortie

35 commentaires
Les commentaires sont fermés.

— Remarques :
1 — Il devrait y avoir un lien avec : « viendrait complètement changer la façon » on trouve plutôt à la place : « about:blank ».

2 — Dans votre texte, vous employez le sigle SMUT pour : Scrutin majoritaire uninominal à un tour et alternativement l’acronyme FPTP pour : First-past-the-post voting. Ceci est susceptible d’induire le lecteur en erreur.

3 — Vos projections de sièges suivant le mode PMC restent pour le moment incertaines puisque comme vous l’écrivez : « Les 50 sièges compensatoires seraient attribués par région où les partis qualifiés sont le plus sous-représentés. Ici, de nombreux détails demeurent encore incertains, comme le nombre de régions et le nombre de sièges attribués par région. L’aspect régional de cette proposition de mode de scrutin sera étudié plus en détails dans un prochain article. »

J’avais formulé la même remarque en mai dernier, lorsque la proposition du Mouvement Démocratie Nouvelle avait été connue. J’ai bien hâte d’en savoir plus dans le prochain article.

4 — Relativement à la projection PMC de 2012. La question est effectivement bien de savoir qui forme le gouvernement en cas d’égalité de députés ? Pratiquement tous les États qui adoptent une part de proportionnalité n’ont guère d’autres choix que de former une coalition. Seule exception au Canada actuellement : la Colombie-Britannique : une coalition fragile.

Il ne peut pas y avoir de changement de scrutin sans ajustement dans les pratiques de gouvernance. Une chose que ce sont bien gardés d’aborder les partis signataires de la proposition de MDN.

5 — Un des aspects d’un tel mode de scrutin est aussi celui de la division du vote. Aujourd’hui lorsqu’on vote pour un député et un parti, le vote est plutôt discipliné. S’il y a possibilité de faire élire des députés d’autres partis, que donnerait dans ce cas les transferts de votes vers par exemple : Le Parti vert, le Parti Conservateur ou NPD Québec, qui pourraient très bien dépasser le seuil de 5% et/ou obtenir des élus ?

C’est ici aussi que la répartition par régions pourrait apporter des différences et des distorsions.

6 — Un tel mode de scrutin n’aurait-il pas en partie pour effet d’affaiblir plus encore des partis traditionnels qui sont déjà malmenés ? En 2014 le seuil de la majorité se trouvait aux alentours de 40%, en 2018 il pourrait ne pas dépasser 35%. Advenant une élection en mode PMC ne risque-t-on pas d’abaisser le pourcentage pour obtenir le pouvoir drastiquement ?

— Conclusion :
Les chantres de la proportionnalité (qui ici d’ailleurs n’a rien d’intégrale) ne risquent-ils pas d’être finalement amèrement déçus ? Et je gage qu’il ne pourrait y avoir de retour en arrière !

Et pourquoi les Verts ou le PCQ ou le NDP n’auraient-il pas de députés ? De quel droit ?
Vous négligez AUSSI le fait que ce système peut réduire le nombre de gens qui votent blanc ou ne votent pas.

@ alain maronani,

Vous n’avez pas compris ce que j’ai écrit. J’ai justement évoqué la possibilité que des partis qui ne sont actuellement pas représentés à l’Assemblée puissent avoir des élus. Admettez tout de même qu’un parti qui arriverait en tête et serait largement minoritaire ; que le dit parti n’aurait pas une grande légitimité pour gouverner.

C’est donc bien le mode de gouvernance qui doit être changé, advenant que le mode de scrutin soit changé.

De plus le Système proportionnel mixte compensatoire (PMC) tel qu’il est actuellement imaginé par le Mouvement Démocratie Nouvelle, serait pratiquement unique au monde. Il n’existe que dans 2 ou 3 pays Africains et encore suivant des termes d’attribution des élus différents. Cela n’a rien à voir avec les systèmes proportionnels qui sont en vigueur dans plusieurs autres pays.

De toute évidence, comme beaucoup d’internautes vous n’êtes pas capable d’établir ce genre de distinctions et vous êtes prêt à adopter un système compliqué qui ne saurait assurer d’une plus juste représentativité.

— En revanche vous êtes très fort lorsqu’il s’agit de me faire la leçon. Et comble du comble, selon vos commentaires vous dites une chose et puis son contraire. Pas trop sérieux tout ça !

Pour vous faire une idée plus claire sur ce mode de scrutin (cela devrait vous rendre plus intelligent), vous devriez lire ce billet de Philippe J. Fournier sur son blogue par le lien suivant :

Simulation d’une proportionnelle pure et pourquoi j’ai des réserves envers une proportionnelle mixte
http://blog.qc125.com/2017/06/simulation-dune-proportionnelle-pure-et.html

La coalition fragile de la Colombie-Britannique? Faut pas oublier que cette coalition (qui en fait n’en est pas une) représente 60% des électeurs lors de la dernière élection. Pour une fois, la province est gouvernée par des gens qui répondent à l’expression de la majorité des électeurs! Fragile? Seulement à cause du système uninominal à un tour qui veut que 60% des votes ne se traduisent que par à peu près 52% des sièges! (le NPD et les Verts ont 44 sièges, les libéraux 42 et 1 indépendant, le président de la Chambre).

Ceci dit, cette coalition n’est pas si fragile. Elle a navigué à travers des problèmes très difficiles et a tenu le cap. Certes il y a des points d’achoppement entre les Verts et le NPD (le barrage du Site C, la gestion de l’environnement et des forêts entre autres) mais ils ont su faire des compromis (comme l’oléoduc TransMountain) et les deux partis sont d’accord pour changer le système en proportionnelle, avec un référendum cet automne. Alors, je pense que c’est un exemple qui montre que ça pourrait fonctionner.

Bonjour,
Vous dites dans l’une de vos réponse a maronani que ce système »serait pratiquement unique au monde. Il n’existe que dans 2 ou 3 pays Africains et encore suivant des termes d’attribution des élus différents. Cela n’a rien à voir avec les systèmes proportionnels qui sont en vigueur dans plusieurs autres pays. »… Ce qui est faux car, les partis impliqués et le mouvement Démocratie Nouvelle l’ont pourtant mentionner déjà, ce système ( étudier et recommander par un comité d’expert indépendant qui en ont analyser plusieurs) est actuellement utilisé par ces pays :
Allemagne, Hongrie, Nouvelle-Zélande, Bolivie, Lesotho, Roumanie. Selon le comité, ce mode de scrutin serait plus compatible avec la portrait politique du Québec actuel, qui est semblable que celle dans ces pays… sois l’existence de plus de 2 parties important.

https://www.democratienouvelle.ca/modes-de-scrutin-a-travers-le-monde/famille-proportionnelle/

Pouvez-vous expliquer les différences fondamentales entre le système proportionnel mixte compensatoire décrit ici et le système électoral de la Nouvelle-Zélande qui fonctionne a merveille ? Parce que moi je n’en vois pas…

@ NPierre,

Quand je parle de fragilité, c’est simplement parce qu’il suffit que deux députés NPD soient dans l’impossibilité de voter, pour qu’ils perdent leur majorité. Nonobstant, je suis fort aise que les travaux de votre Parlement fonctionnent actuellement pour le mieux.

@ Stephane,

Merci pour votre réponse intéressante, mais…. Je suis au regret de devoir vous contredire en partie et contredire par le fait même le Mouvement Démocratie Nouvelle. Le scrutin proposé pour le Québec est le Scrutin proportionnelle mixte compensatoire (PMC). En vigueur certes dans plusieurs pays. Néanmoins, sur la base d’une telle proposition vous avez de nombreuses variables.

En me servant des exemples que vous produisez, je vais (de manière non exhaustive) vous présenter plusieurs de ces variables. Les informations que je donne ici sont à titre indicatif, autant que faire se peut, mes propos sont « à jour », il se peut toutefois qu’il se trouve ici ou là des éléments que je n’aie pu valider en totalité.

1 — En Allemagne le système est proportionnel plurinominal où une partie des sièges sont attribués suivant un scrutin uninominal à un tour. Ce qui nécessite un bulletin de vote double. De plus vous avez deux assemblées : le Bundestag et le Bundesrat. Pour l’une c’est une Assemblée nationale avec des députés de toute l’Allemagne. Pour l’autre c’est une assemblée représentative des Länder (l’équivalent de nos Provinces au Canada). Ici, je ne traite pas le système en vigueur pour les Länder qui comporte aussi son lot de variables.

MDN s’inspire du système allemand, mais en quelques sortes à l’envers.

2 — En Hongrie le système est unicaméral. Sur 199 députés, 106 sont élus par un système uninominal à un tour, 93 députés sont élus au système proportionnel dans une seule circonscription. Au Québec on prévoit une représentation proportionnelle des députés en fonction des régions (surpondération pour les régions éloignées et peu peuplées). C’est une différence qu’il fallait souligner.

3 — En Nouvelle-Zélande, il n’y a qu’une seule chambre et le scrutin est proportionnel plurinominal avec une attribution d’une cinquantaine de députés en fonction du poids électoral de chaque parti au niveau national. À noter que dans ce type de scrutin qui existe dans d’autres pays, la méthode de calcul pour l’attribution des sièges peut être très variable, ce qui altère en partie la proportionnalité de la distribution de la partie variable des sièges. Comme cela est assez compliqué, je n’entrerai pas dans le détail. De plus une partie des sièges sont réservés aux Māoris. À ma connaissance, on ne réserve pas des sièges au Québec pour les Premières nations. Ici encore, ce n’est pas exactement le système PMC tel qu’envisagé au Québec.

4— En Bolivie le système électoral en vigueur devrait en principe être : la Représentation proportionnelle par scrutin de liste. Pas exactement ce qui est prévu non plus pour le Québec. Il se peut que ce pays ait depuis quelques temps opté pour un collège mixte, car la Bolivie a connu au cours de son histoire plusieurs réformes électorales.

5 — Au Lesotho, la population se plaint actuellement de leur système électoral. Il utilise le système First Past The Post (FPTP en anglais), ce qui correspond au système en vigueur actuellement au Québec et au Canada. Ils ont décidé d’attribuer 30% minimum des sièges aux femmes, ce qui complique le vote selon les habitants du pays. Encore, ils ont décidé d’une représentation partiel des députés inscrits à la proportionnelle par district.

Il s’agit bien du scrutin proportionnel mixte le plus proche envisagé par MDN pour le Québec. Et le Lesotho faisait bien parti des deux pays d’Afrique que je mentionnais dans mes commentaires sans les citer nommément.

Les habitants du Lesotho se plaignent de l’instabilité que ce système entraine en raison de la multiplication des partis. Toutefois en pratique ce sont toujours les trois mêmes partis qui exercent le pouvoir. Et… il existerait en prime certains facteurs de corruption (ce que je ne suis évidemment pas allé vérifier).

— Est-ce que c’est bien ça que nous voulons pour le Québec ?

6— La Roumanie a deux types d’élections : les législatives et les régionales. Le système pour les législatives est bicaméral : 334 députés et 100 sénateurs. Leur système assez particulier et intéressant d’ailleurs. Tout candidat qui obtient 50% des voix ou plus dans sa circonscription est élu. Les sièges et les circonscriptions où aucun candidat n’a obtenu plus de 50% sont répartis proportionnellement. Il y a donc intérêt à former une majorité.

Au niveau régional, la Roumanie est divisée en 41 régions qui élisent chacunes un parlement à la proportionnelle, seul un quorum minimum de 5% est exigé pour être représenté dans ces parlements.

Ici encore, la Roumanie n’est pas un exemple pertinent pour établir une comparaison avec la version de MDN pour le Québec. Pour ne rien vous cacher, je trouve le système roumain assez bon et j’aimerais bien qu’on s’en inspire pour tout le Canada, incluant le Québec.

— Conclusion :
Ma foi oui ! Le système envisagé par MDN — tel qu’il est pour le moment connu — est à peu près unique au monde dans sa configuration. Personnellement, je trouve qu’on devrait aussi s’assurer d’une présence minimale des Premières nations à l’Assemblée nationale. Que je sache, cela n’est pas à l’ordre de jour de nos partis politiques. Dommage, nous passons ici à côté d’une magnifique occasion de donner une voix au bénéfice de toutes et de tous.

@ Bob,

Je comprends bien votre question. Vous trouverez une réponse à votre question, dans la réponse faite aux commentaires de Stephane, j’aborde au point trois (3) le cas de la Nouvelle-Zélande. Il convient de préciser que ce mode scrutin s’entend pour le Parlement au niveau national.

Vous pourrez aussi saisir certaines différences dans le point deux (2) relatif à la Hongrie.

Lorsqu’on parle de système mixte, on parle en fait de plusieurs systèmes qui se déclinent actuellement suivant au moins quelques 7 variantes différentes. Le système proposé par MDN constituerait en quelques sortes une huitième variante. C’est souvent en observant le détail qu’on peut apprécier les avantages et les inconvénients.

L’avantage du système canadien tel qu’il existe actuellement, c’est sa relative simplicité. Le comptage est facile. Il est donc rapide d’obtenir pratiquement tous les résultats lors de la soirée électorale. Le choix du Premier ministre est aussi assez simple.

Pratiquement tous les pays qui optent pour un système mixte, ne peuvent constituer une majorité. Il est donc indispensable de former des gouvernements de coalition. En Allemagne, cela a pris plusieurs mois à madame Merkel pour former un gouvernement. Plusieurs partis et des citoyens demandaient sont départ et son remplacement.

Quoiqu’il en soit, vous avez entièrement raison, la Nouvelle-Zélande offre un excellent exemple d’un système politique plutôt bien équilibré. Je ne sais si cette réussite vient du système électoral ou des choix intelligents de la majorité de ses habitants.

— Qu’en pensez-vous ?

**** ADDENDA sur la Bolivie :
Après consultation plus longue sur le système électoral bolivien, il appert que la plus récente réforme électorale a introduit un système de représentation mixte avec compensation. Les Boliviens prennent aussi en compte la représentativité des régions. Toutefois, le système diffère grandement du modèle que voudraient adopter les partis du Québec. Ainsi, la base de la représentation proportionnelle telle que je l’avais exprimé dans mes commentaires précédents reste-telle toujours valable.

Le but de l’élection compensatoire bolivienne, c’est de permettre aux petits partis, y compris les partis régionaux, d’être représentés aux Parlements. Ainsi, un parti qui obtiendrait 10 sièges à la proportionnelle (scrutin de liste) et théoriquement 5 sièges au scrutin compensatoire par partis, se verrait à toutes fins pratiques crédité de 10 sièges. En contrepartie (vote compensatoire), un parti qui n’aurait pas d’élus à la proportionnelle mais qui obtiendrait 5 sièges à l’élection compensatoire par région, aurait bien en compensation 5 élus aux parlements.

— Ici encore, nous pouvons nous apercevoir que ce sont bien les modalités qui diffèrent malgré l’appellation commune. C’est un peu comme les pinards, tous les rouges ne goûtent pas exactement de la même façon….

Les nationalistes doivent être vraiment désespérés pour encourager ce type de solution. C’est la garantie de ne jamais pouvoir organiser un référendum…
La PREMIÈRE réforme à faire devrait être de réduire le nombre de députés. Le Québec un peu plus de 8 millions d’habitants, 125 députés, l’Ontario près de 14 millions d’habitants 124 députés Nous devrions avoir 75 députés pas plus ce qui forcerait au regroupement de ministères, de sous-ministres, etc…Les régions sont déjà sur-représentés et cette réforme veut augmenter leur influence, un comble.

@ jack2:

Le 3/4 du territoire québécois est vide. La population est concentrée autour de la vallée du Saint-Laurent.

Nous sommes définitivement sur-administrés tant au niveau fédéral, provincial, municipal que scolaire. La suggestion de Alain Maronani est parfaitement acceptable, voire nécessaire et pressante.

L’exercice est intéressant, mais il serait important de spécifier que selon une PMC nous aurions deux bulletins : un vote pour choisir la personne qui représentera la circonscription et un vote pour choisir un parti et que c’est ce dernier vote qui indiquera la hauteur de la volonté populaire de chaque parti et donc, le nombre de siège qu’il occupera au total.
Dans le contexte où votre simulation utilise les intentions de vote sous le régime actuel, où parfois on vote pour le parti et parfois pour la personne qui se présente dans notre circonscription, les % obtenus d’intention de vote sont un mélange de tout cela.
Combien de votes chaque parti obtiendrait-il si la question était scindée dans un bulletin distinct du résultat du vote de la circonscription? On a qu’a penser au vote stratégique et aux abstentions, sachant qu’on perdra son vote sinon, pour imaginer que les résultats seraient différents, surtout pour les partis qui ont actuellement peu de chances de remporter des sièges de circonscription (ce qui varie selon la circonscription….).
À défaut de pouvoir estimer ces nouveaux pourcentages, il faudrait à tout le moins mentionner les limites de la base de simulation quant au % de la volonté populaire et dire que puisque le vote s’exprimerait différemment, il fournirait des résultats différents. La simulation permet tout de même de voir à quoi ressemblerait l’Assemblée nationale si les sièges étaient répartis proportionnellement aux votes – ce qui est fort utile. Merci.

Malgré l’entente signée par la CAQ, le PQ et QS, j’ai la réelle impression que si un de ces trois partis remporte l’élection, l’entente sera reléguée aux oubliettes, spécialement si le parti élu est majoritaire. Réclamer une réforme du mode de scrutin est un classique chez les petits et/ou nouveaux partis. Le PQ en 1976 avait promis cette réforme qu’il réclamait avant d’être élu; ça ne s’est jamais fait. Plus près de nous, Justin Trudeau en 2015 avait clamé que cette élection était la dernière sous le SMUT. Il a trouvé une raison pour ne pas compléter la réforme et selon toute vraisemblance, l’élection de 2019 sera aussi sous le SMUT.
Si la CAQ ou le PQ procède à la réforme, ce sera extrêmement surprenant.

Ouais…je n’ai pas la mémoire courte. C’était dans le programme du PQ. Ceci a été biffé grâce….à Pauline Marois qui espérait obtenir les scores habituels du PQ…maintenant nos amis qui sont dans le fossé manifestent un enthousiasme bruyant.

Vous avez malheureusement raison. La seule façon de forcer un parti a faire cette réforme c’est qu’il y ait assez de gens convaincus que la réforme est indispensable pour ne pas revoter pour un parti qui a trahi sa promesse…

Le mouvement démocratique devrait regrouper le parti vert, bloc pot, force progressive et autres partis indépendant.

Avec presque 50% de sa population composée d’analphabètes fonctionnels (ils n’arrivent pas à comprendre des instructions écrites simples), je souhaite bonne chance à ceux qui devront expliquer au Québécois moyen le charabia de la proportionnelle mixte avec compensation…

Nous avons un système stable et équilibré qui force les nouveaux partis à faire leurs preuves et qui nous sert très bien merci et qui nous met à l’abri des tribulations et des machinations ourdies par les petits partis politiques extrémistes.

Pas intéressé à le changer. NON merci!

Stable oui, un parti « majoritaire » peut agir en dictateur pendant 4 ans avec 40% de soutien des électeurs alors que les 60% autres peuvent bien paître. Équilibré? Alors pas du tout! C’est le déséquilibre institutionnalisé! On a des situations où la grande majorité des électeurs est contre les politiques du parti qui gagne l’élection, comme le règne du PM Harper.

Pour le commun des mortels, c’est pas difficile à comprendre, lettré ou pas. La proportionnelle veut simplement dire que l’Assemblée nationale représente fidèlement la proportion des électeurs qui votent pour chaque parti, respectivement. L’électeur n’a qu’à mettre son X selon son choix, le reste, ce sont les calculs qui se font et qui reflètent le choix des électeurs. La démocratie n’est pas nécessairement une voie facile! Si la majorité des électeurs veulent la stabilité, ils peuvent le faire en votant à plus de 50% pour un parti; sinon, ben oui, il peut y avoir de l’instabilité, les politiciens ayant à négocier entre eux pour faire des compromis et gouverner équitablement. C’est çà le défi de la démocratie, son but, pas la facilité.

Donc plutôt que d’éduquer les gens pour que les citoyens aient vraiment des élus qui les représentent, vous préférez garder un système pourri qui donne 100% des pouvoirs a un parti qui peut finir avec aussi peu que 38% des votes ? Pourquoi pas rétablir une monarchie absolue, un roi qui décide tout et pas d’élection, ça serait encore plus simple pour les « analphabètes fonctionnels »…

@ NPierre et Bob:

Aucun système n’est parfait et surtout, SURTOUT pas la proportionnelle à moins que vous ne vouliez que le bordel s’installe dans notre pays..

Ceux qui veulent changer le système dans lequel nous avons évolué depuis plus de 150 ans et qui nous a menés à être un des pays les plus admirés de la planète me font penser à des joueurs d’un sport quelconque qui n’arrivent pas à gagner de parties parce qu’ils sont malhabiles et incapables de compétitionner contre leurs adversaires et qui implorent la direction de la ligue pour qu’elle change les règlements pour les favoriser vu leur défaillances notoires.

Bref, des losers!

Changer les règles pour favoriser les inaptes? NON merci!

Article très intéressant!

Ça démontre que cette proposition est quand même assez complexe et doit être peaufinée encore. Mais il faut aussi comprendre qu’aucun système n’est parfait.

Et en effet, quel parti oserait (osera) faire cette réforme? On sait que les libéraux sont contre et que le PQ ne l’a pas fait alors qu’il l’avait promis. La CAQ? Pour tous les partis, pas évident de faire une réforme qui vous fait passer de majoritaire à minoritaire. En fait, je crois que seul un gouvernement minoritaire pourrait oser faire cette réforme.

La Colombie-Britannique va connaître son 3ième référendum sur la proportionnelle cet automne. Le premier a connu un résultat de 59% en faveur alors que le gouvernement libéral d’alors avait mis la barre à 60%… donc, ce fut un échec. Le 2ième, quatre ans plus tard, encore par les libéraux de CB a connu un résultat désastreux de 40% en faveur, le gouvernement libéral d’alors ayant tout simplement lancé la serviette.

Troisième référendum cet automne, cette fois organisé par le gouvernement néo-démocrate de la province, appuyé par les Verts, et le bulletin de vote va proposer 4 questions: d’abord, veut-on remplacer le système actuel? Si oui, il y aura 3 choix qui sont expliqués dans le rapport sur le système électoral (en anglais) qu’on peut trouver sur le web à https://engage.gov.bc.ca/app/uploads/sites/271/2018/05/How-We-Vote-2018-Electoral-Reform-Referendum-Report-and-Recommendations-of-the-Attorney-General.pdf
L’électeur pourra alors faire son choix. Les libéraux sont férocement contre la réforme avec un volte-face spectaculaire et ils ont les gens d’affaire dans leur poche pour tenter de faire pencher la balance en faveur du non. La CB est la province au pays qui a le plus fait pour remplacer son système désuet par un système plus moderne (à l’instar de la Nouvelle-Zélande par exemple) et ça mérite un peu d’attention!

…et le parti qui suivra au pouvoir voudra lui aussi changer les règles pour le favoriser encore plus lors d’un quatrième référendum, etc…etc…

Tout ceci n’a aucun sens.

Et quelle que soit la surprise qui sortira de cette réforme toujours favorisée par les marginaux et les perdants, on aura toujours un Québec pluos divisé et un gouvernement faible et impuissant dans une fédération où le Québec doit se montrer uni. La représentativité et la force des députés fédéraux du Québec en seront considérablement augmentées.

En effet, pas si simple que cela; néanmoins, la proportionnelle apporterait probablement un augmentation dans l’intérêt des gens pour les élections et les petits partis, souvent les plus avant-gardistes, y trouveraient leur compte.

« Que donnerait une proportionnelle mixte ? »
Réponse : bien des maux de tête.

Je suis curieux de connaître éventuellement le modèle utilisé par P.J. Fournier pour parvenir à ce résultat. En lisant un document sur le sujet, l’auteur arrive à présenter 42 scénarios pour expliquer un modèle de scrutin mixte compensatoire pour le Québec. J’arrive mal à m’imaginer les partis politiques, qui défendent cette idée, de proposer autant de canevas pour nous convaincre d’adopter un tel modèle.

Dans le système actuel, à cause de la division du vote, on se retrouve souvent avec un député de circonscription dont le 2/3 de la population ne veut pas. Il me semble qu’une formule simple utilisant un premier, deuxième, et troisième choix de vote pourrait permettre d’en arriver au choix plus près du désir de la population pour chaque circonscription. La division en circonscription tant qu’à elle, permet une bonne distribution des effets régionaux.

Voici ce que je propose, de la simplicité :

1) Tu as une élection comme d’habitude, comté par comté

2) Le vote populaire par parti, en ordre, est établi, par exemple :
CAQ 36,0 %
PLQ 32,5 %
PQ 20,0 %
QS 11,5 %
Total : 100 %

3) Le nombre de gagnants par parti, commençant par le plus grand :
(125 élus à l’assemblé national)
CAQ 36,0 % x 125 = 45
PLQ 32,5 % x 125 = 40,6 arrondis = 41
PQ 20,0 % x 125 = 25
QS 11,5 % x 125 = 14,4 arrondis = 14

4) Les gagnants sont déterminés par comté commençant par le plus grand :
CAQ (45) Les quarante-cinq qui ont obtenu le plus grand % de vote dans leur comté sont élus.
PLQ (41) Les quarante-et -un qui ont obtenu le plus grand % de vote dans leur comté sont élus.
PQ (25) Les vingt-cinq qui ont obtenu le plus grand % de vote dans leur comté sont élus.
QS (14) Les quatorze qui ont obtenu le plus grand % de vote dans leur comté sont élus.

Pas plus d’un élu par comté.

FIN