Élections américaines : des divisions qu’on ne souhaite pas chez soi

Le président Barack Obama a obtenu son deuxième mandat, au grand soulagement d’une majorité de Canadiens qui disaient aux sondeurs le préférer à Mitt Romney. Les résultats et la campagne devraient toutefois nous faire réfléchir.

Le résultat de cette course confirme les divisions qui prévalent aux Etats-Unis : idéologiques, régionales, raciales, sexuelles, générationnelles et religieuses. Le Canada n’en est pas là et il faut espérer que ce ne soit jamais le cas. Certaines de ces lignes de fracture commencent cependant à apparaître chez nous et pourraient se creuser si on n’y prend pas garde.

Il y a plusieurs raisons à cela, mais une des plus importantes est la manière de faire la politique depuis plusieurs années. Elle exacerbe les divisions et s’en nourrit.

Prenez la politique clientéliste qui fait le succès des conservateurs. Il y en a toujours eu, dans tous les partis, mais elle est devenue le modus operandi favori de ce parti et a atteint un niveau inquiétant de sophistication. Inspirée des méthodes républicaines, elle tourne entièrement autour de la satisfaction des intérêts personnels des électeurs. Cela se traduit par la promotion de mesures taillées sur mesure pour des segments bien identifiés de la population dont on convoite les votes.

On insiste alors sur les enjeux qui font réagir les gens dans une région, un quartier même. On promet un crédit d’impôt alléchant à une catégorie de citoyens qui se croient sous-estimés. On fait appel à certaines valeurs religieuses ou culturelles pour mousser certaines politiques auprès de communautés immigrantes.

L’idée est de bien cibler ses efforts pour glaner des votes là où on peut espérer arracher un siège. Ce que les conservateurs ont fait avec beaucoup de succès en 2011, en particulier auprès des communautés culturelles.

Les autres partis ont pris note et se préparent à les imiter. En partie, du moins. Mais est-ce pour le mieux? Les partis ne doivent-ils pas théoriquement chercher à vouloir gouverner pour tous?

Un autre facteur de polarisation politique est la montée du discours politico-religieux et moralisateur. Quand un député dit être au service de Dieu, cela veut dire que le dogme dicte sa conduite. Et qui dit dogme dit absence de compromis puisque le dogme ne peut être contesté.

Or, la politique est l’art du compromis. Ce dernier n’a plus la part belle à Ottawa. Les conservateurs n’en sont pas les seuls responsables, mais ils ont poussé à l’extrême une façon de gouverner et de faire de la politique qui exclut le dialogue et l’écoute. L’attaque féroce est le premier réflexe. Comme le montrent les projets de loi budgétaires omnibus, la logique du «tout ou rien» prévaut. On ne ressent aucune gêne à mentir pour rabaisser, écraser, dénigrer ou intimider un adversaire ou quiconque se met sur leur chemin.

Dans une allocution récente faite à l’université Stanford (dont je vous faisais part samedi, liens en prime), l’ancien chef libéral Michael Ignatieff notait que lorsque vous respectez votre adversaire, «vous rejetez ses arguments, pas sa personne; vous mettez en doute ses prémisses, pas son identité : vous vous interrogez sur ses intérêts, pas sa loyauté».

Il s’inquiétait par conséquent de l’effet corrosif qu’a cette façon de traiter l’adversaire en ennemi. «Le fascisme a franchi le pas fatal qui sépare la politique opposant des adversaires de la politique opposant des ennemis. Nous ne sommes pas là encore, mais il vaut le coup de se rappeler que le déclin fatal est survenu dans une démocratie pas trop différente de la nôtre, dans une société au prise avec une crise économique et où la population meurtrie cherchait quelqu’un à blâmer.»

Le pluralisme partisan nous prémunit un peu contre la polarisation politique outrancière qu’on observe aux Etats-Unis. Mais les divisions nourries à coup d’invectives ne nous sont pas étrangères. L’expérience américaine devrait par conséquent nous inspirer une saine vigilance face à ce qui se passe de ce côté-ci de la frontière. Et nous inciter à résister davantage aux charmes des politiques clientélistes quand elles font fi du bien commun.

Si on se soucie, bien sûr, du vivre ensemble et de l’état de santé de notre démocratie.

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(1)

» Cela se traduit par la promotion de mesures taillées sur mesure pour des segments bien identifiés de la population dont on convoite les votes »

Je suis d’accord sur le fait qu’on fasse dans les micro mesure et que la methodes clientelistes semble amener au rang de science depuis une couple d’annee.

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(2)

Par contre je suis en desaccord avec ….

« L’idée est de bien cibler ses efforts pour glaner des votes là où on peut espérer arracher un siège. Ce que les conservateurs ont fait avec beaucoup de succès en 2011, en particulier auprès des communautés culturelles.

Les autres partis ont pris note et se préparent à les imiter. »

Les autres partis se preparent a les imiter ?

Je suis pas partisan du PC … mais a mon sens cette pratique d’aller chercher le vote aupres des communautes culturelles a ete mise en place depuis bien longtemps par le parti liberal du canada avec succes d’ailleur …

(3)

» Le Canada n’en est pas là et il faut espérer que ce ne soit jamais le cas. Certaines de ces lignes de fracture commencent cependant à apparaître chez nous et pourraient se creuser si on n’y prend pas garde. »

Au Canada les lignes de fractures sont bien presentes et en particulier au Quebec …

Il faut voir comment le vote anglophone et allophone est massif pour le parti liberal du Quebec … meme dans chaque campagne on evoque comment le vote a Montreal est deja acquis dans certains comptes.

On evoque meme les comptes en terme du nombre de comptes francophone, allophone, anglophone, meme dans chaque sondage on fait la difference entre le vote total et le vote francophone …

Meme au referendum de 1995 … allez voir un tableau du vote francophone, vote allophone, vote anglophone …

Meme pour le maire Gerald Tremblay a la derniere election il faut voir comment le nouveau et l’ancien Montreal ont vote …

Meme la CAQ … toute la question etait de savoir a la derniere election si les anglo et allophone quitterait le navire liberal …

L’essentielle de la politique quebecoise est domine par la fracture anglo, franco, allo – phone …

Il faut voir comment Simon Durivage reprend Jean Pierre Charbonneau du club des ex a chaque fois qu’il evoque la difference de vote entre allophone, francophone et anglophone … je pense juste que certains font de l’aveuglement volontaire.

Drôle de billet « anti-division » de la part de quelqu’un qui fait métier de diaboliser un homme et un parti.

C’est une des conséquences du système à un tour. Ce genre de tactique ne fonctionne pas auprès de l’ensemble de l’électoral, mais à l’intérieur d’une circonscription, il peut être efficace aurpès de 5 à 10% de l’électoral, ce qui est suffisant pour faire passer le siège d’un parti à l’autre.

Dans un scrutin proportionnel, ce genre de tactique perdrait vite la faveur puisque son impact serait minime.

« Drôle de billet “anti-division” de la part de quelqu’un qui fait métier de diaboliser un homme et un parti »

Non, l’homme et son parti n’ont besoin de personne pour se diaboliser, ils font ça tout seul, comme des grands!

Je lis régulièrement Mme Cornellier, ses blogues sont peut-être orientés, mais toujours fortement élaborés et documentés.

Si cela fait mal paraître votre cause, peut-être faudrait-il chercher plus loin les raisons qui expliqueraient la convergence de la blogueuse.

Le Canada n’en est pas là? Or tous les exemples que vous donnez montrent justement qu’on en est là.
Vous avez juste oublié un exemple: les robotcalls utilisés par les Républicains pour détourner le vote des pauvres démocrates.