Élections en Ukraine : des lendemains amers

Résolument proeuropéen et déterminé à sortir l’Ukraine du chaos, le nouveau président Petro Porochenko — le «roi du chocolat» — se trouve aujourd’hui confronté à un chantier titanesque, sur fond de pressions russes.

Photo : AFP / Getty Images
Le nouveau président ukrainien, Petro Porochenko – Photo : AFP / Getty Images

Aux premières élections présidentielles organisées depuis la chute du président Viktor Ianoukovitch à la fin février, l’Ukraine a massivement voté, dimanche dernier, en faveur de l’oligarque Petro Porochenko.

PolitiquePrès de 10 % de la population n’a pas pu participer librement à ce scrutin pourtant décisif dans un pays au bord de la guerre civile, en raison de fortes tensions qui persistent à l’est du pays.

Résolument proeuropéen et déterminé à sortir l’Ukraine du chaos, le «roi du chocolat» se trouve aujourd’hui confronté à un chantier titanesque, sur fond de pressions russes.

Une élection remportée «sans l’est»

Bien connu de la politique ukrainienne, Petro Porochenko sort vainqueur du scrutin avec plus de 55 % des suffrages. Une claque pour Ioulia Timochenko (15 % des votes) annoncée il y a encore quelques semaines comme la candidate favorite.

Le fameux parti d’extrême-droite Praviy Sektor n’a, quant à lui, remporté que 0,7 % des suffrages, décrédibilisant ainsi la propagande des médias russes, qui dresse depuis février le portrait d’une Ukraine «rongée par le fascisme».

Les observateurs déployés en Ukraine décrivent une élection globalement respectueuse des standards internationaux, avec un taux de participation d’environ 60 %.

Néanmoins, dénonçant l’avènement d’une «junte fasciste», les milices prorusses auraient procédé à de nombreuses intimidations dans 10 des 12 districts électoraux de la région de Lougansk, et 14 des 22 de celle de Donetsk, ce qui a ainsi empêché une grande partie de la population du Donbass — 10 % des électeurs — de voter librement.

Un regain de tensions

À la suite de ces élections, les tensions se sont d’ailleurs dangereusement aggravées à l’est de l’Ukraine, attisées par la tenue d’un scrutin «à géométrie variable».

À l’heure actuelle, on dénombre une quarantaine de morts dans la région de Donetsk, meurtrie par des combats sanglants entre forces séparatistes, bataillons étrangers et armée ukrainienne. Les rebelles ont rapidement déclaré la loi martiale, déterminés à «nettoyer la région de ses ennemis».

Dans ce contexte, le nouveau président tente d’allier fermeté et dialogue, se déclarant prêt à considérer certains aspects d’une autonomie régionale, notamment linguistique,  ans pour autant accepter de «traiter avec des terroristes».

Dans les faits, Petro Porochenko ne dispose d’aucun moyen supplémentaire pour contrôler la situation — qui dégénère de plus en plus en une lutte farouche entre milices prorusses, groupes indépendants et combattants pro-ukrainiens, sans apparente coordination.

Pressions russes

Pour Moscou, «il semble difficile de reconnaître la légitimité d’un scrutin tenu dans des régions fragiles, aux mains de milices armées».

Si ces propos sont d’une hypocrisie rare au regard de ce qu’il s’est passé il y a à peine deux mois en Crimée, il n’en reste pas moins que Moscou tire les ficelles de cette crise.

L’avenir de l’Ukraine dépend donc plus que jamais des plans — plutôt flous — de Vladimir Poutine.

Dès dimanche, le nouveau président ukrainien a désigné la Russie comme un «partenaire vital», mais la réponse de Sergei Lavrov et des représentants du Kremlin est assez équivoque — exigeant comme condition sine qua non la tenue d’un dialogue la fin des opérations «antiterroristes» de l’armée ukrainienne.

Des défis colossaux

La tâche du nouveau président est donc titanesque : préserver l’unité du pays, rallier les populations de l’Est, dialoguer avec Moscou et sortir de la crise.

Après des années de gestion oligarchique et corrompue du système politique, de l’économie et des forces de sécurité, ce riche homme d’affaires devra reconstruire l’Etat sur la base d’institutions indépendantes et transparentes. L’Union européenne a, en ce sens, promis près de 15 milliards d’euros et le FMI, 19 milliards de dollars pour soutenir des réformes plus que nécessaires pour sauver une économie exsangue.

Face à ces nombreux défis, les prochaines semaines seront décisives pour l’unité du pays comme pour la crédibilité du nouveau président, qui entame un mandat périlleux.

Aurélie Allain
Chercheure en résidence, Observatoire de géopolitique
Chaire @RDandurand @UQAM
Suivez-la : @allainaurelie

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À propos de la Chaire Raoul-Dandurand

Créée en 1996 et située à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques compte une trentaine de chercheurs en résidence et plus de 100 chercheurs associés issus de pays et de disciplines divers et comprend quatre observatoires (États-Unis, Géopolitique, Missions de paix et opérations humanitaires et Moyen-Orient et Afrique du Nord). On peut la suivre sur Twitter : @RDandurand.

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« Le dialogue, relation des personnes, a été remplacé par la propagande ou la polémique, qui sont deux sortes de monologue. » — Albert Camus

D’après mes sources d’information « exclusives… », monsieur Porochenko était un proche de monsieur Viktor Ianoukovytch, un oligarque connu, directement issu du modèle soviétique. En ce sens le résultat de l’élection montre la volonté d’une part importante de la population de poursuivre dans la continuité.

Il n’y a pas eu de désaveu populaire massif de la politique qui était menée par son prédécesseur. S’il y avait eu désaveu, la population aurait posé son dévolu sur quelqu’un d’autre.

Une fois de plus hélas, je constate votre parti pris, qui relève de la caricature lorsque vous faites référence à la : « propagande des médias russes », de tels propos constituent un réelle insulte à mon intelligence et consistent en plus à prendre le peuple ukrainien pour des petits enfants qu’on manipule par médias interposés.

En quelques sortes, vous propos révèlent ce qui selon moi : se fait de pire dans les traditions néo-colonialistes qui consistent à soumettre la population à une « pensée unique » dont vous seriez par vos interventions l’une des dépositaires agréés.

Votre texte établi encore une fois votre absence d’altérité ou plus simplement de connaissances pour transcrire auprès de la population canadienne francophone une image convenable et objective de ce qu’est réellement la situation. L’absence de la moindre nuance dans vos mots, apporte de façon — « assez équivoque » (pour reprendre les vôtres) — au lecteur que je suis, la révélation étrange de ce à quoi peuvent ressembler les désordres de l’âme.

Enfin pas un mot de votre part, sur ce que va pratiquement coûter aux ukrainiens ce rapprochement et ces aides apparemment si ardemment désirés par cette population avec l’Union-Européenne, ici il conviendrait plutôt de parler de « dés-aides » ; Union dont les élections très récentes également illustrent à la perfection la fracture qui existe présentement au sein de cette même entité, laquelle serait parée aux yeux de quelques-uns encore de toutes les vertus, — quand à bien regarder-, la vérité aujourd’hui reste celle de la perte pour des millions de toutes formes d’illusions.

Quand tout cela reflète plutôt la forme de l’agonie et du désespoir qui désormais emprisonne toutes les nations dans leurs propres contradictions.