Élections fédérales 2015 : une boîte à surprises

Si la tendance se maintient, l’électorat canadien pourrait ne donner à aucun parti un mandat clair de gouvernement l’automne prochain. Ce serait le jeu des alliances qui départagerait le gagnant des perdants.

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Thomas Mulcair, du NPD, Stephen Harper, du PC, et Justin Trudeau, du PLC. Jamais auparavant le Canada n’a été le théâtre d’une lutte à trois pour le pouvoir sur tout son territoire. – Photos : Adrian Wyld/La Presse Canadienne

Chose certaine, la dynamique de la prochaine campagne fédérale sera inédite. Jamais auparavant le Canada n’a été le théâtre d’une lutte à trois pour le pouvoir sur l’ensemble de son territoire.

Pour une formation qui termine un troisième mandat, le Parti conservateur de Stephen Harper est encore bien en selle. Mais depuis le dernier scrutin, les deux principaux partis d’opposition aux Communes ont pris du poil de la bête.

Thomas Mulcair a été un chef de l’oppo­sition officielle remarquablement performant. Le NPD demeure le premier choix de l’électorat francophone québécois. En prime, le parti vient de conquérir l’Alberta. La vague orange québécoise n’a pas eu un grand effet d’entraînement sur le reste du Canada. Peut-être en sera-t-il autrement de celle qui vient de porter Rachel Notley au pouvoir à Edmonton.

Au minimum, le NPD ne peut plus être considéré comme un simple acteur secondaire sur la scène fédérale. C’est la plus grande nouveauté de la prochaine campagne, mais ce n’est pas la seule.

Depuis l’arrivée de Justin Trudeau comme chef des libéraux, ceux-ci disputent aux conservateurs la première place dans les intentions de vote. D’une élection complémentaire à l’autre, le score libéral a doublé, triplé ou quadruplé par rapport aux résultats du dernier scrutin.

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La nouvelle première ministre de l’Alberta, Rachel Notley. La vague NPD qui a renversé le Parti progressiste-conservateur de Jim Prentice auta-t-elle une influence sur l’ensemble du Canada ? – Photo : Mike Ridewood/La Presse Canadienne

L’automne prochain, le Parti libéral veut devancer les conservateurs sur le front des baisses d’impôt. Jusqu’à présent, les libéraux avaient évité d’affronter Stephen Harper sur un terrain que son parti en était venu à considérer comme une chasse gardée.

En chiffres, l’enjeu de cette lutte à trois se résume simplement : gagner les 170 sièges requis pour former un gouvernement majoritaire (sur les 338 que comptera la Chambre des communes après le scrutin) ou, à défaut d’y parvenir, remporter un plus grand nombre de sièges que les deux autres partis. Mais la manière d’y arriver n’est évidente pour aucun des trois protagonistes, car la partie se jouera sur cinq tableaux régionaux.

1.

L’Ontario, avec 121 sièges, soit 15 de plus qu’en 2011, aura un poids plus déterminant que jamais dans l’issue de l’élection. Un parti peut se passer du Québec ou de l’Alberta pour former un gouvernement majoritaire à Ottawa. Stephen Harper et Jean Chrétien l’ont démontré. Mais gagner le Canada sans gagner l’Ontario est une tout autre paire de manches.

Il y a quatre ans, le PLC, avec sa récolte de 11 sièges, contre 22 pour les néo-démocrates et 73 pour les conservateurs, avait été le grand perdant de la bataille de l’Ontario. Les choses se présentent mieux pour lui cette fois-ci.

Dans une province où on vénère la mémoire de Pierre Trudeau, le nom de famille du chef libéral a une résonance particulière. C’est notamment vrai dans les banlieues multiculturelles du grand Toronto — celles que les conservateurs courtisent pourtant avec acharnement depuis 10 ans. Sur le terrain ontarien, Justin Trudeau est le chef libéral le plus redoutable que Stephen Harper ait eu à affronter depuis Paul Martin.

Mais tout n’est pas rose pour l’équipe Trudeau, car les libéraux au pouvoir à Queen’s Park pourraient fournir des armes à Stephen Harper et à Thomas Mulcair. Au grand bonheur des conservateurs, la plus récente mouture du programme ontarien d’éducation sexuelle indispose bien des communautés culturelles, tandis que, sur la gauche, le gouvernement de Kathleen Wynne se prépare à un affrontement salarial avec les syndicats d’ensei­gnants qui pourrait profiter aux néo-démocrates l’automne prochain.

2.

Le Québec (78 sièges) est actuellement la province où le NPD affiche le meilleur score dans les intentions de vote.

Pour autant, les néo-démocrates ont peu de chances de répéter un exploit de l’envergure de 2011, quand ils avaient remporté 59 sièges. Les libéraux ne sont peut-être pas en tête du peloton, mais ils font une remontée par rapport aux élections précédentes. Et l’arrivée de Pierre Karl Péladeau à la direction du Parti québécois pourrait donner plus d’élan au Bloc québécois.

Chose ironique, la voie d’une victoire ou d’une majorité pour Stephen Harper pourrait passer par le Québec cette fois-ci. Les conservateurs ont fait le plein de sièges partout ailleurs en 2011. Ils ont beaucoup à perdre mais peu à gagner dans le reste du Canada. De là leur intérêt pressant pour la grande région de la Capitale-Nationale.

3.

La région de l’Atlantique (32 sièges) est celle où l’avantage libéral est le plus prononcé. D’un sondage à l’autre, le PLC récolte le double des appuis de ses adversaires. Ces chiffres cachent des luttes locales plus serrées. Néanmoins, conservateurs comme néo-démocrates risquent d’y laisser des plumes en octobre.

4.

Les Prairies (62 sièges) : sur les trois provinces de la région, la Saskatchewan est la plus prometteuse pour les conservateurs. Le premier ministre, Brad Wall, allié de Stephen Harper, est régulièrement donné comme le chef de gouvernement provincial le plus populaire au Canada. Au Manitoba, à l’inverse, l’impopularité du NPD provincial, au pouvoir depuis quatre mandats, pourrait ouvrir la voie à des gains libéraux. Il y a indéniablement un vent de changement en Alberta, surtout dans la région d’Edmonton. Le résultat provincial en témoigne. Mais cela pourrait tout autant profiter à Justin Trudeau qu’à Thomas Mulcair.

5.

La Colombie-Britannique (42 sièges) a tendance à manger à tous les râteliers fédéraux, y compris celui du Parti vert, dont la chef, Elizabeth May, a été élue sur l’île de Vancouver en 2011. Son parti pourrait brouiller les cartes du NPD sur la côte Ouest l’automne prochain.

Les libéraux, qui y ont deux sièges, partent de loin, mais Justin Trudeau a des racines dans la région, puisqu’il a enseigné en Colombie-Britannique. Les stratèges conservateurs calculent qu’une remontée libérale aux dépens du NPD leur permettrait de faire quelques gains. Tout cela pour comprendre que bien malin qui saurait dire dans quel camp la Colombie-Britannique se retrouvera le soir du scrutin.

À défaut de pouvoir prédire le gagnant du scrutin fédéral du 19 octobre, je vous soumets une certitude et une hypothèse.

Si l’élection devait se jouer sur un coup de cœur, du genre de ceux qui ont mené aux vagues orange québécoise et albertaine, Stephen Harper n’en serait pas le bénéficiaire et il perdrait sans doute son pari électoral.

Après 10 ans, l’opinion, bonne ou mauvaise, des électeurs au sujet du premier ministre actuel ne changera plus.

Par contre, si l’élection devait surtout se jouer sur des déplacements de vote dans des luttes à trois, quatre ou cinq, la division de l’opposition devrait favoriser la réélection des conservateurs.

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5 commentaires
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Bien qu’il y ait sans nul doute des divisions régionales, incluant des sensibilités locales en faveur de certaines personnalités marquantes, comme cela a toujours été. L’enjeu principal de la prochaine élection reste pour moi d’une extraordinaire simplicité. Un enjeu qui rejoint à bien des égards les canadiens de l’Atlantique jusqu’au Pacifique en passant par la mer de Beaufort, la mer du Labrador, la Baie de l’Hudson, tout comme les régions des Grands Lacs.

Je ne saurais considérer qu’il relevât du coup de cœur ou de la bonne vieille politique de la division.

La question se pose en ces termes : Est-ce que nous voulons rester un pays conservateur pour les cinq prochaines années et continuer de nous trainer les pieds dans toutes sortes de domaines… ? — Ici je n’en ferai mention que d’un seul qui nous touche tous à divers degrés au sens propre comme au figuré : les changements climatiques. Quand les grandes orientations planétaires sur ce sujet devraient prendre forme à Paris (Cop-21) en décembre prochain.

Le pays peut-il continuer de patiner dans ce domaine jusqu’en 2020, quand nous avons déjà consolidé notre retard depuis la signature en 2005 du protocole de Kyoto par Jean Chrétien ? Aujourd’hui, tous les canadiens ne vivent ni plus ni moins que sur du temps emprunté. Est-il possible de défendre des valeurs conservatrices, avoir à cœur l’avenir des générations, générer de la richesse partout et continuer d’agir ainsi indéfiniment en faisant fi de ces considérations ?

À mon humble avis, les canadiens n’ont pas à choisir entre un Parti conservateur d’un côté et un autre Parti de l’autre. C’est de notre survie qu’il dépend de choisir les politiciennes et les politiciens qui vont enfin se préoccuper des vraies conditions de vie de toute la population, notamment pour ce qui a trait à notre bienêtre environnemental.

Qu’on ne nous dise pas que nous n’avons pas les moyens de nos ambitions ! Une infrastructure bien faite en environnement est susceptible de générer des emplois par millions. Nous devrons au fil des ans faire face à des enjeux qui sont plus grands que le cadre politique seulement ; dans 20 ans à peu près plus rien ne sera exactement comme avant. Il est impossible d’être canadien et de vivre clairement dans une sorte de bulle singulièrement décrochée des clivages du temps… indéfiniment.

Je ne pense pas que Thomas Mulcair peut faire un bon premier ministre, trop a gauche. Pour Justin Trudeau, NON MERCI on a eux son père qui nous a donné la Charte des Droits et Libertés dont profitent tous les gens qu’on ne veut pas chez nous. Le bloc ne pourras jamais prendre le pouvoir.
Bien je crois qu’il en reste seulement un et c’est Harper qui n’est pas parfait mais j’aime mieux lui que n’importe quel des autres.

Je pense comme vous également. Trudeau au pouvoir serait une catastrophe. Mulcair nous ruinerait davantage.

Ha ha ha! Elle est bien bonne celle-là! La Charte des droits vous dérange n’est-ce pas? C’est bien mieux dans une dictature où le chef décide de tout et les moutons suivent… on a vu ce que ça donne. On aime pas la Charte jusqu’à ce qu’un jour les autorités fassent une grosse erreur et vous accusent d’un crime que vous n’avez pas commis (ben oui ça arrive et plus souvent que vous ne le pensez). Drôle aussi que les conservateurs n’aiment pas « les gens qu’on ne veut pas chez nous » mais font des pieds et des mains pour courtiser l’électorat issu des minorités de l’immigration!

Pour la base conservatrice, le Canada vit dans une bulle, isolée du reste du monde, mais la réalité est bien différente et la Charte des droits reflète en grande partie le droit international et les conventions que le Canada a signées et ratifiées et un dérapage à droite ne passerait pas au niveau international et le grand perdant serait le Canada en entier, pas juste le petit groupe d’idéologues conservateurs.

Nous sommes vraiment dans la merde au Québec, rien de moins. Mais la pire ordure c’est sans aucun doute Harper, l’alter ego de Hitler. Si ce monstre est réélu nous allons nous enfoncer dans le totalitarisme et deviendrons un état voyou comme la Corée du Nord. Ce Canada qui nous a été volé nous offre aucun choix. Nous devons trouver la porte de sortie de secour. Libérons notre pays des chaînes de la fédération monarchique et génocidaire canadienne. Entre temps Mulcair ou Trudeau peut faire l’affaire mais on est pas sortie du bois.