Élections fédérales : cinq scénarios

Cinq ans, trois gouvernements minoritaires et deux premiers ministres plus tard, la prochaine campagne fédérale permettra-t-elle vraiment de distribuer les cartes dans le sens d’une plus grande stabilité parlementaire ? Chose certaine, le scénario d’une victoire sans partage des libéraux ou des conservateurs est moins probable que celui d’un quatrième gouvernement minoritaire.

Photo : Adrian Wyld / La Presse Canadienne
Photo : Adrian Wyld / La Presse Canadienne

Scénario A

Un gouvernement majoritaire conservateur

Pour : Seulement 12 sièges séparent Stephen Harper d’une majorité aux Communes. Le Parti conservateur est la seule formation à être « concur­ren­tielle » dans toutes les régions du Canada.

Contre  : La faiblesse du parti au Québec. On voit mal où Stephen Harper y réaliserait des gains. Il n’est même pas certain de faire réélire la moitié de sa modeste députation québécoise. Et rien ne garantit que les 19 sièges arrachés par les conservateurs ailleurs au Canada à la faveur de la médiocre performance libérale de l’an dernier resteront dans le giron des bleus.

À noter : Aucun premier ministre n’a réussi à faire élire un gouvernement majoritaire sans remporter entre un quart et un tiers des 75 sièges du Québec. Jean Chrétien pouvait compter sur au moins une vingtaine de sièges québécois – soit le double du nombre actuel de Stephen Harper.

 

Scénario B

Un gouvernement majoritaire libéral

Pour : Un éventuel effet-surprise qui découlerait d’une performance hors du commun de Michael Ignatieff. Parce qu’il est le seul à ne jamais avoir mené son parti en campagne, le chef libéral est le plus susceptible de dépasser les attentes (ou le contraire).

Contre : La faiblesse libérale dans l’Ouest et dans le Québec francophone, et le fait que le PLC part de très loin dans la course au pouvoir. Pour arriver à une majorité, Michael Igna­tieff aurait besoin de doubler sa députation actuelle.

À noter : Depuis le début des années 1980, le Parti libéral a affronté un Parti conservateur unifié à cinq reprises et a perdu quatre fois, en 1984, 1988, 2006 et 2008. Il l’a emporté de justesse en 2004.

 

Scénario C

Un gouvernement minoritaire conservateur

Pour : En raison de la répartition de ses forces au pays, le Parti conservateur pourrait éventuellement faire élire plus de députés que les libéraux avec moins de votes. L’amélio­ration de la situation économique est un atout pour le gouvernement. La distribution de largesses destinées à stimuler l’économie aussi.

Contre : Après deux mandats minoritaires, Stephen Harper n’a pas réussi à inspirer suffisamment confiance pour mener son parti en territoire majoritaire dans les sondages. Le penchant pour l’affrontement du gouvernement est une source croissante de lassitude populaire.

À noter : Il est difficile de défaire un premier ministre en pleine possession de son parti et des leviers du pouvoir. Depuis 1980, seul Paul Martin a été évincé du poste de premier ministre après avoir réussi une première fois à gagner le pouvoir.

 

Scénario D

Un gouvernement minoritaire libéral

Pour : Dans la foulée de l’arri­vée d’un nouveau chef, les 800 000 libéraux qui sont restés chez eux lors du scrutin de l’an dernier pourraient être plus motivés à se rendre voter. Le PLC est le second choix d’un plus grand nombre de sympathisants bloquistes et néo-démocrates que le Parti conservateur.

Contre : La division du vote progressiste au Canada – entre les verts, le NPD et le PLC – scie les jambes du PLC dans des régions incontournables, comme l’Ontario et la Colombie-Britannique. Diffi­cile de mobiliser les forces fédéralistes sous un seul drapeau quand le débat national au Québec est en veilleuse. La concentration du vote libéral dans les grandes villes le rend moins performant en matière de sièges.

À noter : Depuis Joe Clark, en 1979, aucun chef de l’opposition n’a réussi à déloger un premier ministre sortant en une seule campagne. Jean Chrétien et Brian Mulroney, qui sont arrivés au pouvoir en une seule élection, affrontaient des premiers ministres novices, en poste depuis seulement quelques mois.

 

Scénario E

Un arrangement de gouvernement PLC-NPD

Dans l’éventualité d’un résultat serré, les libéraux pourraient perdre la course aux sièges et gagner quand même le pouvoir, à condition : qu’il y ait suf­fisamment de néo-démocrates d’élus pour appuyer un gouvernement minoritaire libéral ; que les deux formations s’enten­dent sur les modalités de l’appui du NPD à ce gou­ver­ne­ment ; et, pour contour­ner l’irréductible opposition de l’opinion canadienne à un éventuel veto du Bloc québécois sur les orientations du prochain gouvernement fédéral, que la somme des forces fédérales et néo-démocrates équivaille à la majorité des sièges aux Communes.

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