Élections hâtives : le pari risqué de Justin Trudeau

Qui est d’humeur pour vivre des élections générales au Canada cet été ? Peu d’entre nous, selon un sondage récent.

Justin Tang / CP

À la lumière des résultats d’un sondage de Nanos Research publié par CTV News, à peine le quart (26 %) des électeurs canadiens seraient favorables à un scrutin fédéral à l’automne. Même que 37 % seraient « contrariés » si le premier ministre Justin Trudeau devait demander à la nouvelle gouverneure générale de dissoudre la Chambre des communes dans les semaines (peut-être même les jours) à venir.

Mais pourquoi donc des élections, dites-vous ? Bien que nous ayons observé quelques divergences dans les sondages fédéraux des derniers mois, tous situaient le Parti libéral du Canada (PLC) du premier ministre en tête des intentions de vote au pays — cette formation serait donc largement favorite pour remporter le plus grand nombre de circonscriptions selon les données actuellement disponibles.

En juin, les maisons Abacus Data, Ipsos et Recherche Mainstreet ont toutes mesuré le PLC devant le Parti conservateur par 10 points et plus, tandis que les chiffres de Léger, Research Co. et Angus Reid indiquaient une course plus serrée, mais toujours à l’avantage des libéraux. La plupart des sondages effectués en juillet (consultez la liste complète ici) ont noté des écarts un peu plus modestes, de 2 points (Recherche Mainstreet) à 7 points (EKOS), entre le PLC et le Parti conservateur du Canada (PCC), tous en faveur des libéraux. Seule la maison Innovative Research donnait toujours le PLC loin devant les conservateurs (avec 14 points d’avance).

La mise à jour fédérale Qc125 de cette semaine place les libéraux en tête de peloton avec une avance moyenne de 6 points : le PLC se trouve à 35 % des intentions de vote au pays et le PCC, à 29 %. Il convient de souligner que le Nouveau Parti démocratique (NPD), au troisième rang, se maintient près de la barre des 20 %, et ce, malgré de faibles appuis au Québec qui plombent son score national.



(Sur le graphique ci-dessus, les chiffres représentent les moyennes d’appuis au Canada, alors que les barres colorées indiquent les intervalles de confiance de 95 % [le fameux 19 fois sur 20].)

Or, cette tendance marquée ne changerait rien au paysage politique canadien après un scrutin de fin d’été : le modèle fédéral Qc125 estime que le PLC aurait remporté en moyenne 163 sièges à la Chambre des communes si des élections avaient eu lieu cette semaine, soit 7 sièges en deçà du seuil de la majorité de 170, et seulement 6 sièges au-dessus du résultat de 2019. Bref, les Canadiens remplaceraient un gouvernement libéral minoritaire… par un gouvernement libéral minoritaire.



Le seuil de la majorité n’est pas hors de portée pour le PLC. Toutefois, avec le Bloc québécois qui récolte toujours environ 30 % d’appuis au Québec (à peine sous son résultat de 2019 dans la province) et le NPD qui frôle la barre des 20 % à l’échelle du pays, le chemin vers une majorité libérale passerait soit par l’effondrement du vote conservateur en Ontario (ce que les données n’indiquent pas), soit par un vote libéral incroyablement « efficace » (c’est-à-dire une incitation à voter dans toutes les circonscriptions clés, particulièrement celles dites pivots, où le résultat peut aller dans un sens comme dans l’autre).

Au Québec, le PLC devance le Bloc québécois dans les intentions de vote par une marge moyenne de 8 points. Un bémol important ici : les sous-échantillons régionaux des sondages possèdent nécessairement des niveaux d’incertitude plus élevés, ce qui explique les larges intervalles de confiance sur le graphique ci-dessous.



Le PLC est présentement projeté à une moyenne de 40 sièges au Québec, contre 27 pour le Bloc québécois. Le Parti conservateur y remporte une moyenne de 9 circonscriptions et le NPD, une seule (Rosemont—La Petite-Patrie).



Naturellement, les chiffres nationaux ne disent pas tout. Alors que le PCC est actuellement en baisse de 5 points en moyenne par rapport à son résultat national de 2019 (34 %), cette perte de soutien semble surtout concentrée dans l’Ouest canadien, particulièrement en Alberta, où les conservateurs avaient complètement dominé leurs rivaux en 2019. Or, les appuis actuels aux conservateurs au Québec et en Ontario n’ont virtuellement pas bougé comparativement à 2019, ce qui explique pourquoi le résultat projeté pour le PCC se situe toujours entre 100 et 120 sièges.

Cependant, les derniers chiffres de Recherche Mainstreet en Ontario (publiés la semaine dernière) montraient que le PLC et le PCC n’étaient plus qu’à 2 points d’écart dans la province, alors que d’autres maisons de sondage accordent plutôt une avance de 6 à 12 points au PLC. S’agissait-il d’une simple fluctuation de ce sous-échantillon ou d’une nouvelle tendance ? Si jamais nous observions une course plus serrée entre ces deux partis chez nos voisins ontariens, pas moins de 25 à 35 sièges deviendraient soudain en jeu, ce qui serait amplement suffisant pour renverser complètement les chiffres de cette projection.

Alors pourquoi des élections si hâtives ? Les derniers sondages détiennent au moins une partie de la réponse : parce que les libéraux ont des chances d’obtenir une majorité. D’autant plus que le gouvernement Trudeau ne dispose pas vraiment d’autres circonstances opportunes pour se lancer en cabale dans un avenir prévisible. Sans tomber dans le cynisme politique, rappelons que tout gouvernement minoritaire, quelle que soit sa couleur, cherche nécessairement par tous les moyens de reprendre une majorité.

Déclencher des élections hâtives est un pari risqué pour un gouvernement minoritaire. Dans la dernière année, certains premiers ministres provinciaux ont gagné leur gageure : le NPD de John Horgan en Colombie-Britannique et le Parti progressiste-conservateur de Blaine Higgs au Nouveau-Brunswick dirigeaient des assemblées législatives minoritaires au début de la pandémie, puis ils ont tous deux remporté des majorités en 2020 lors de scrutins hâtifs. D’autres premiers ministres provinciaux qui ont tâté la chance ont échoué : Pauline Marois en 2014 et Jim Prentice, en Alberta, en 2015.

Si Justin Trudeau devait se laisser tenter par des élections hâtives, il miserait alors toute sa carrière et son héritage politique sur ce scrutin. En remportant une majorité, il s’assurerait un règne d’une décennie complète (aussi long que celui de Stephen Harper), mais en cas de minorité (ou même de défaite), plusieurs au PLC commenceraient inévitablement à planifier l’ère post-Trudeau.

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Les détails de cette projection fédérale sont publiés sur le site Qc125. Pour trouver votre circonscription, consultez cette page ou utilisez les pages régionales suivantes :

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Par COMPASSION,
Si le PM décidait d’aller en Élections,
il devrait auparavant demander à la Cour suprême du Canada son avis sur la Loi C-7/Aide médicale à mourir.
Pour que l’on ait au plus tôt la clarté optimale clinique et juridique.
Les Comités et les travaux à venir en auront tellement besoin.
Par solidarité avec les 250 000 personnes canadiennes qui décèdent à chaque année.
Par solidarité et par compassion avec les proches, les soignants et leurs établissements de soins.

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Déclencher des élections à ce moment-ci viole la loi qui veut que les élections fédérales soient à dates fixes aux quatre ans. Le gouvernement Trudeau fonctionne par consensus avec le NPD et/ou le Bloc et ça peut fonctionner encore quelques années. Alors si la GG veut vraiment appliquer la loi, elle devrait conseiller au PM Trudeau de respecter cette loi puisqu’il n’y a aucune menace que ce gouvernement perde un vote de confiance.

S’il va en élection, il faudra rappeler à l’électorat que son gouvernement a donné encore plus d’argent des contribuables aux pétrolières et gazières que son prédécesseur, le gouvernement Harper (Le Devoir du 5 août) en plus d’avoir acheté un oléoduc très contesté. Il a aussi plié devant l’industrie des pesticides en acceptant de considérer une augmentation de glyphosate dans notre nourriture et c’est la menace d’élection qui l’a probablement fait reculer. Son gouvernement est réellement à la solde des multinationales et ça c’est un fait.

Quant à avoir un gouvernement pétroleux, aussi bien avoir les conservateurs qui eux ne sont pas hypocrites et se targuent d’être en faveur des énergies fossiles. Il semblerait qu’ils ont mieux résisté à l’industrie que les libéraux probablement parce que l’industrie leur fait confiance et sait qu’ils sont de leur bord.

Mais je préférerais de loin un parti qui ne ment pas et qui est conscient des changements climatiques et qui va agir dans ce sens. Malheureusement, ce ne sera jamais les Verts car ils sont trop occupés à se poignarder dans le dos avec la question palestinienne (!) et démontrent qu’ils n’ont pas la capacité de gouverner une province et encore moins un pays. Le NPD reste une alternative mais il faudrait se boucher le nez pour voter pour eux car ce qu’ils font en Colombie-Britannique en détruisant les forêts anciennes est aussi odieux que les libéraux. Il y a plus, soit l’utilisation de la police fédérale contre les Autochtones et les environnementalistes et le soutien au gazoduc Coastal GasLink et aux projets pharaoniques comme celui du barrage du Site C.

En pleine crise des changements climatiques et des feux dévastateurs dans le nord et l’ouest du pays, il y a peu d’espoir à l’horizon qu’un parti politique fasse vraiment ce qu’il faut pour protéger notre planète. En général on pourrait dire qu’on est pas sorti du bois mais ici, c’est le bois qui est sorti de mon pays!

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