Élections : le bulletin de la quatrième semaine

De B+ à C, Alec Castonguay dresse son quatrième et dernier bilan de la campagne électorale fédérale.

Photo : Daphnée Caron

Il reste moins d’une semaine (déjà!) à cette campagne fédérale 2019, alors ce bulletin sera le dernier. Il recoupe les 10 derniers jours, soit le débat en anglais et le dernier débat en français.

Une période où les chiffres des sondages montrent que pour la première fois depuis le début de la campagne, Andrew Scheer peut espérer devenir premier ministre le 21 octobre. Un retournement important. En réalité, le Parti conservateur ne grimpe pas dans les intentions de vote, mais la montée du NPD en Ontario et en Colombie-Britannique, où il divise le vote progressiste, et du Bloc au Québec, qui pige dans les circonscriptions libérales, joue en sa faveur.

Cette possibilité laisse entrevoir une fin de campagne endiablée.

Allons-y.

Jagmeet Singh et le NPD

Photo : La Presse canadienne

B +

Le chef du NPD a remporté le débat en anglais. L’exercice était cacophonique, mais dans la cohue, il a réussi à se démarquer, comme le démontrent les sondages depuis une semaine. Le parti grimpe en Ontario et en Colombie-Britannique. Les gains ne seront pas énormes, mais son statut de troisième parti pancanadien n’est plus menacé par le Parti vert.

Jagmeet Singh récolte les fruits d’une bonne campagne, malgré les ressources limitées du parti. Il pourrait obtenir la balance du pouvoir d’un gouvernement libéral minoritaire, ce qui était presque impensable en début de campagne.

Il a eu le bon réflexe de changer son itinéraire et de ne pas se rendre au Manitoba faire campagne dans les derniers jours, alors que l’état d’urgence était en vigueur à la suite d’une pénible tempête de neige. Andrew Scheer n’a pas eu le même réflexe et s’est fait apostropher par des électeurs en colère de le voir faire campagne à quelques pas des sinistrés.

Le chef néodémocrate a toutefois connu un dernier débat en français plus ordinaire que celui en anglais. C’était le festival du cliché, comme cette phrase que le NPD répète depuis 20 ans : «Les libéraux clignotent à gauche en campagne et dirigent à droite une fois au gouvernement». Si ce fut effectivement le cas dans le passé à quelques reprises, c’est beaucoup moins évident depuis quatre ans, alors que le gouvernement Trudeau a gouverné largement à gauche.

J’aurais accordé une meilleure note au parti s’il n’y avait pas eu quelques confusions et un manque de respect pour les électeurs.

Lors du débat en anglais, Jagmeet Singh a été confus sur sa volonté d’intervenir ou pas dans le débat juridique concernant la loi 21 au Québec. Le ferait-il si le recours se rend jusqu’à la Cour suprême? Peut-être, a-t-il dit, alors que depuis le début de la campagne, c’était non.

Formerait-il une coalition avec un éventuel gouvernement libéral minoritaire? Dimanche, c’était oui. Lundi, c’était «on verra». Difficile à suivre.

La volonté du NPD de renégocier l’ALENA 2.0 avec Donald Trump ne tient pas la route. L’entente n’est pas parfaite, mais le Canada a sauvé les meubles lors de cette négociation difficile dans laquelle les demandes américaines étaient très importantes. Qu’on se sauve avec l’entente!

Dévoiler son cadre financier et l’entièreté de la plateforme électorale le lendemain des débats des chefs relève du cynisme et d’un manque de respect envers les électeurs, qui n’avaient pas toute l’information pour bien juger des engagements des chefs au moment des débats télévisés, passage important de la campagne. Décevant.

Jagmeet Singh devra convaincre les électeurs de gauche qu’ils doivent rester avec lui et ne pas se déplacer vers les libéraux pour barrer la route aux conservateurs, maintenant qu’ils ont des chances de l’emporter. Ce sera une longue semaine de prières pour le NPD.

 

Maxime Bernier et le PPC

Photo : Antoine Bordeleau

B +

Le chef du Parti populaire du Canada a eu de la difficulté au débat en anglais, où il était trop agressif, mais il s’est repris au débat en français, alors qu’il a su tirer son épingle du jeu. Il a des idées parfois loufoques, notamment sur les changements climatiques, mais il a réussi à bien démontrer qu’il est différent des autres chefs sur plusieurs enjeux, notamment dans la gestion des finances publiques et en matière d’immigration. Il l’a fait avec calme, aplomb et une franchise qui a dû plaire à plusieurs électeurs.

Il n’a probablement pas réussi à faire bouger suffisamment l’aiguille des intentions de vote pour espérer remporter plusieurs circonscriptions, mais il a possiblement sauvé son fief de Beauce. Pour l’avenir du parti, particulièrement si le prochain gouvernement est minoritaire, ce serait déjà une réussite.

 

Justin Trudeau et le PLC

Photo : La Presse canadienne

B

Il a été correct lors des deux débats des chefs, en anglais et en français. Il n’a pas dominé, mais il n’est pas allé au tapis non plus, ce qui est toujours un risque pour un premier ministre sortant qui doit résister à des attaques de tous les côtés. Un match nul, c’est mission accomplie.

Ce qui lui cause des problèmes, c’est que Jagmeet Singh a été meilleur au débat en anglais et que Yves-François Blanchet a été très bon au Face-à-Face de TVA. La montée combinée du NPD et du Bloc québécois pourrait le priver d’une victoire le 21 octobre et ouvrir la porte au Parti conservateur.

Monter sur scène samedi soir, muni d’un gilet pare-balles, avec l’équipe tactique de la GRC en guise de protection rapprochée, demandait du courage. La menace était sérieuse. Annuler l’événement, auquel assistaient 2000 personnes à Mississauga, aurait été une possibilité, mais le chef libéral ne voulait pas que les militants rentrent à la maison bredouille, même s’ils ont dû patienter 90 minutes de plus.

Une coche mal taillée dans la rhétorique libérale en début de semaine : Justin Trudeau a affirmé qu’un fort contingent de députés du Bloc québécois n’avait pas empêché Stephen Harper de retirer le Canada du Protocole de Kyoto à l’époque. Or, c’était en décembre 2011, et le Bloc n’avait plus que… quatre députés aux Communes. Justin Trudeau a ajusté le tir le lendemain.

Le chef libéral passera la semaine à rabattre les électeurs progressistes pour empêcher le Parti conservateur de l’emporter. Une partie de la campagne électorale va se jouer sur l’efficacité (ou non) de ce discours.

 

Yves-François Blanchet et le Bloc québécois

B –

Il a bien fait aux deux débats, en anglais et en français. Il a toutefois été moins performant au deuxième débat en français qu’à celui de TVA. Il a aussi été davantage attaqué par ses adversaires, qui le voient grimper dans les intentions de vote.

La semaine a été marquée par des révélations sur les propos ou le partage de certains propos islamophobes de la part de quelques candidats du Bloc dans le passé. Les excuses presque identiques et en même temps des quatre candidats ne faisaient pas très sincères, c’est le moins que l’on puisse dire.

Les journalistes sont donc revenus à la charge dans les jours suivants pour tenter d’en savoir plus sur le processus de vérifications des antécédents des candidats au Bloc québécois, ce qui est légitime. Tous les chefs ont eu à répondre à ce type de questions depuis le début de la campagne, ayant tous des candidats au passé cahoteux. Il n’en fallait pas plus pour que le «goon» ressorte en force. Irrité par les questions, coupant la parole à des journalistes, Yves-François Blanchet a de nouveau montré à quel point il a la peau sensible et qu’il vit difficilement avec la critique.

 

Andrew Scheer et le Parti conservateur

C +

Jamais Andrew Scheer n’a été si près du pouvoir depuis le début de la campagne électorale. Les spécialistes des projections de sièges et d’analyse des sondages évoquent la possibilité d’un gouvernement conservateur lundi soir prochain. La division du vote entre le NPD et le PLC en Ontario joue en leur faveur, tout comme la montée du Bloc au Québec, qui gruge des sièges aux libéraux.

L’ambiance dans la caravane conservatrice s’est nettement améliorée depuis quelques jours. Sur le terrain au Québec, les troupes conservatrices ont retrouvé un semblant de sourire, celui qu’ils avaient perdu dans les minutes suivant le débat de TVA.

Le débat en anglais et le deuxième en français ont été nettement meilleurs que celui de TVA pour Andrew Scheer, même s’ils ne passeront pas à l’histoire.

Par contre, la droite devrait mieux contrôler ses émotions. Le Centre Manning s’est vu refuser une publicité par Facebook parce qu’elle était trop violente envers Justin Trudeau. Les menaces et les rumeurs qui circulent à droite sur les réseaux sociaux sont indignes d’une campagne électorale civilisée. Or, Andrew Scheer n’a jamais cru bon de rappeler ses partisans à l’ordre.

Il faut dire que le mauvais exemple vient de haut. Le parti a continué de propager des mensonges en plein débat des chefs, notamment celui voulant que 80 % de la classe moyenne aurait subi une hausse de sa charge fiscale pendant le dernier mandat libéral : une affirmation démentie à de nombreuses reprises par les fiscalistes.

Même phénomène concernant une publicité négative du parti diffusé au Québec à propos de la taxe sur le carbone… alors que le Québec n’est pas assujetti à la tarification fédérale sur le carbone.

Le PCC est même allé jusqu’à créer un site internet afin de prétendre que le Parti libéral souhaiterait augmenter l’impôt sur le gain en capital à la revente d’une résidence principale. Rien de vrai là-dedans.

Tous les partis tournent les coins ronds pour attaquer leurs adversaires, mais ça commence à faire beaucoup de faussetés pour un parti qui aspire au pouvoir.

Tout comme le NPD, le Parti conservateur a rendu public son cadre financier après les débats des chefs, la veille d’une longue fin de semaine. Rien de glorieux.

 

Elizabeth May et le Parti vert

C

C’était la campagne du Parti vert, qui devait profiter de la vague en faveur de l’environnement. Ce n’est pas ce qui s’est produit. Contrairement à Jagmeet Singh, Elizabeth May n’a pas été en mesure de se démarquer lors des deux débats des chefs en anglais et en français.

Le Parti vert risque de faire des gains grâce au nom de son parti, mais certainement pas grâce à la qualité de sa campagne.

Dans les sondages, on note que les électeurs verts sont les plus susceptibles de changer d’idée et de voter pour le Parti libéral dans l’espoir de barrer la route au Parti conservateur. Elizabeth May devra trouver un moyen de les garder à bord dans la dernière semaine de la campagne.

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3 commentaires
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Il est communément admis que… l’intendance c’est le nerf de la guerre. Si la machine du Bloc semble plutôt bien huilée et susceptible de lever le vote. Il n’en est pas de même du NPD dans certaines circonscriptions (dont la mienne) où les candidats sont arrivés tardivement, sur lesquels il est difficile de trouver de l’information.

Affiches prêtes dès le premier jour, communication immédiate des candidats pour les uns. Absence d’affiches encore aujourd’hui, communication fantôme de candidats dévoilés au dernier moment ou changés de circonscription juste avant les dates limites. On nage en pleine confusion, tout pour désorienter l’électeur, tout pour alimenter le cynisme ambiant.

Tout baigne plutôt bien pour les candidats d’Yves-François Blanchet. On est en pleine ligue d’improvisation pour le NPD. L’intendance ne suit pas.

La campagne des chefs aussi bonne soit-elle ne peut pas lever sur la seule bonne impression que nous pouvons avoir du chef. Jagmeet Singh a beau être tombé en amour avec la langue de Pauline Julien, il n’en reste moins que de parachuter des candidats presque parfaitement inconnus — quand ils ne sont pas unilingues anglophones dans des circonscriptions francophones -, cela ne parait pas bien.

Ce genre de stratagème avait marché en 2011 à l’époque de Jack Layton. Seulement depuis, du temps a passé, les électeurs ont peut-être envie que sur le terrain on se préoccupe plus d’eux. J’ai le sentiment que monsieur Singh a abandonné le Québec, preuve s’il en est qu’il n’a plus aucun espoir d’y faire des gains, ni de sauver les meubles, laissant la partie belle aux autres partis, offrant le champ libre au Bloc Québécois.

Le NPD a perdu au cours de cette campagne une part de la crédibilité qu’il avait à mes yeux de par la déficience de son organisation. Se faisant, il peut promettre tout ce qu’il veut, il se condamne lui-même à être un tiers parti incapable d’exercer un jour un mandat de gouvernement.

Une autre de mes déceptions est dans la campagne orchestrée autour de monsieur Scheer. J’espérais candidement peut-être que l’arrivée d’un nouveau chef permettrait d’apporter dans ce parti une nouvelle dynamique. Je rêvais d’un parti conservateur redevenu plus progressiste. J’imaginais que monsieur Scheer se voudrait rassembleur, offrant une main tendue à ces électeurs qui aimeraient bien trouver dans des politiques plus audacieuses un nouvel élan.

Or, le spectacle auquel nous assistons, c’est cette bonne vieille politique de la division. Une tactique qui écarte d’amblé, ces hommes et ces femmes pragmatiques qui aiment la modération.

Alors nous auditionnons plutôt ces bons vieux rubans défraîchis et froissés qui entendent mettre plus d’argent dans nos poches lorsque depuis les années 50 qu’on remet de l’argent dans nos poches ; nous errons encore les poches percées, tout en sachant très bien qu’on ne peut réduire l’impôt sans réduire en même temps les services à la population, sans au préalable s’assurer de recettes fiscales additionnelles ou de déficits publics récurrents. Tout cela est affligeant.

Au lieu d’occuper le centre de l’échiquier, monsieur Scheer a préfère jouer sur les bords dans un film peu nuancé en noir et blanc, cela retire toute forme noblesse dans la joute politique. Autant de faussetés pour un parti qui aspire au pouvoir comme l’écrit avec justesse Alec Castonguay dans ce dernier bulletin.

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Parlant frenchement, je trouve que vos critiques envers M. Blanchet sévères . Goon! Bien voyons vous savez très bien que cette expression lui a été donnée pendant une partie de hockey avec des collègues et maintenant, grace aux médias, c’est devenu un défaut de cartactère???. Si ce monsieur a la peau si sensible comme vous l’exprimez dans votre texte, comment a-t-il réussi à refaire le Bloc aussi rapidement? Probablement, s »il faut vous croire. en geulant après tout le monde!!! Ben voyons!

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