Élections partielles: des leçons à tirer

La victoire du Parti québécois dans le fief libéral d’Argenteuil est un coup de tonnerre en cette fin de saison politique. Les vaincus (et les vainqueurs) des élections partielles auront l’été pour réfléchir aux conséquences. Voici quelques leçons sur lesquelles méditer.

Élections partielles : des leçons à tirer
Photo: Graham Hughes/PC

Les élections partielles dans Argenteuil et LaFontaine offrent de la matière à réflexion. Ce type de scrutin ayant sa propre dynamique – peu d’attention médiatique, fort taux d’abstention, grogne et enthousiasme régional – impossible à reproduire lors d’une élection générale, il serait imprudent d’utiliser les résultats pour prédire l’issue du prochain grand rendez-vous aux urnes.
 
Il y a toutefois de bonnes et de mauvaises nouvelles auxquelles il faut réfléchir dans tous les partis politiques. En commençant par la formation qui reçoit le plus sérieux avertissement…

Le Parti libéral du Québec

Bonnes nouvelles
Les châteaux-forts de Montréal tiennent tout de même bon. La victoire dans LaFontaine a été facile. Et, avec à peine 501 voix de retard sur le PQ, le PLQ peut espérer ramener Argenteuil dans son giron lors des élections générales.
 
Mauvaises nouvelles
La marque libérale est touchée. Les appuis dans LaFontaine ont fortement baissés, passant de 69,7 % à 53,3 % des voix. La perte d’Argenteuil est un signal sans équivoque de l’insatisfaction des électeurs libéraux. Les fiefs hors de Montréal ne sont plus imprenables.
 
À méditer
La polarisation de l’électorat dans le conflit étudiant et le penchant pour la loi et l’ordre du gouvernement Charest depuis quelques semaines auraient dû favoriser le PLQ dans Argenteuil, une circonscription semi-rurale hors de Montréal qui ne compte aucun cégep ni université. Or, ce facteur n’a pas joué. En fait, ce débat n’a pas retenu l’attention dans cette élection partielle.
 
En revanche, l’insatisfaction envers le gouvernement, à plus de 70 % depuis des mois, s’est exprimée. Plusieurs libéraux sont restés à la maison. Les odeurs de corruption, de collusion et de favoritisme qui planent ne se sont pas dissipées à la faveur de la crise étudiante. La stratégie de bâtir la prochaine élection comme un référendum sur les frais de scolarité, qui circule chez les conseillers libéraux, ne sera pas facile à imposer.
 
Jean Charest a répété lundi soir que la Coalition avenir Québec est un parti souverainiste déguisé. Cela n’a pas empêché plusieurs libéraux de voter pour le parti de François Legault dans Argenteuil, la CAQ ayant doublé les résultats de la défunte ADQ par rapport à 2008 (de 11,2 % à 21,4 %), alors que le PLQ a perdu 16,2 points (de 49,6 à 33,4 %). Le PQ a essentiellement maintenu ses résultats de 2008 (+ 2,6 points). Même scénario dans LaFontaine.
 
Si les électeurs libéraux insatisfaits ne se sentent plus captifs du PLQ et commencent à appuyer la CAQ, Jean Charest n’est pas au bout de ses peines.
 
Le scénario d’un déclenchement rapide d’élections générales est soudainement moins alléchant. Mais l’idée de faire campagne avec les gros témoins de la commission Charbonneau en toile de fond, à partir de la mi-septembre, ne l’est certainement pas davantage. Dilemme. À moins que Jean Charest ne préfère quitter la politique plutôt que d’avoir à le trancher.

 

Le Parti québécois

Bonnes nouvelles
La victoire-surprise dans Argenteuil impose son parti comme l’alternative au gouvernement Charest. Le moral des troupes sera à son zénith tout l’été, ce qui est parfait si des élections sont déclenchées rapidement. Québec Solidaire et Option nationale n’ont pas grugé suffisamment de votes pour faire la différence.
 
Mauvaises nouvelles
Pauline Marois ne suscite toujours pas l’enthousiasme.

À méditer
Malgré le gain, le PQ a également reçu un avertissement. Alors que l’insatisfaction atteint un niveau record envers un gouvernement dans l’histoire du Québec, le PQ a à peine réussi à maintenir ses appuis dans Argenteuil, passant de 33,6 à 36,2 % entre 2008 et 2011. C’est le vote libéral qui s’est effondré, permettant au PQ d’arracher la victoire par 501 voix.
 
Si le vent du changement soufflait avec la force d’un ouragan, le taux de participation n’aurait pas atteint seulement 42 %, un résultat beaucoup plus faible que lors des précédentes partielles en région, notamment dans Bonaventure (54 %) et Kamouraska-Témiscouata (57 %). Les citoyens d’Argenteuil ont voulu envoyer un message au gouvernement, mais ils ne sont pas tombés dans les bras du Parti québécois pour autant.
 
Lors d’une partielle, un parti peut y mettre tous ses moyens et son énergie. L’histoire est différente lors d’une élection générale. Elle s’annonce plus difficile.

La Coalition avenir Québec

Bonnes nouvelles
Il est capable d’attirer des électeurs libéraux. Le parti est plus attrayant et mieux organisé que la défunte ADQ. Il a doublé ses appuis par rapport aux résultats de l’ADQ en 2008.
 
Mauvaises nouvelles
Même un bon candidat – et connu – comme Mario Laframboise, n’a pu terminer deuxième dans Argenteuil. Dans LaFontaine, finir troisième derrière un candidat du PQ qui n’a pas fait campagne est dur à avaler. Revendiquer le titre de gouvernement en attente ne sera pas possible.
 
À méditer
Lors de ce premier test électoral, François Legault était certain d’avoir une chance de ravir Argenteuil aux libéraux. Il a même parlé de «moment historique» aux journalistes, quelques jours avant le scrutin. Ses conseillers étaient beaucoup plus calmes. Ils visaient une deuxième place dans les deux circonscriptions, afin de s’imposer comme l’alternative au gouvernement Charest. Échec. Obtenir 25 % dans Argenteuil, une circonscription à 82 % francophone était le l’autre objectif. Deuxième échec.
 
Vrai qu’Argenteuil n’est pas dans la première moitié des circonscriptions identifiées comme «prenables» par l’équipe de la CAQ. L’Outaouais n’est pas le terreau le plus fertile de la nouvelle formation. Mais un candidat comme Mario Laframboise avait une chance de lancer le parti sur la bonne voie vers les élections générales. Visiblement, il reste beaucoup de travail à François Legault cet été pour continuer à bâtir son nouveau parti et s’imposer comme une solution de rechange crédible.

 

Québec Solidaire

Bonne nouvelle
Si Jean Charest hésite, l’élection générale pourrait être retardée, laissant encore un peu de temps à QS pour s’organiser.
 
Mauvaise nouvelle
Le parti n’est toujours pas un joueur hors de Montréal. Il n’a pas réussi à améliorer ses résultats par rapport à 2008.
 
À méditer
Malgré le peu de visibilité, le Parti vert du Québec a de nouveau réussi à terminer devant Québec solidaire dans Argenteuil. Les coups de gueule d’Amir Khadir seront peut-être rentable électoralement à Montréal, mais en région, l’effet est nul, sinon négatif.

 

Option nationale

Bonne nouvelle
Aucune

Mauvaise nouvelle
Même Jean-Martin Aussant devra se battre pour garder son siège dans Nicolet-Bécancour.
 
À méditer
Le baptême de feu est difficile. Même s’il a la visibilité d’un député à l’Assemblée nationale, Option nationale (1,34 %) a fait le même résultat que l’obscur Parti conservateur du Québec (1,05 %). Tirer son épingle du jeu lors des élections générales sera un défi de taille.