Élections partielles et NPD : chronique d’une déroute annoncée

Mulcair a semé la dévastation dans le camp conservateur, mais c’est Trudeau fils qui a récolté, au Québec, en Ontario et dans les Prairies.

Les résultats des élections partielles de lundi dernier sont annonciateurs d’une déroute pour le NPD.

Je pense en particulier aux résultats dans Bourassa et Toronto-Centre, deux champs de bataille urbains, qui devraient être propices aux néodémocrates.

Dans les deux cas, les libéraux ont augmenté leur score par rapport à 2011, tandis que le NPD stagnait dans Bourassa et augmentait de 6 points dans Toronto-Centre.

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Il ne s’agit que d’une toute petite ride sur la mer électorale fédérale, mais elle annonce à mon sens une vague de mauvais augure pour le parti orange.

Dans les deux circonscriptions, les libéraux perdaient un député solide, bien établi et très connu. Bob Rae et Denis Coderre allaient sans doute chercher de 5 à 10 points sur leur seul nom, ce qui est rare pour un député. Les libéraux auraient donc dû perdre des points dans ces partielles, mais ils ont plutôt bondi de 7 et 8 points de pourcentage, une nette progression.

[Cliquez ici pour lire la réplique du NPD, «Bourassa confirme l’appui des Québécois au NPD».]

Dans Toronto-Centre, la modeste progression n’annonce aucun gain néodémocrate en Ontario dans un avenir prévisible. Pourtant, Thomas Mulcair connaît sa meilleure saison politique depuis qu’il dirige sa formation. Le procès qu’il a intenté contre Stephen Harper dans le dossier du Sénat lui a valu les éloges d’à peu près tous les analystes politiques.

Mulcair a semé la dévastation dans le camp conservateur, mais c’est Trudeau fils qui a récolté, au Québec, en Ontario et dans les Prairies.

Après la vague orange de 2011, les néodémocrates espéraient devenir la seule solution de rechange au gouvernement Harper. Ayant balayé le Québec, ils devaient faire des gains au Canada. Partant de 103 sièges, ils pouvaient espérer former un gouvernement minoritaire avec 20 ou 30 députés de plus.

Vu l’état de délabrement du Parti libéral du Canada, il paraissait réaliste de grappiller quelques sièges en Atlantique, dans les Prairies et en Colombie-Britannique. Et surtout de rafler une quinzaine de circonscriptions de plus en Ontario.

Mulcair et ses députés ont tout misé sur ces gains potentiels hors Québec. Jamais le parti orange n’a donné l’impression d’être particulièrement préoccupé des intérêts du Québec, même si plus de la moitié de ses députés y avaient été élus.

En fait, le NPD est demeuré exactement le même qu’avant le balayage de 2011, un parti franchement canadien. Il n’a d’ailleurs jamais prétendu à autre chose. What you saw is what you got.

Pourtant, le calcul aurait pu être différent. Tout en demeurant farouchement fédéraliste et fièrement canadien, le NPD aurait pu devenir un féroce défenseur des intérêts du Québec. La sagesse aurait voulu qu’il s’enracine en terre québécoise et en fasse un bastion orange.

Les occasions n’ont d’ailleurs pas manqué.

Les néodémocrates auraient pu se porter à la défense des fonds de travailleurs, et du même coup, des syndicats et des milieux d’affaires québécois. Ils auraient pu se porter à la défense du Québec et de l’Ontario pour les programmes de formation de la main-d’oeuvre, et du même coup, tendre la main aux patrons, aux syndicats et au milieu communautaire. Ils auraient pu mener une campagne permanente pour s’assurer que les sinistrés de Lac-Mégantic reçoivent toute l’attention qu’ils méritent d’Ottawa. Ils auraient pu mener la charge pour dénoncer les compressions dans les transferts fédéraux pour la santé, qui vont jeter les provinces dans le rouge.

En ce moment, les néodémocrates devraient mordre le gouvernement conservateur aux chevilles pour l’obliger à rendre des comptes et à livrer un nouveau pont Champlain au plus sacrant.

Tous ces enjeux sont beaucoup plus importants pour les Québécois que le Sénat.

Pourtant, le parti qui représente le Québec à Ottawa s’en balance.

On peut comprendre que M. Mulcair ait choisi de jeter ses forces en Ontario et ailleurs au Canada pour progresser. On peut comprendre la crainte des néodémocrates de devenir impopulaire au Canada s’ils se mettent à défendre trop ostensiblement des intérêts québécois. On comprend aussi que d’ignorer le Québec n’aura pas permis au NPD de faire des gains en Ontario et ailleurs.

La déroute est annoncée. En oubliant sa principale base électorale, le NPD n’aura rien gagné au Canada et il perdra le Québec.

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Moi, ce que j’ado-o-o-ore, c’est que l’inutile Bloc québécois est radié du Québec et qu’avec Mulcair et Trudeau, on n’est pas près de le revoir.

Je me permet un commentaire un peu éloigné de votre propos, mais je vous cite : « Ils auraient pu mener la charge pour dénoncer les compressions dans les transferts fédéraux pour la santé, qui vont jeter les provinces dans le rouge. » L’expérience québécoise démontre que les province n’ont pas besoin de réduction de la progression des transferts fédéraux pour se jeter dans le rouge. Un ensemble de mauvaises décisions prises par leur gouvernement y arrivent aisément.

Exact.

Depuis 2001, le Québec a rapatrié pas un mais DEUX points de pourcentage de la méchante TPS du gouvernement sinistre fédéral et rien n’y fait. On nage toujours dans le rouge.

Pendant ce temps-là, notre gouvernement fédéral et Conservateur vogue allègrement vers le déficit zéro alors que nous nous enfonçons toujours plus creux dans des déficits abyssaux.

Le NPD s’est porté à la défense des fonds de travailleurs, il s’est également porté à la défense des programmes de formation de la main-d’œuvre, ils ont aussi mené une campagne à propos de la sécurité ferroviaire cet été suivant les événements de Lac-Mégantic, et ils exigent la construction d’un nouveau pont Champlain « au plus sacrant » depuis fort longtemps. Que cela vous plaise ou non, le NPD défend les intérêts du Québec à tous les jours.

Et ce NDP fédéraliste centralisateur va nous donner des leçons en droit et liberté???

Et voila ce que les alliés progressifs de QS, le NDP, représente!!!!

Thomas Mulcair, chef NDP, était libéral!
Bob Rae, ex- chef libéral, était NDP!

Lors du vote sur les mesures de guerre en 1970, Il y avait vingt députés NDP au parlement canadian. Tommy Douglas fut le seul à avoir le courage de voter contre et il en a payé le prix politique.

De plus, le NPD a appuyé les libéraux lors du rapatriement de la constitution de Trudeau en 1982 et lors de la loi sur la clarté de Dion récemment!!!!

Le NDP s’est opposé à l’Entente du Lac Meech et trouvait que l’entente de Charlottetown était trop généreuse pour le Québec.

En 2008, le NDP a voté contre le retrait des troupes en Afghanistan en février 2009 et plus récemment, pour le maintien des attaques en Lybie.

En 2013, le NDP a voté pour la motion M-412 (La garantie de prêts à Terre-Neuve pour construire ses lignes hydro-électriques/Projet du Bas-Churchill), contre le Québec.

Est-ce un hasard que quand j’écoute ces Turmel (Boulerice) ou Mulcair (Saganash), j’ai l’impression d’entendre PET…. un demi-siècle plus tard ! « Un non, c’est un oui….. ». Soyons clair ! Le NDP est un parti ultra centralisateur et fédéraliste!!!

Vous l’avez dit, le NPD ne peut pas se permettre d’appuyer trop le Québec car il perdrait beaucoup de plumes dans le ROC et bonjour les chances de former un gouvernement même minoritaire. Le problème, et votre article en fait partie d’une certaine manière, c’est la division des partis du centre et de la gauche en 2 partis qui sont comme des vases communiquant, quand un monte l’autre descend et vice-versa. Harper n’a pas à se préoccuper de sa réélection en 2015, le NPD et les Libéraux en se divisant le vote vont sans l’ombre d’un doute donner la chance aux conservateurs de garder le pouvoir. Nous, on se fiche bien de qui va former l’opposition officielle – on se préoccupe de quel parti forme le gouvernement et les stratégies actuelles des partis d’opposition font que la réponse est ni l’un ni l’autre.

Pour ma part, je pense que cette stratégie est irresponsable face au désastre causé par le gouvernement Harper autant au Canada qu’au niveau international. On a beau éventuellement balancer un budget, mais à quel prix! On fait des coupures aux services au public pour en mettre plus dans les poches des amis du pouvoir – même l’auguste ministre Flaherty baigne dans la fange jusqu’au cou! On gaspille les fonds publics d’une manière éhontée (F35, sénat, projets dans les circonscriptions conservatrices lors du G20, bateaux etc.), on se fout de l’environnement dans lequel on vit, on est à la solde des multinationales canadiennes qui abusent des droits humains à l’étranger et j’en passe… C’est ça qui est préoccupant et c’est ça que les partis d’opposition ignorent et je trouve que les citoyens jouent leur jeu en les laissant faire. Mais, par contre, que peut-on contre des stratégies égoïstes qui ne visent que leur intérêt partisan et non pas l’intérêt public? Pourriez-vous répondre à cette question?

La comparaison avec 2011 est trompeuse et à courte vue. L’implantation du NPD au Québec est évidente. Il est toujours très difficile de concrétiser avec une vague. Les 31% de Stéphane Moraille sont la preuve que le NPD est durablement présent et actif au Québec.

« Pourtant, le calcul aurait pu être différent. Tout en demeurant farouchement fédéraliste et fièrement canadien, le NPD aurait pu devenir un féroce défenseur des intérêts du Québec. La sagesse aurait voulu qu’il s’enracine en terre québécoise et en fasse un bastion orange. »

Cette phrase de l’auteur illustre à merveille sa méconnaissance envers le travail de terrain qui s’effectue au Québec depuis l’élection du NPD. Dans Bourassa, bastion libéral depuis des lunes, le NPD a littéralement mené une bataille de tous les instants. À l’auteur de cet article, je lui suggère fortement de sortir de son pupitre et d’aller sur le terrain observer le travail de terrain du NPD dans l’ensemble du Québec. Car oui, le NPD peut être un parti à la fois canadien et québécois, connaissant les spécificités propres au peuple québécois.

Moi ce que je retiens c’est quel NPD a très bien fait dans 2 véritable chateaux forts libéraux. De plus, le NPD a fait un travail extraordinaire pour mettre en lumière les magouilles de Harper. Pour le reste des critiques, je les trouve totalement injustifié. Visiblement, l’auteur ne suit pas la puck parce que seul le NPD c’est levé pour défendre les régimes de retraites, la santé et les attaques vicieuses des conservateurs contre les groupes de femmes et les groupes environnementaux. Pour les libéraux, c’est une version Harper-Légère avec leur appui indéfectible à l’industrie pétrolière. Pour le bloc, c’est silence radio.

Quel parti peut aujourd’hui satisfaire à la fois le Québec et le Canada? Le parti libéral? Sans doute, en naviguant au plus près et en évitant les vrais débats. Le NPD n’y parviendra certainement pas, car son appui à l’idée d’un référendum réussi avec 50% des voix plus une, est une faute rédhibitoire au canada-anglais et chez les vrais démocrates. Le NPD n’aurait rien fait de plus pour le Québec mais aurait reconnu l’inanité de l’idée d’une indépendance obtenue à la majorité simple, c’est-à-dire par la peau des dents (50% + 1), qu’il aurait tenu tête là-bas aux partis traditionnels. Ainsi, en raison de son entêtement contre le bon sens démocratique (avis des Cours internationales, de la Cour suprême), il est perçu là-bas comme un chef aux racines trop québécoises, charmé par l’idéologie nationaliste qui croit pouvoir transformer la majorité par une voix en unanimité permanente. « He’s tainted ».