Élections 2014 : podium de départ

À qui le blogueur Alec Castonguay décerne-t-il ses médailles d’or, d’argent et de bronze en ces premières 48 heures de campagne électorale ?

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Photo : Ryan Remiorz / La Presse Canadienne

Il y a trois moments qui se démarquent lors d’une campagne électorale. Les premières 48 heures, les deux jours qui englobent le débat télévisé et les réactions, puis le dernier droit, les 3-4 dernières journées.
Politique

Un bon début de campagne ne scelle pas la fin du débat, loin de là. Mais il peut donner un élan et rebrasser les cartes.

Voici ce que je retiens des premiers jours de la campagne. Et puisqu’on a encore les Jeux de Sotchi frais en mémoire, pourquoi ne pas constituer un podium des 48 premières heures ?

Médaille d’or

Philippe Couillard. La politique, c’est beaucoup une gestion des perceptions. Pour le chef libéral, les attentes étaient basses, après les mois difficiles qu’il a traversé cet automne et au début de l’hiver. Or, le changement de ton est évident. Plus confiant, plus déterminé, plus populiste aussi, avec des phrases simples et un langage accessible. Il devra toutefois faire attention de ne pas trop s’éloigner de sa personnalité, au risque de sonner faux. L’homme n’est pas Denis Coderre. Il n’est pas un politicien de proximité. Il y a une limite à jouer cette carte.

Mais depuis le déclenchement, son message passe. Et il a rassuré ses troupes inquiètes, c’est déjà bien.

Il a recruté des candidats de grand calibre, notamment en économie, qui ajoutent à la crédibilité de la campagne autour du thème qu’il a développé, «les vraies affaires». C’est cohérent.

Promettre 250 000 emplois sur cinq ans n’a rien d’original (recyclage de la campagne libérale de 2012 — sans parler du fait que la moyenne historique de création d’emplois au Québec est de 40 000 par année, alors en promettre 50 000 n’a rien pour tout casser), alors que la stratégie maritime est une bonne idée… largement développée par la CAQ de François Legault. Les annonces du PLQ ne sont pas chiffrées et il faudra voir dans leur cadre financier comment elles seront financées.

Mais le chef libéral est dans le bon filon. L’économie et l’emploi occupent le centre du débat en ce début de la campagne, et il est le seul sur ce terrain depuis 48 heures. Et bénédiction pour lui, Statistique Canada nous apprend que le Québec a perdu 26 000 emplois en février, à contre-courant du reste du pays. Le genre de bombe qui peut influencer plusieurs jours de campagne.

Est-ce suffisant pour faire bouger l’aiguille des sondages ? Difficile à dire. Il reste encore une longue campagne à mener. Mais le départ est certainement celui que Philippe Couillard souhaitait.

Médaille d’argent

François Legault. Il lancé sa campagne à l’image de ce qu’elle est pour lui : le tout pour le tout. Il a, de manière inhabituelle, dévoilé son cadre financier et sa plus importante promesse (baisse de taxes et d’impôts de 1000 dollars en moyenne par famille) dès le jour 1. Il devait ébranler les intentions de vote, qui sont au plancher pour la CAQ (15 %).

Il a donc joué la carte de la fiscalité et des finances publiques. Plusieurs économistes ont reconnu que l’exercice tient la route sur quatre ans, mais que les résultats pour la première année sont peut-être surestimés. Et qu’il faudra un courage hors norme pour mener le tout à terme s’il est élu.

Avec cette annonce et la charte des contribuables, il a réussi à attirer l’attention sur ses idées. Pour un parti lointain troisième dans les intentions de vote, c’est un pari toujours difficile à relever.

La question demeure toutefois : les gens vont-ils croire à ce qu’on leur offre ? Promettre un ménage dans les finances publiques et un répit fiscal pour les citoyens, ce n’est pas une première. Les gens, souvent déçus dans le passé, sont devenus méfiants.

De plus, le départ d’Hélène Daneault, députée de Groulx et porte-parole en matière santé, dès le jour 1, a terni le lancement de la CAQ et mis en relief que les candidats-vedettes ne sont pas au rendez-vous cette année.

Médaille de bronze

Pauline Marois. La tendance de fond avantage le Parti québécois. Le gouvernement Marois n’a pas été sans controverse depuis qu’il a pris le pouvoir, mais il n’est pas un gouvernement usé. Le désir de changement n’est pas aussi prononcé qu’en août 2012. Et la brochette de candidats, même s’ils se ressemblent — beaucoup de communicateurs et d’anciens présidents d’ordres professionnels — est intéressante.

Et puisque des élections, c’est très mathématique, la carte électorale joue en sa faveur. Sur les 30 courses serrées décidées par 5 % des voix ou moins en 2012, le PQ est le parti qui a été impliqué dans le plus grand nombre de luttes, avec 22. Il en a remporté 10 et a terminé deuxième à 12 reprises. Or, il n’a besoin que de neuf circonscriptions pour décrocher la majorité. Son avance chez les francophones lui permet de l’entrevoir pour l’instant.

Toutefois, le début de campagne, sans être désastreux, n’est pas étincelant. Pauline Marois a perdu la première journée en refusant de répondre aux questions des journalistes, puis a passé la deuxième journée sur la défensive, entretenant le flou sur sa volonté référendaire. Deux terrains où elle n’a rien à gagner.

On peut comprendre Pauline Marois de souffler le chaud et le froid sur un éventuel référendum. Elle veut garder les souverainistes à bord, tout en rassurant les fédéralistes pro-Charte. C’est un équilibre délicat.

Mais on ne peut pas reprocher aux journalistes de vouloir éclaircir ce sujet. Pour deux raisons : d’abord, Pauline Marois a promis une consultation sur l’avenir du Québec si elle est reportée au pouvoir, rallumant elle-même la flamme du débat. Certains candidats (et ministres) disent ouvertement qu’il n’y a jamais eu de cycle péquiste au pouvoir sans référendum, laissant miroiter cette possibilité.

Ensuite, les deux fois où le PQ a tenu un référendum, il a annoncé clairement ses intentions lors de la campagne électorale précédente, en 1976 et en 1994. C’est d’ailleurs la façon de faire sur la scène internationale. En Écosse et en Catalogne, où des référendums approchent, l’annonce a été faite des mois, voire des années à l’avance.

Finalement, Pauline Marois termine les premiers jours de campagne avec ce coup de massue, une perte de 26 000 emplois. L’économie n’étant pas sa force, ça ne peut pas être une bonne nouvelle.

Au pied du podium

– Françoise David et Amir Khadir. Difficile de décoder le message de Québec solidaire en ce début de campagne. Alors que QS avait l’occasion d’attaquer le PQ sur sa gauche, en raison du recentrage (presque un virage à droite, dirait certains) évident de Pauline Marois depuis qu’elle est au pouvoir, QS a foncé sur la souveraineté.

Or, même si QS est un parti souverainiste, son ADN est avant tout dans ses politiques sociales. Il n’a jamais été perçu comme un parti souverainiste pressé. Pourquoi y mettre l’attention maintenant ? Pour rallier les souverainistes déçus du PQ ?

En annonçant un livre blanc sur l’avenir du Québec et une consultation populaire, Pauline Marois a justement battu le rappel des troupes, propulsant la question du référendum dans l’actualité. Il ne semble pas y avoir beaucoup de possibilités de croissance sur ce front des souverainistes déçus et pressés.

Ensuite, le slogan de la campagne, «Votons avec notre tête», me semble encore là en complète contradiction avec l’ADN du parti. On dit souvent que les Québécois ont le portefeuille à droite et le cœur à gauche. Voter QS, voter progressiste, c’est à mon sens plus émotif. Françoise David inspire la compassion, un thème qui me semble connecté dans le sang, les tripes, davantage que dans la matière grise.

Il reste encore plus de 30 jours de campagne, un débat des chefs, des annonces, des passages à Tout le monde en parle, des pelures de bananes… Bref, ce podium changera assurément de composition d’ici le jour J.

* * *

À propos d’Alec Castonguay

Alec Castonguay est chef du bureau politique au magazine L’actualité, en plus de suivre le secteur de la défense. Il est chroniqueur politique tous les midis à l’émission Dutrizac l’après-midi (sur les ondes du 98,5 FM) et analyste politique à l’émission Les coulisses du pouvoir (à ICI Radio-Canada Télé). On peut le suivre sur Twitter : @Alec_Castonguay.

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4 commentaires
Les commentaires sont fermés.

Je trouve que votre podium est très bien tel qu’il est, je ne vois pas de raisons de le modifier 🙂

Médaille de bronze à Pauline Marois???

1- Elle refuse de rencontrer ses adversaires dans un débat télévisé en face-à-face (de quoi aurait-elle l’air sans Lisée et Drainville pour lui dire quoi répondre?)…
2- Elle refuse un débat en Anglais (Harper, LUI, peut débattre en français!)…
3- Le Québec a PERDU 26,000 emplois en un mois seulement (imaginez une année de catastrophe!!!)…
4- Elle refuse de répondre aux questions des journalistes lors de la première journée d’élection (Bravo…comme Harper!!!)…
5- Elle choisit des candidats étudiants, comédiens et même, tenez-vous bien, RIGOLOTHÉRAPEUTE (ça ne s’invente pas ces choses-là!!!):
http://www.ledevoir.com/politique/quebec/402024/une-rigolotherapeute-chez-les-pequistes

Et vous lui donnez la médaille de bronze???

Un peu d’impartialité SVP!!!

D’accord avec votre phrase de départ : » La politique, c’est beaucoup une gestion des perceptions. » et votre médaillé d’or P.Couillard mise complètement là-dessus faute de pouvoir se raccrocher à plus solide, s’il fallait qu’il explique / justifie chacune de ses déclarations il perdrait bien vite la face, jusqu’à maintenant il joue le tout pour le tout, il avance à peu près n’importe quoi en espérant que les électeurs goberont tout ce qu’il dit, il ne respecte pas leur intelligence en le faisant.

Vous avez raison aussi, M.Couillard a complètement changé d’attitude ces derniers jours, on voit qu’il a bien appris la technique de Jean Charest, il met un peu beaucoup d’arrogance dans ses propos, il est à la veille je suppose de lancer des pelures de banane à ses adversaires… attention à ne pas trop copier J.Charest M.Couillard sinon les québécois vont découvrir votre jeu !

La médaille de bronze pour Pauline Marois ce n’est pas si mal puisque en même temps vous la percevez comme la gagnante potentielle au fil d’arrivée.