Élections provinciales : pour une opposition forte

Pourquoi s’intéresser à une élection dont on connaît déjà l’issue ? Parce que la prochaine Assemblée nationale doit pouvoir compter sur une opposition prête à exercer ce contre-pouvoir indispensable, répond notre rédactrice en chef, Claudine St-Germain.

Photo : Christian Blais

Amateurs de politique sportive, bonsoir ! Avez-vous commencé à préparer le popcorn en prévision d’une élection qui pourrait fracasser des records, comme le plus grand nombre de sièges remportés par une formation et le plus petit nombre de députés pour d’autres ? Êtes-vous captivés par la montée des jeunes partis et la mort annoncée des vieux ? Scrutez-vous les résultats de sondages comme d’autres analyseront bientôt les statistiques de la LNH ?

Si vous avez répondu un « oui ! » enthousiaste à ces questions, il y a de fortes chances que vous soyez un journaliste politique. Plus vraisemblablement, vous avez d’autres occupations et vous faites plutôt partie de ceux qui se demandent : « À quoi bon s’intéresser à une élection dont on connaît déjà l’issue depuis deux ans ? » 

La question est pertinente. Même les électeurs les plus dévoués peuvent manquer de motivation quand les dés semblent jetés. Convaincre les indifférents de suivre la campagne, déjà tâche ardue lors des courses chaudement disputées, tiendra presque de la mission impossible. 

Le contexte est cruel pour les candidats qui se démènent à proposer des idées qui risquent d’être accueillies par des bruits de criquets. Il a évidemment toujours été plus difficile de se faire entendre pour les formations qui sont loin du pouvoir dans les sondages. Ce qui est inédit cette fois, c’est que cette situation est celle de tous les partis en lice, sauf un. 

Il serait pour le moins néfaste que le débat d’idées écope de ce couronnement annoncé, si on pense à la complexité des défis qui devront être relevés par le prochain gouvernement. Urgence climatique, inflation, pénurie de main-d’œuvre, vieillissement de la population, inégalité en éducation, protection du français, crise du logement : les enjeux sont costauds et méritent la réflexion la plus large possible. Avance écrasante ou pas, la CAQ n’a pas la science infuse dans ces champs d’exercice et, faut-il le rappeler, près de 6 Québécois sur 10 préféraient le programme d’un autre parti au lancement de la campagne. Le point de vue de cette majorité d’électeurs sur ces enjeux est tout aussi valable et mérite d’être représenté à l’Assemblée nationale. 

L’élection qui vient sera cruciale pour les quatre formations qui affrontent la CAQ. Le Parti québécois et le Parti libéral doivent prouver qu’ils savent se renouveler pour parler à de nouvelles générations. Québec solidaire a le défi d’élargir sa base pour se présenter comme un gouvernement en attente. Le Parti conservateur du Québec ne pourra sortir de sa marge s’il ne convainc pas la population du sérieux de ses propositions. 

Si l’un de ces partis fait beaucoup mieux (ou beaucoup moins bien) qu’attendu, il n’est pas impossible que notre paysage politique soit durablement changé par le présent scrutin. Ce n’est pas dramatique en soi. Il est dans l’ordre des choses que des formations politiques naissent, grandissent, se transforment et disparaissent ; la santé démocratique du Québec n’est pas liée à la survie de l’une d’elles en particulier. 

Il est par contre essentiel que la prochaine Assemblée nationale puisse compter sur une opposition forte, riche de talents en nombre, qui exercera ce contre-pouvoir indispensable pour améliorer les politiques gouvernementales, consolider les projets de loi, éviter les dérives et considérer les angles morts. Le parti au pouvoir aura besoin de se faire rappeler que, peu importe son nombre de sièges, il ne représente qu’une minorité des courants de la société. 

Il n’est pas dans la tradition de L’actualité de prendre position pendant les campagnes électorales, et nous ne ferons pas exception pour celle-ci. Mais j’ai envie de vous dire ceci : si ça ne sent pas la coupe pour votre équipe, il est d’autant plus important de faire ce qui est en votre pouvoir pour qu’au moins elle reste sur la glace pour la prochaine saison. En politique comme dans le sport, les adversaires rendent meilleurs. 

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Dans votre mot il est écrit « Il n’est pas dans la tradition de l’actualité de prendre position pendant les campagnes électorales , et nous ne ferons pas exception pour celle ci » par contre , vous suggérer aux électeurs n’appuyant pas le parti au pouvoir et qui risque d’avoir un second mandat a se presenter aux urnes. Moi , je considère votre mot comme étant une prise de position dans la présente campagne éléctorale et ce peu importe vos motifs.

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Je partage votre opinion sur la nécessité de se doter d’une opposition forte et surtout diversifiée pour contrebalancer le pouvoir à l’assemblée nationale. Sachant que peu importe les élus et le parti au pouvoir, ils doivent composer avec le contrepouvoir tout puissant du capital qui détermine les règles du partage et les soumet à leurs intérêts et leur vision du présent comme du futur de votre société.

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Oui à la responsabilisation, mais en parlant de responsabilisation, si nous nous retrouvons avec une opposition limitée, il sera aussi important que le quatrième pouvoir joue son rôle. Si en plus les médias ne prennent pas la relève, adieux balance du pouvoir!

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Ayant assisté au débat des candidats de mon comté,j’ai réalisé que c’était des personnes courageuses et de talent.Malheureusemant,un seul d’entre eux sera élu et devra suivre la ligne de son parti.Avec la prolifération des partis,même si j’étais contre auparavant, je crois que nous sommes « dûs » pour un changement dans nos élections en instaurant les proportionnelles.Nous perdons trop de candidats de qualité en votant pour un parti.

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Peut-être que cette élection-ci portera surtout sur la santé de notre démocratie finalement plutôt que de choisir le parti qui sera au pouvoir.

Déjà que Trudeau et Legault ont tous deux laissé tomber leur promesse de réforme du mode de scrutin parce que le mode actuel avantage le parti au pouvoir, on se demande s’il est sain démocratiquement qu’un parti rafle tout. Que l’on soit d’accord ou non avec les positions des différents partis, il me semble essentiel d’en assurer la survie.

Je relance l’idée qu’il faudrait tenter que la CAQ soit minoritaire ou que, au moins, les oppositions aient suffisamment de députés à l’Assemblée Nationale pour pouvoir éventuellement bloquer des décisions gouvernementales en s’associant ponctuellement.

En votant systématiquement pour le candidat qui a le plus de chance de défaire la CAQ dans sa circonscription, on pourrait espérer avoir une démocratie digne de ce nom et, qui sait, une opposition qui obligerait une motion en faveur du mode de scrutin proportionnel promis.

Il y a trois façon de trouver votre circonscription ici: https://www.electionsquebec.qc.ca/cartes-electorales/circonscriptions-provinciales/

Puis le site Québec 125 a commencé à publier les intentions de vote par circonscription ici: https://qc125.com/districts.htm

Parce que, contrairement à ce qu’affirme Legault, ce n’est pas vrai qu’il n’y a qu’une poignée d’intellectuels qui s’intéressent au changement de mode de scrutin.

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Dans le système actuel et comme vous l’écrivez, le «contexte est cruel pour les candidats qui se démènent à proposer des idées» car en fait la grande majorité des candidats caquistes élus ne seront que des potiches à l’Assemblée Nationale dont les idées ne feront pas long feu. Les partis politiques ont pris toute la place et il est rare que le député puisse jouer un rôle réel. Dans ma circonscription c’est une ministre caquiste que j’ai contactée pour un problème ponctuel mais elle est incapable de le régler car elle doit suivre la ligne de son parti… Alors, imaginez un «simple» député!

Autrement dit, la démocratie prend le bord et la politique n’est devenu qu’un trip de pouvoir pour seulement quelques «élus» (y compris au sens biblique) alors que l’électeur ne vote la plupart du temps que pour une marionnette d’un parti politique. Dans ce telles circonstances, la notion même de député est devenue désuète et il faut repenser le tout à partir de zéro et, surtout, revoir drastiquement le mode de scrutin pour que chaque vote compte véritablement et que le pouvoir étatique ne soit exercé que par ceux qui ont reçu un appui de la majorité des électeurs qui ont voté (il faudrait aussi considérer le vote obligatoire comme cela se fait dans plusieurs pays).

Donc, à l’instar de plusieurs autres citoyens, je nous encourage à voter pour le meilleur candidat autre que celui ou celle de la CAQ dans notre circonscription pour avoir un vrai député, pas une potiche inféodée à un parti politique et muselée pour le reste.

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Au Québec maintenant il y as trop de partit politique comme au Canada d’ailleurs. Au Canada Justin Trudeau as eu le pouvoir avec 32.6% des votes. 67.4% de la population du Canada ne le voulait pas la. Depuis 2016 le finance public du canada sont désastreux. Oui il y as eu la Covid mais comparer au autre Pays du monde le canada est le pays qui as plus dépenser en PIB durant la Covid. Avec trop de partit politique malheureusement Trudeau vas encore rentré.

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Mme St-Germain
svp m’indiquer comment nous pourrions assurer une opposition suffisante pour éviter le danger du pouvoir absolu d’un chef de parti.

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