Élire un plan de communication

Vous savez, collègues des médias, ce n’est pas parce qu’un événement est annoncé par un communiqué de presse qu’il s’agit pour autant d’une nouvelle. 

Photo : Aaron Vincent Elkaim/La Presse Canadienne

Photo : Aaron Vincent Elkaim/La Presse Canadienne

Politique«Qui a gagné la journée ?»

C’est la première question, fort étrange, que Michel C. Auger avait pour ses panélistes, lundi midi, sur les ondes d’ICI Radio-Canada Première. Ça m’a rendu perplexe. Comment peut-on «gagner la journée» dans une élection ?

Stephen Harper a-t-il déposé un hôtel sur Place du Parc ? Thomas Mulcair a-t-il placé un mot de huit lettres sur une case compte triple ? Justin Trudeau a-t-il couru 100 mètres en moins de 12 secondes ? A-t-on tiré le billet de Gilles Duceppe au moitié-moitié ?

La réponse de la première panéliste n’avait rien pour m’aider à comprendre le sens de la question : Justin Trudeau avait gagné la journée, «parce qu’il avait l’air confiant et fier». Harper aussi avait gagné, parce qu’il était «à l’aise et en contrôle».

Hein ?

Si on votait en allant porter une rose à notre candidat favori sous le regard de Sébastien Benoit, il s’agirait là d’analyses absolument éclairantes. Malheureusement, l’isoloir est moins romantique que la «maison de l’amour» d’Occupation double, et personne ne veut s’imaginer Stephen Harper ou Thomas Mulcair dans un jacuzzi.

* * *

Jeudi matin, quelques heures avant le débat, Justin Trudeau est allé boxer. Son équipe a décidé d’inviter les photographes. Justin n’allait répondre à aucune question, mais on pouvait le prendre en photo.

J’imagine l’équipe des communications complètement hilare en appuyant sur «Envoyer». Quelle bonne blague elle faisait là ! Pourquoi des médias se déplaceraient-ils à un non-événement sans aucune valeur sur le plan de l’information, et servant exclusivement à fabriquer une image de battant à Justin Trudeau ? Ha ! ha !

Ben mautadine, le jeudi matin venu, il y avait des photographes à la pelle…

Qu’a-t-on appris en voyant Justin Trudeau donner des coups de poing dans la mitaine d’un entraîneur ? La même chose qu’en écoutant Justin Trudeau faire un discours : rien du tout. Et encore moins.

Vous savez, collègues des médias, ce n’est pas parce qu’un événement est annoncé par un communiqué de presse qu’il s’agit pour autant d’une nouvelle. C’est normal que les politiciens essaient de vous utiliser, mais vous êtes censés leur faire la vie dure, pas les aider.

Si Mulcair vous invite à le prendre en photo pendant qu’il passe l’aspirateur chez lui, pour montrer symboliquement qu’il pourrait faire le ménage dans les finances publiques, vous n’êtes pas obligés d’y aller.

* * *

Dans ces conditions, on peut «gagner la journée» même en faisant une promesse totalement incongrue, tant qu’on la présente bien.

Et c’est ainsi que les politiciens se sont mis à utiliser des citoyens comme des décorations (<— allez lire cette nouvelle, c’est du bonbon). Tu entres un matin à l’usine pour être soudeur et, sans avertissement, tu deviens une lampe IKEA ou un sofa en cuir qu’on place dans le décor d’une annonce-pièce de théâtre, parce que ça fait de plus belles photos.

Traitez-moi d’idéaliste (ça va me changer de l’habituel «cynique»), mais je suis de ceux qui croient encore que les idées devraient être plus importantes que les images avec lesquelles on les présente.

Je dois être d’un autre siècle, parce que, un peu partout — y compris dans mes textes, parfois —, l’analyse politique a cédé le pas à l’analyse du plan de marketing des politiciens. Tellement que, quelquefois, j’ai l’impression qu’on va élire un directeur des communications plutôt qu’un premier ministre.

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Enfin un journaliste qui dit ouvertement que les politiciens ne font plus de politique, ils font du marketing. Les médias étant les premiers bénéficiaires de cette manne, il n’est pas surprenant de les voir jouer le jeux. Après les commandites de Chrétien, le plan d’action économique du gouvernement Harper est devenu une source de revenu non négligeable pour tout les diffuseurs. L’immoralité de cette imposante campagne de publicité vantant les mérites du bon gouvernement Harper dont le coût pour les canadiens dépasse de loin celui des « commandites » n’a été dénoncé par aucun journaliste à ce jour.
Le plan marketing est pourtant évident, les messages diffusés sous le couvert d’informer les canadiens ne sont rien de moins que de la publicité partisane. J’ai entendu récemment un commentaire de Justin Trudeau dénonçant du bout des lèvres cet situation. Pourquoi personne qu’il soit un adversaire politique ou un journaliste n’ose approfondir cette question? Cette façon de faire de la politique serait-elle en voie de devenir la norme?

Vous avez manqué beaucoup de commentaires des libéraux et du NPD sur le fait que la publicité du Plan d’action économique nous avait coûté plus de $750millions. Ça fait déjà quelques années qu’ils répètent cela à tous ceux qui veulent bien les entendre.

Je ne doute pas que vous ayez raison, les Libéraux et le NPD ont commenté ces dépenses pour leur caractère excessif mais je n’ai entendu personne mettre en doute la légalité d’utiliser ainsi les fonds publics pour faire la promotion de son parti politique. Le directeur des élections a t’il été appelé à se prononcer sur la légitimité de ces actions? Les médias ont-ils questionné ces agissements? C’est de cela qu’il est question et non pas de critiquer l’ampleur des sommes investies dans une campagne de publicité légale et autrement nécessaire.

Cela ne relève pas de l’autorité du directeur des élections sauf en période électorale. En fait, la publicité du gouvernment fédéral n’est régie par aucune loi ou n’est assujettie à aucun contrôle sauf en période d’élections. S’il est élu, le parti libéral a promis de mettre en place les mêmes contrôles qui existent déjà en Ontario. Le vérificateur général de l’Ontario revoit toutes les publicités et les autorise seulement si elles sont vraiment nécessaires pour informer les citoyens. J’oserais dire qu’une bonne partie des publicités du Plan économique aurait été rejetée si ce genre de contrôle avait existé.

« C’est de cela qu’il est question et non pas de critiquer l’ampleur des sommes investies dans une campagne de publicité légale et autrement nécessaire. »

Autrement nécessaire? Comment est-ce que la promotion du plan d’action économique était encore nécessaire des années après la fin de la récession?

Ah, vous allez me dire que le Canada étant tombé en récession lorsque le gouvernement du Canada a arrêté de dépenser de l’argent dans la promotion du plan d’action économique représente la plus grande preuve de sa nécessité??

Monsieur Morin, le Parti libéral du Canada n’a pas dénoncé la légalité de ces publicités, parce que pour le moment, elles sont légales.

Toutefois, c’est un des éléments de notre plateforme, que de restreindre sévèrement la capacité du Gouvernement du Canada (quelqu’il soit) d’utiliser les ressources des contribuables à des fins d’auto-promotion. Je vous invite à prendre connaissance de nos propositions à http://www.liberal.ca/fr/changerensemble/.

Salutations,

Alexandra Mendès
Candidate – PLC Brossard – Saint-Lambert

@M.C. «..Tellement que, quelquefois, j’ai l’impression qu’on va élire un directeur des communications plutôt qu’un premier ministre.»

Vous êtes trop généreux. Ça n’est pas un «directeur des comm. » qui sera élu mais plutôt l’image que ledit «directeur des comm.» aura réussi à faire passer entre les neurones un peu relâchés d’une majorité relative des électeurs. Bref, quand vous achetez un savon, une bagnole, un frigo voire un politicien bien emballé par le «dircomm», ça n’est pas lui que vous achetez mais bien le produit. Et si vous n’êtes pas satisfait du produit, ne blâmez pas le «dircomm» mais vous-même.