Jacques Duchesneau: d’Eliot Ness à Eliot Mess

Le franc-tireur imprévisible de la CAQ lance des accusations graves à l’endroit d’André Boisclair.

Photo: Jacques Boissinot/Presse canadienne
Photo: Jacques Boissinot/Presse canadienne

À quelques jours de la campagne électorale de l’été 2012, je me suis mis à recevoir des courriels, textos et appels téléphoniques m’empressant de dire à qui de droit de parler avec Jacques Duchesneau pour qu’il devienne candidat du Parti québécois. Tous ces contacts me disaient qu’il voulait faire de la politique et que ce serait un coup fumant pour nous.

J’avoue que ça m’a titillé quelques minutes. Après tout, Duchesneau était devenu un héros populaire, celui qui avait donné la dernière poussée obligeant le gouvernement libéral à créer une commission d’enquête sur la corruption. L’annonce de sa candidature pouvait avoir assez d’effet pour nous donner quelques points, ceux qui nous manquaient pour obtenir une majorité.

Mais je suis vite revenu sur terre. D’abord, il avait lui-même avoué être un libéral depuis toujours. Et puis, j’avais eu à travailler sur son cas lorsque j’étais à Ottawa et je savais qu’il traînait plusieurs histoires derrière lui.

À l’époque où il dirigeait l’ACSTA, l’organisme fédéral chargé de la sécurité dans les aéroports, M. Duchesneau devait faire face à des allégations de conflits d’intérêt et de dépenses excessives. Jean Lapierre, le ministre responsable de l’époque, avouera plus tard que ça l’empêchait de dormir la nuit.

Mais ce qui me revenait en mémoire avec le plus d’acuité, c’était cette histoire avec Julie « c’t’ivident » Couillard. Toute cette saga autour de la relation de Maxime Bernier et Julie Couillard avait défrayé les manchettes de long en large à l’époque. Et notre homme y était mêlé.

Alors patron de l’ACSTA, il avait rencontré Julie Couillard et son associé et ami de coeur de l’époque, un certain Robert Pépin. Les deux voulaient obtenir un contrat, or  les médias ont rapporté que le monsieur avait un passé criminel et avait contracté une dette auprès des Hells Angels. Difficile moment pour Jacques Duchesneau.

En plus de cela, il était manifestement un franc-tireur, imprévisible, qui pouvait à tout moment lancer des affirmations explosives.

Bref, il n’était pas question pour nous de l’approcher comme candidat. Mais j’étais inquiet, très inquiet. J’avais peur que François Legault le recrute. À ce moment de la pré-campagne, la CAQ végétait autour de 20% dans les sondages. Nous avions le momentum de notre côté et dans une bataille à deux, PQ contre PLQ, nous avions de bonnes chances de l’emporter et même d’obtenir une majorité.

Mais si par malheur Duchesneau acceptait de se présenter pour la CAQ, plus rien n’était certain, en particulier dans la zone névralgique du 450. J’en ai mal dormi pendant plusieurs jours. Et quand la rumeur s’est confirmée, je n’ai pas dormi du tout!

Au moment de l’annonce, François Legault était fier comme un paon et on pouvait le comprendre. Son parti venait de ressusciter d’un coup. Il présenta son candidat superstar comme le Eliot Ness du Québec.

Mais quelques heures à peine après son arrivée, Duchesneau mettait déjà son chef dans l’embarras en affirmant en entrevue qu’une fois au gouvernement, il allait nommer lui-même des ministres!?! Ça patinait fort du côté de la CAQ le lendemain…Vincent Marissal avait bien souligné les aléas d’une candidature-vedette aussi imprévisible.

Je pensais à tout ça après avoir entendu les insinuations très graves de Jacques Duchesneau contre André Boisclair. Il a fait le lien entre un contrat accordé en 2003, la consommation de cocaïne de Boisclair et l’entrepreneur Sauvé qui disait avoir été infiltré par les Hells…en 2006!

Je n’en revenais tout simplement pas de le voir lancer des accusations aussi graves, aussi légèrement. Je me demande si François Legault est heureux, aujourd’hui, de l’avoir dans son équipe.

Il pensait avoir mis la main sur un Eliot Ness et il se retrouve finalement avec un Eliot Mess.

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Duchesneau va apprendre bientôt que quand on crache en l’air ça nous retombe sur le nez. Il ne semble pas comprendre qu’un politicien se doit garder un droit de réserve et que toutes ses intuitions ne doivent pas se retrouver à la une des nouvelles! Il ne peut pas faire des conférences de presse dans lesquelles il accuse un adversaire politique sous prétexte qu’il veut des réponses aux questions qu’il lui pose! Duchesneau doit apprendre à fermer son clapet s’il veut survivre en politique et ne pas causer des ulcères d’estomac à son chef!

De plus, dans le comté de St-Jérome, il serait beaucoup plus un courant d’air qu’un député qui défend ses commettants?.

Eliot Mess? Pas si sûr…:

http://www.lapresse.ca/debats/chroniques/yves-boisvert/201309/30/01-4694587-la-basse-politique-et-la-justice.php

Extrait:

« En premier lieu, une poursuite va forcer l’ancien ministre à se mettre à nu. Même s’il a raison, André Boisclair devra revisiter des moments troubles de son passé.

Dès le dépôt de la poursuite, Jacques Duchesneau aura en effet le droit d’interroger André Boisclair «hors de cour» sur «tous les faits se rapportant au litige».

– M. Boisclair, vous reprochez à M. Duchesneau d’avoir fait un lien entre votre consommation de cocaïne et une subvention qui a permis à Paul Sauvé, un homme lié à un motard criminel, d’effectuer des travaux à l’église St. James… D’abord, est-il exact que vous avez consommé de la cocaïne à l’époque où vous étiez ministre du gouvernement du Québec?

– Oui…

– Avez-vous cessé de consommer de la cocaïne?

– Oui, j’ai déjà dit que c’était un épisode, après la mort de ma mère, vers 1997-98…

– Vous êtes certain de la date où vous avez cessé de consommer? Vous êtes sous serment, M. Boisclair…

– Oui, oui…

-À quelle fréquence consommiez-vous? Quelle quantité par semaine? Avec qui? Vous savez que la possession de cocaïne est un acte criminel au Canada?

– …

– Comment vous approvisionniez-vous? Auprès de qui? Avez-vous contracté des dettes? Quel était le prix de cette drogue? Le premier ministre était-il au courant de votre consommation? J’imagine que vous ne vouliez pas que ça se sache; quelqu’un a-t-il menacé de révéler cette information?

Une vraie partie de plaisir. »

Fin e l’extrait.