Élus par les élus !

Demander aux 306 députés de la Chambre des Communes, à Ottawa, de choisir eux-mêmes la crème de la crème parmi leurs collègues : voilà le pari derrière un concours qui donne des résultats surprenants !

Les parlementaires bloquistes sont peut-être des « séparatistes », mais ce sont aussi de maudits bons députés, si on en croit les nombreux votes que leur ont accordés leurs collègues des autres partis dans le cadre du troisième concours du meilleur parlementaire de l’année, organisé par les magazines L’actualité et Maclean’s.

Un bloquiste – et parfois plus d’un – était finaliste dans six des sept catégories. Le chef Gilles Duceppe a même failli être élu meilleur orateur du Parlement fédéral, mais il s’est fait coiffer au poteau par le libéral Bob Rae !

« J’aime bien ce sondage, disait la députée bloquiste Meili Faille. Il nous oblige à reconnaître le bon travail de collègues d’autres partis autant que du nôtre. »

Les députés qui participent (près de 70 % cette année) ne se gênent pas pour voter à contre-courant. Ce ne sont ni les grandes gueules, ni les bagarreurs, ni les plus partisans – ceux-là mêmes dont on parle souvent dans les nouvelles – qui ont marqué des points !

« Les députés passent beaucoup de temps ensemble et voient des choses que nous ne voyons pas », dit Marc Chalifoux, directeur général de l’Institut du Dominion, coorganisateur du concours. Toute l’attention médiatique est portée sur la période des questions et les activités partisanes, explique-t-il, alors que celles-ci ne représentent qu’une infime partie de leur journée. « Les députés sont les figures les mieux connues de la démocratie canadienne, mais la vraie nature de leur travail est méconnue du public », dit-il.

Le gros du boulot, à Ottawa, se déroule en comités. Et une fois la semaine parlementaire terminée, le travail dans la circonscription, très accaparant, commence. « Ce travail dans la circonscription et en comités est l’essentiel de leur fonction », dit Marc Chalifoux.

Cela peut expliquer que les députés aient sélectionné, pour le titre de recrue de l’année, des nouveaux venus qui, à part le libéral et ancien astronaute Marc Garneau, n’ont même jamais eu droit à une ligne dans les grands médias. C’est le cas, par exemple, de la bloquiste Josée Beaudin, députée de Saint-Lambert, qui s’est classée troisième, tout juste derrière Marc Garneau.

La perception des parlementaires au sein de la population est fort différente. La désaffection à l’égard de la politique et le désintérêt croissant pour le processus démocratique en témoignent. Lors des élections d’octobre 2008, le taux de participation n’a été que de 59 %, un plancher historique.

Les députés eux-mêmes ont de quoi avoir les « bleus ». Ils doivent composer avec la concentration croissante du pouvoir au cabinet du premier ministre – phénomène qui se poursuit depuis 40 ans – et l’imposition d’une ligne de parti. C’est à se demander quels sont exactement leur rôle et leur influence. Les nombreuses réformes des comités et du processus parlementaire survenues depuis la fin des années 1960 n’y ont rien changé. Et la crise parlementaire de l’automne dernier provoquée par la décision du premier ministre, Stephen Harper, de demander la prorogation de la Chambre plutôt que de devoir faire face à un vote de confiance – le pouvoir ultime du député – n’a rien arrangé.

Méthodologie

Ipsos Reid a demandé aux députés canadiens de suggérer, pour sept catégories, le nom de deux collègues méritants de leur formation, plus celui de deux parlementaires des autres partis. Chaque réponse était pondérée de manière à ne pas avantager les formations ayant le plus de sièges. « Pour gagner, il fallait qu’un député obtienne des appuis à l’extérieur de son propre parti », explique Mike Colledge, vice-président d’Ipsos Reid.

***

Liste des élus gagnants


MEILLEUR PARLEMENTAIRE DANS L’ENSEMBLE

Jason Kenney (PCC)

Suivi de…
Michael Ignatieff (PLC)
Gilles Duceppe (BQ)
Paul Szabo (PLC)
Peter Stoffer (NPD)

Le ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration, Jason Kenney, a remporté la palme, mais il n’a été finaliste dans aucune autre catégorie. Par contre, le chef bloquiste, Gilles Duceppe, s’est classé troisième dans la catégorie du meilleur parlementaire, deuxième dans celle du meilleur orateur et deuxième dans celle du député qui connaît le mieux les dossiers du jour.

MEILLEUR ORATEUR

Bob Rae (PLC)

Suivi de…
Gilles Duceppe (BQ)
Réal Ménard (BQ)
Thomas Mulcair (NPD)
Michael Ignatieff (PLC)

Ancien premier ministre néo-démocrate de l’Ontario, Bob Rae ne surprend personne en remportant ce titre, lui qui a même éclipsé son nouveau chef, Michael Ignatieff, lors du dernier congrès libéral, à Vancouver. À noter : trois Québécois le suivent de près, dont deux -Gilles Duceppe et Réal Ménard – qui ne s’expriment qu’en français aux Communes. À remarquer : l’absence d’un représentant du Parti conservateur.

MEILLEURE RECRUE

Megan Leslie (NPD)

Suivie de…
Marc Garneau (PLC)
Josée Beaudin (BQ)
Niki Ashton (NPD)
Kelly Block (PCC)

La relève est féminine aux Communes, puisque tous les finalistes de cette catégorie, à l’exception de l’ancien astronaute Marc Garneau, sont des femmes. Elles ont toutes en commun d’être méconnues du grand public, mais appréciées de leurs collègues. À suivre.

CELUI QUI FAIT LE PLUS PREUVE DE COLLÉGIALITÉ

Peter Stoffer (NPD)

Suivi de…
Rodger Cuzner (PLC)
Paul Crête (BQ)
Nicole Demers (BQ)
James Rajotte (PCC)

Député de la Nouvelle-Écosse depuis 1997, Peter Stoffer est reconnu pour son esprit grégaire et son entregent. Soucieux de reconnaître le travail d’autrui, il organise chaque année une grande fête pour souligner la contribution des employés de la Chambre des communes.

CELUI QUI REPRÉSENTE LE MIEUX SES ÉLECTEURS

Bill Casey (indépendant)

Suivi de…
Charlie Angus (NPD)
Cheryl Gallant (PCC)
Peter Stoffer (NPD)
Larry Bagnell (PLC)

Bill Casey, de la Nouvelle-Écosse, est le champion des provinces atlantiques dans le dossier de la péréquation. Écarté du caucus conservateur après avoir voté contre le budget de 2007, Casey s’est représenté comme indépendant en 2008. Il a été élu avec 69 % des votes. Il vient de démissionner pour devenir représentant officiel du gouvernement de la Nouvelle-Écosse à Ottawa.

CELUI QUI CONNAÎT LE MIEUX LES DOSSIERS DU JOUR

Joe Comartin (NPD)

Suivi de…
Gilles Duceppe (BQ)
Stephen Harper (PCC)
Bob Rae (PLC)
Ralph Goodale (PLC)

Porte-parole en matière de justice pour le NPD, l’Ontarien Joe Comartin, choisi pour la deuxième année de suite dans cette catégorie, se démarque par son refus de la démagogie facile. Ses positions, qu’il peut défendre dans les deux langues officielles, sont toujours réfléchies. À noter : Gilles Duceppe devance Stephen Harper dans cette catégorie.

CELUI QUI TRAVAILLE AVEC LE PLUS D’ARDEUR

Paul Szabo (PLC)

Suivi de…
Ted Menzies (PCC)
Libby Davies (NPD)
Paul Crête (BQ)
Joe Comartin (NPD)

Le libéral Paul Szabo s’est fait remarquer il y a plus d’un an lorsqu’il a présidé le comité qui se penchait sur l’affaire Mulroney-Schreiber. Député depuis 1993, il a toujours plusieurs projets de loi à l’étude. Un de ses sujets de prédilection est la procréation assistée. Il a même écrit un livre sur le sujet.

Bonne nouvelle pour Pauline Marois et le Parti québécois : le député du Bloc québécois Paul Crête, qui quitte Ottawa pour se présenter dans l’ancienne circonscription de Mario Dumont, a été cité par ses pairs parmi les plus travaillants des parlementaires et ceux qui font le plus preuve de collégialité, mais aussi comme le député québécois qui représente le mieux ses commettants !

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