En attendant la FTQ-Construction

Réservoir sans fin d’indignation, la Commission Charbonneau a éprouvé un léger passage à vide la semaine dernière avec les témoignages de fonctionnaires habitués aux petites et grandes faveurs des entrepreneurs en construction qui avaient la mainmise sur les contrats à Montréal.

Le public a fini par perdre le compte du nombre de bouteilles de vin échangées et la Commission semblait perdre la trace de l’argent illicite qui aurait servi à financer Union Montréal, le parti de l’ex maire Gérald Tremblay. On croyait la «boucle montréalaise» complétée ou en voie de l’être, mais non.

Michel Leclerc, patron de Terramex, a déclaré lundi que le cartel des égouts était en place dès 1996 à Montréal, alors que Pierre Bourque était maire. Joe Borsellino, propriétaire de Garnier Construction, aurait exercé sur lui des pressions pour qu’il ne soumissionne pas sur deux projets à Montréal. Sous l’administration Bourque, Garnier Construction fut l’un des principaux bénéficiaires des contrats d’infrastructures.

M. Leclerc a aussi donné de la vraisemblance aux témoignages de l’ex entrepreneur Lino Zambito et de l’ancien organisateur d’Union Montréal Martin Dumont, au sujet du versement d’une ristourne de 3 % des contrats au parti.

À partir de 1998 (sous la gouverne de Pierre Bourque), le patron de Terramex a conclu des affaires avec Nicolo Milioto (Mivela Construction), l’entrepreneur qui aurait été en charge de la collecte du 3 % auprès de ses pairs. M. Leclerc exécutait des contrats en sous-traitance pour M. Milioto, le roi des trottoirs. Il gonflait ses factures de 3 % et il remettait les sommes excédentaires à M. Milioto en liquide. De 2000 à 2009,  alors que Gérald Tremblay était aux commandes de la ville, il aurait remis une vingtaine d’enveloppes à M. Milioto. C’était «pour la politique», lui aurait dit M. Milioto.

La Commission d’enquête sur l’octroi et la gestion des contrats publics dans l’industrie de la construction (CEIC) (c’est son nom officiel!) ne semble pas en avoir terminé avec Montréal, et il faudra patienter encore avant qu’elle ne s’attaque au monde syndical.

Selon le Journal de Montréal, l’ex directeur général de la FTQ-Construction, Jocelyn Dupuis, a reçu une citation à comparaître entre décembre et avril 2013. Accusé de fraude pour avoir gonflé ses frais de représentation, M. Dupuis aurait l’intention de se vider le cœur sur les liens entre les syndicats de la construction, les entrepreneurs et le monde interlope.

M. Dupuis fut un associé de Raynald Desjardins, un autre témoin pressenti à la Commission Charbonneau. M. Desjardins, un ancien homme de confiance de Vito Rizzuto, est accusé du meurtre de Salvatore Montagna, qui aurait tenté de prendre le contrôle de la mafia après l’assassinat du patriarche du clan Rizzuto.

Raynald Desjardins a retenu les services d’un avocat pour faire casser sa citation à comparaître. Son avocat, Marc Labelle, a plaidé sa cause en matinée (la requête a été prise en délibéré).

Le nom de Jocelyn Dupuis ressort aussi dans la preuve colligée contre les Hells Angels dans l’opération SharQc. On lui prête des liens avec Jacques Émond et Normand Ouimet, deux membres du gang qui avaient les pieds bien ancrés dans l’industrie de la construction.

Tôt ou tard, la CEIC se penchera sur le cas de la FTQ-Construction, un syndicat sur lequel planent bien nuages noirs. Avec Raynald Desjardins et Jocelyn Dupuis à la barre, le monde syndical va trembler, et certains de ses leaders pourraient bien rejoindre l’ex maire Tremblay au panthéon de la disgrâce.

Laisser un commentaire

Beau lapsus dans le paragraphe qui commence par « Selon le Journal de Montréal… »: Jocelyn Desjardins!!!