En attendant les élections (ou la mort)

Si les citoyens aimaient les politiciens électoralistes, ceux-ci s’accuseraient mutuellement de travailler pour le bien du peuple.

Quand les élections se pointent le nez, les politiciens deviennent fous. La logique prend une pause et tout est possible.

Ainsi, alors que même les plus fervents péquistes ne croient plus à un référendum avant 2039, le chef du parti Libéral nous averti que non seulement ce référendum est imminent, mais il va aussi s’organiser en secret ! Si Pauline Marois avait la même foi en un référendum bientôt que Philippe Couillard, Option Nationale l’accuserait de zèle.

On peut aussi rigoler d’entendre un politicien accuser un autre politicien d’être électoraliste. Arrivé à la maison, accuse-t-il son chat de vouloir dormir 16 heures par jour ? Bien sûr que le politicien est électoraliste. L’accusation même d’électoralisme est électoraliste. Si les citoyens aimaient les politiciens électoralistes, ceux-ci s’accuseraient mutuellement de travailler pour le bien du peuple.

La fin de vie de la fin de vie

Atmosphère électorale aidant, les tractations autour du projet de loi sur les soins de fin de vie ont mené à un moment politique à peu près aussi gracieux que cette arrivée de ski cross:

Pour une représentation plus exacte, imaginez que le skieur en rouge heurte un mur juste après être sorti de l’image.

On l’a dit souvent : les quatre années de travaux menant au dépôt du projet de loi 52, «Loi concernant les soins de fin de vie», ont été exemplaires. Pas d’injures, pas de blessés, aucun député qui lance des petites boulettes de papier mouillé avec une paille… On raconte même qu’il arrivait aux députés de dire «merci» et «s’il vous plaît». Le genre de chose qu’on note au calendrier, à l’Assemblée nationale.

Les travaux allaient tellement bien qu’on a songé un instant à insérer le concept de «fin de vie» un peu partout, dans l’espoir d’assainir l’atmosphère chez nos élus.  Par exemple, un «Projet de loi sur la propreté de l’eau» serait devenu «Projet de loi sur le droit de mourir en buvant de l’eau propre».

Sauf que rien ne résiste à la politique. Cette belle atmosphère s’est transformée jeudi en un disgracieux match de «c’est lui qui a commencé à être électoraliste en premier !». C’est un sport qui rappelle beaucoup le patinage artistique, en ce sens que même si tu gagnes, tu as quand même eu l’air un peu ridicule.

Devant ce fiasco, plus d’une personne en fin de vie a sans doute eu envie de lever un poing au ciel en criant sa rage. Malheureusement, ils n’en avaient pas la force. Avec un peu de chance, ils seront encore en vie au lendemain des élections, lorsque la loi sera peut-être adoptée, et ils pourront en profiter. (*)

D’ici là, « légiférer dans la dignité » ? Peut-être une autre fois.

(*) Un peu trop grinçant pour vous ? Désolé. Pour me faire pardonner, laissez-moi vous recommander de lire mon collègue blogueur Alain Vadeboncoeur, ou encore ce billet de Josée Legault.

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3 commentaires
Les commentaires sont fermés.

Merci Monsieur Charlebois de votre article.
Ayant un certain âge et travailler dans les soins palliatifs durant plus de dix ans, je n’ai jamais vu une telle aberration de la part de l’opposition. Comment faire de la petite politique et retarder l’adoption de la loi Mourir avec dignité pour attirer les votes des pro-vie, car elle est là la stratégie du PLQ.
Comment et/ou iront-ils chercher des votes, quatre années de travaux mises sur la glace pour s’attirer une grappe de l’électorat.
Les patients et les familles en paient la note, bien des choses et des aberrations me choquent en politique. Mais celle-là, je vais l’avoir sur le cœur longtemps. Et je vous jure que je serais très active lors de la prochaine élection. Cette fois, ils ont réveillé la lionne en moi. Ils sont allés trop loin et c’est les plus démunis, les patients en fin de vie qui paient la note de leur petite politique.
Vous direz que retarder la mise en place de la loi, deux ou trois mois, n’est pas fatals, mais lorsque la souffrance vous afflige, c’est long trois mois pour le patient et la famille. Attachez votre tuque avec de la broche, je vais mordre de tous les côtés. Attention libérale, j’embarque dans l’arène, avec ce geste, vous avez réveillé la citoyenne et vous êtes servis de mes patients. Suivez-moi sur Twitter et Facebook

Je crois que les politiciens s’adaptent à l’électorat pour obtenir le pouvoir. Peut t’on les en blamer ? Il n’y a qu’à la qualité de la population que revient la qualité de nos politiciens. Je ne suis pas désabusé de la politique mais bien de la pietre qualité des électeurs.

Comme vous avez raison.

Pas facile d’éduquer un analphabète (notre système d’éducation québécois centré sur la stimulation de la médiocrité en a produit plus d’un Million et c’est sans compter les innombrables décrocheurs!!!).

Et ils votent!

Nous sommes en manque de vrais leaders politiques au Québec. Nous sommes actuellement dirigés par une girouette qui se contredit à chaque semaine en adaptant ses « convictions » à la saveur du jour.